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L'interview de Michel Dantin, député au Parlement européen
« Si l’UE tient sur les normes, le Brésil s’adaptera »

De retour d’une mission parlementaire au Brésil, l’eurodéputé Michel Dantin livre son analyse de la situation sanitaire de ce pays, clé de voûte de la négociation de l’accord commercial avec le Mercosur.

De formation agricole, Michel Dantin mène de front une carrière professionnelle dans le syndicalisme agricole en Savoie et une activité politique depuis 1983 (élu à Chambéry et maire depuis 2014, député européen depuis 2009). Également ancien conseiller technique agricole des ministres Hervé Gaymard, Dominique Bussereau et Michel Garnier, il est membre de la Commission agriculture, et suit de près les sujets relatifs à l’environnement, à la santé publique et à la sécurité alimentaire.
© DR
Quel est le ressenti de votre mission avec dix autres députés européens ?

Michel Dantin - « Je rappelle brièvement le contexte de cette mission du mois d’avril. Elle s’est déroulée à la suite des interrogations du Parlement européen à propos des scandales sur la viande brésilienne et sur le manque de vigilance de la direction chargée du dossier à la Commission européenne. Compte tenu des trois jours impartis, nous n’avons pas vu d’abattoir de volailles, mais nous en avons beaucoup discuté avec les autorités administratives et politiques, dont le ministre de l’Agriculture. Les Brésiliens ont la volonté farouche d’exporter. C’est dans leurs gènes, à tel point qu’ils ont deux ministères de l’Agriculture, un des affaires intérieures et l’autre de l’export. J’ai la conviction que, quelles que soient les contraintes, les Brésiliens finiront par s’y plier, car ils nous ont maintes fois répété que le client est roi. En revanche, si le marché européen est important pour eux, c’est un marché appelé à stagner. Nous sommes un marché de transition dans leur stratégie commerciale, car ils visent déjà d’autres continents, notamment le Moyen Orient et l’Asie du sud-est en croissance démographique et économique. »

Comment réagissent les Brésiliens aux contrôles européens ?

M.D.- « Nous avons eu des échanges vifs et tendus sur la question des normes sanitaires différentes sur les salmonelles entre la viande fraîche de volaille et les produits transformés. Pour eux, elles sont sans fondement scientifique et selon le ministre lui-même, l’Europe en fait un bon moyen de protectionnisme. »

Et comment expliquent-ils les différents scandales ?

M.D.- « Les responsables des services vétérinaires ont la volonté de bien faire et affirment que les écarts de conduite sont un problème d’éducation individuelle contre lequel ils doivent lutter. Ils ont aussi admis qu’il y avait plus de difficultés dans les secteurs des œufs et des volailles, avec des fraudes de grande ampleur et sur commande. Nous avons été très surpris d’apprendre que la plupart des fonctionnaires mis en cause par la fraude aux salmonelles sont encore en poste, en attendant leur éventuel jugement. »

Le système sanitaire brésilien vous semble-t-il assez fiable ?

M.D.- « La traçabilité dont nous avons parlé trois jours durant a été balayée lors de la visite d’un abattoir bovin à l’issue du débat avec des vétérinaires assermentés. En réalité, le frigo de l’abattoir est une boîte noire et un point de rupture. Les identifications par lot ne sont pas connectées entre l’amont et l’aval. Il n’existe donc pas de traçabilité intégrale. Je suppose qu’il en est de même pour les volailles. Cela interpelle quand la Commission européenne nous assure que le Brésil assure la traçabilité totale. »

Tout cela affaiblit la position du Mercosur par rapport aux négociations en cours…

M.D.- « Le ministre de l’Agriculture, Blairo Maggi, nous a ouvertement dit qu’il n’était pas tant que ça attaché à un accord dans la mesure où l’entrée des produits laitiers européens au Brésil lui paraissait impossible. La volonté d’accord viendrait du président Temer et du ministre des Affaires étrangères. De plus, il semble y avoir des divergences d’intérêts entre les quatre pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay). »

Quelles seront les suites de votre mission ?

M.D.- « La commission agriculture du Parlement va rendre son rapport de visite, avec un débat en commission et sans doute une séance plénière au mois de juin. Nous ne savons pas comment les États et la Commission vont réagir à ces nouveaux éléments, mais il y a une volonté d’aboutir assez vite, avant les élections présidentielles brésiliennes d’octobre. Le Parlement européen va donner son avis (oui ou non). Compte tenu de nos observations, je penche pour le non. Dans ce cas, le processus sera bloqué. »

« L’accord avec le Mercosur n’est pas encore joué »
 
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