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S’approprier la biosécurité au quotidien

Pour perdurer dans le temps, la biosécurité doit être réfléchie dans toutes les tâches quotidiennes et s’appliquer par des règles de bon sens. Elle peut être source de gain de temps et de performance.

La mise en application des mesures de biosécurité doit tenir compte des spécificités et des contraintes propres à chaque élevage en ayant conscience des points à risques. Vétérinaire de la coopérative le Gouessant, Ghislaine Eddaraï l’aborde comme une démarche de progrès. « On applique en quelque sorte la méthode HACCP de l’industrie agroalimentaire, mais à un niveau plus simple : on identifie les points critiques de la biosécurité puis on met en place des actions pour les gérer et les contrôler. » En volaille de chair, ils concernent principalement les flux de circulation, la gestion des cadavres, la gestion de la litière et le sas sanitaire. Chez Nicolas Bronsard, éleveur spécialisé en dindes, la biosécurité fait depuis longtemps partie de son quotidien. L’arrêté biosécurité et la reconstruction en 2018 d’un bâtiment incendié l’ont amené à revoir certains points et à trouver quelques adaptations, même s’il reconnaît que certaines pratiques sont encore perfectibles. Il participe à l’étude PartAge récemment démarrée par l’Itavi en partenariat avec sa coopérative (1). « J’y vois l’occasion de faire remonter les difficultés rencontrées sur la biosécurité et d’échanger entre éleveurs pour trouver des solutions concrètes. »

Des abords dégagés et propres

Installé depuis six ans à Plumelin dans le Morbihan, l’éleveur exploite trois bâtiments de dindes soit 3000 m2, dont un de 600 m2 qui sert à l’engraissement. Le site ne compte qu’un atelier volaille conduit en bande unique, ce qui simplifie la gestion des flux de circulation. Le risque de contamination entre bâtiments est davantage lié à leur disposition très proche, en parallèle, avec une ventilation latérale. Le plus récent se situe le long de la route communale, avec un pignon face à l’entrée du site. Celle-ci est désormais fermée par une chaînette, laissant tout juste la place à une petite zone de parking. « Aucun véhicule n’entre dans le site, à part ceux des équipes de ramassage, des camions du couvoir et d’aliment qui ont préalablement désinfecté leurs roues par leurs propres moyens. » Les abords sont propres et régulièrement entretenus, ce qui facilite la circulation des camions. L’éleveur a ajouté des pierres à certains endroits pour bien délimiter les chemins. Définir son plan de circulation n’est pas toujours évident. « Il ne faut pas hésiter à demander conseil aux chauffeurs, surtout lorsque les zones de manœuvre sont courtes », conseille Ghislaine Eddaraï.

Un sas central en plus d’un sas par bâtiment

Chaque matin en arrivant sur le site, Nicolas passe par le mobile home dans lequel il se douche et revêt sa tenue et ses chaussures d’élevage. Il fait office de sas central. Habitant à 25 km, l’éleveur y dort lors des nuits d’enlèvements. Chaque bâtiment est équipé d’un sas deux zones. L’éleveur change deux fois de chaussures. Une première fois pour passer de la zone extérieure du sas à la zone intérieure, dans laquelle se trouve son bureau. Il utilise des sabots de jardin en plastique, très légers et rapides à mettre. Puis il chausse des bottes pour entrer dans la salle d’élevage. « Cela permet de maintenir le sas propre tandis que les bottes évitent de salir le bas de pantalon. » Il reconnaît ne pas changer de tenue à chaque bâtiment. « Pour une question de temps mais aussi de confort. On transpire dans les bleus de travail, surtout lors du démarrage. » « Une des solutions qui peut être envisagée est d’utiliser une blouse en tissu », propose la vétérinaire.

Du matériel spécifique à chaque poulailler

L’éleveur démarre ses dindonneaux avec une litière de copeaux. À partir d’un mois, il l’aère deux fois par semaine, avec un motoculteur propre à chaque bâtiment. « Au-delà de l’intérêt sanitaire, cela me fait gagner du temps. Je n’ai pas à déplacer le motoculteur ni à le désinfecter. » Il s’attache à avoir le plus possible d’outils spécifiques à chaque poulailler : atomiseurs pour les désinfections, escabeaux, matériels pour l’injection de l’autovaccin contre l’ORT,… Pour la vaccination RTI, il se sert d’un pulvérisateur en propre. Le tracteur et la remorque pour le transfert des dindonneaux ne servent que pour le site. Pour le repaillage fait à la main, l’éleveur rentre la paille à l’aide du tracteur. « Je stocke à chaque fois une ou deux bottes à l’intérieur, pour le faire le moins possible. Je désinfecte les roues du tracteur. J’ai toujours un pulvérisateur de désinfectant prêt à l’emploi dans chaque sas. Cela me prend cinq minutes. »

Adapter la protection en fonction du risque

La paille est stockée dans un hangar fermé sur trois côtés. Le site étant proche d’étangs, l’éleveur surveille de près l’efficacité de son plan de dératisation, au niveau du hangar mais aussi de l’ensemble du site. « En 15 minutes, je fais le tour de tous les appâts une fois par semaine et note sur le registre les fréquences de traitement. » Il reste à trouver une solution pour se conformer à l’obligation de stocker la paille dans un lieu entièrement clos. « L’objectif est d’éviter qu’elle ne soit souillée par des fientes d’oiseaux, potentiellement porteuses de salmonelles, de virus de type Influenza aviaire, etc. Certains éleveurs optent pour un rideau hermétique qui isole le hangar ou d’une bâche pour recouvrir la paille, » indique Ghislaine Eddaraï.

Pour l’enlèvement, Nicolas a recours à l’entraide entre éleveurs et à des équipes de ramassage. Elles disposent d’un local pour se changer avec un lavabo et un point d’eau extérieur pour le lavage des bottes. L’éleveur avoue ne pas toujours être derrière chaque personne à vérifier qu’elles ont bien changé de chaussures. « Je suis préoccupé par l’organisation de l’enlèvement. C’est difficile de trouver du monde. Je leur demande déjà de mettre un gilet de sécurité. On est obligé de trouver un compromis. L’idéal serait que les abattoirs aient leurs propres équipes de ramassage. »

Les deux périodes à risques sont celles du transfert des dindonneaux démarrés et de l’enlèvement des femelles. En théorie, il faudrait désinfecter les roues à chaque fois qu’un engin passe le portail. Difficile à mettre en pratique, de même pour le changement de tenue des personnes. « De manière générale, lorsqu’il s’agit de phases ponctuelles comme l’arrivée de poussins et de poulettes, les enlèvements, les chantiers de vaccination…, l’idéal est d’épandre de la chaux sur les abords et les zones de passage récurrent des personnes et du matériel », conseille Ghislaine.

Par ailleurs, l’éleveur a équipé son site de plusieurs caméras pour empêcher les vols. Elles ont probablement aussi un effet persuasif auprès des visiteurs sur le respect des mesures de protection sanitaire.

(1) Programme de recherche PartAge sur l’observance des mesures de biosécurité, piloté par l’Itavi.

Optimiser la gestion des animaux morts

« Les animaux morts doivent de préférence être évacués par les portes de côté de la salle d’élevage plutôt que par le sas sanitaire (sinon il faudrait changer de tenue et de chaussures) », souligne Ghislaine Eddaraï. Ils sont posés sur la dalle extérieure qui sera ensuite désinfectée. Certains élevages sont équipés d’un sas à cadavres (local attenant au sas sanitaire équipé d’un congélateur) ou d’une trappe à cadavres (les animaux sont réceptionnés dans un bac). « Le congélateur ne doit pas être situé dans le sas sanitaire mais si possible dans un hangar éloigné. » La solution du bac à équarrissage réfrigéré est idéale. Opter pour de grands volumes de stockage permet de limiter la fréquence de passage du camion d’équarrissage. Par exemple, une fois par mois en poulet ou poulette. Le camion n’est pas autorisé à entrer sur le site d’élevage. Le bac doit être placé à l’extérieur de la chaînette, sur une surface stabilisée (bétonnée ou empierrée).

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