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Reconversions réussies du poulet export vers la dinde

L’arrêt du poulet export pour Tilly Sabco a conduit son principal fournisseur Univol-Nutréa a incité ses éleveurs spécialisés à devenir producteurs de dindes. Témoignage de deux d’entre eux.

Comme beaucoup d’agriculteurs bretons, Brigitte et Jean-Claude Braouezec se sont lancés en volaille de chair pour compléter leur quota de lait insuffisant. « Nous avons construit deux bâtiments de 1 300 m2, l’un en 1987 et l’autre en 1989, se souvient Brigitte, à 21 et 26 ans pour faire du poulet export, comme la plupart des éleveurs du coin. » Il faut dire que l’abattoir Tilly de Guerlesquin se trouvait à 25 km de leur exploitation de Garlan, dans le Finistère, tout comme l’usine d’aliment. Puis ils ont construit deux bâtiments de 1 000 m2 en 1992 pour arrêter le lait. Depuis lors, ils ont élevé du poulet export de 1,4 kg jusqu’à la faillite de Tilly Sabco. « À raison de huit lots par an, on ne prenait jamais de vacances, souligne Jean-Claude Braouezec, mais cela nous convenait. Nous étions comme des dockers, à charger et à décharger les poulets, à nettoyer et à préparer les quatre poulaillers en même temps. » Mais, le couple ne se voyait pas faire autre chose. « Nous ne voulions pas de pintade et la dinde avait mauvaise réputation parmi les éleveurs qui s’y étaient frottés dans les années 2000 : trop d’aléas sanitaires. » L’économie a eu le dessus en 2016 lorsque leurs lots de poulets se sont espacés du fait du passage de l’export abattu à 31 jours au plus tard à d’autres types élevés jusqu’à 47 jours (2,5-2,6 kg). « Nous avons aussi décidé d’évoluer en dinde après la rencontre avec un éleveur du Morbihan qui nous a montré combien cet élevage avait changé. »

Une production de dinde « comme les autres »

« Le premier lot a été mis en place le 9 juin 2017 dans nos deux bâtiments de 1 000 m2 », se souvient encore Brigitte Braouzec, les deux autres restant en poulet. Au préalable, il a fallu réinvestir dans des pipettes à pendule et des assiettes MultiBeck pour environ 15 000 euros par bâtiment. La somme a été avancée par le groupement et sera remboursée en trois ans. « Nous avons aussi changé le boîtier de régulation car le précédent était au bout du rouleau, ajoute Jean-Claude. Et nous avions déjà une pailleuse (la pneumatique Dussau), ce qui est indispensable. » Pour les éleveurs, comme pour leur technicienne Aurélie Quéré, le repaillage est indispensable. « Après le démarrage avec du copeau, nous utilisons de la paille broyée ensilée au champ, de l’âge de 30 jours jusqu’au départ des femelles. Nous faisons systématiquement les zones humides tous les deux jours. Avant, on décroûte si nécessaire », rapporte Brigitte qui est en charge des dindes. Elle est secondée par Jean-Claude (qui s’occupe des poulets) et leur fils Mayeul, âgé de 18 ans. Salarié pour l’instant, il devrait passer associé à la retraite de son père et à terme reprendre l’élevage.

Des marges aussi motivantes qu’en poulet

Brigitte Braouezec est aux petits soins pour ses bêtes qu’elle va voir au moins trois fois par jour. « Ce sont des animaux très curieux et attachants. Cela nous change des poulets. Mais elles peuvent avoir des comportements surprenants. Il faut savoir se remettre en question et être très réactif. Chaque détail compte. » Plus sensible aux écarts de température, la dinde peut avoir besoin d’un coup de chauffe la nuit pour éviter l’apparition de toux, ou de l’atomisation d’huiles essentielles après un repaillage. « Sur les quatre lots démarrés, aucun n’a été identique. Au début, nous avons pas mal sollicité Aurélie et nous échangeons aussi avec des éleveurs. L’avantage c’est qu’on a plus de temps qu’en poulet export pour rattraper un lot. » Le groupement Univol-Nutréa s’est donné les moyens à la hauteur de ses ambitions avec des dindonneaux issus d’un même parquet de reproducteurs, avec un plan de vaccination renforcé (vaccin Newcastle au couvoir), avec un aliment Nutréa plus sécurisé (composition et présentation), avec un planning d’abattage respecté. Les Braouezec dégagent une marge éleveur (MPA) de 29 €/m2 /lot en moyenne. C’est équivalent à leurs meilleures marges obtenues en poulet, celles-ci variant de 8 à 12 €/m2/lot. « Notre objectif pour 2019 est de dépasser les 30, voire les 31 euros. » Leur quatrième lot est élevé sans antibiotique avec un cahier des charges adapté. Le surcoût nutritionnel est pris en charge par Univol. En cas de traitement, le lot rejoindra le circuit conventionnel et les éleveurs seront rémunérés à un niveau intermédiaire entre le contrat standard et le contrat sans antibiotique. « C’est rare, rassure Aurélie Quéré. Jusqu’à mi-décembre, un seul lot a été déclassé en 2018. Depuis le lancement de ce programme voici deux ans, le service technique maîtrise de mieux en mieux le digestif de la dinde. »

 

Une activité Nutréa qui monte qui monte

Alors que les mises en place de dinde ne cessent de diminuer sur le plan national, celles du groupement Univol ne font qu’augmenter. « En 2013, avec 7300 tonnes de vif, la dinde représentait 7 % de nos volumes, résume Guillaume Bouruet, responsable technique Dinde de Nutréa. En 2018, c’est le quart des 80 000 t de vif. » La quarantaine d’éleveurs produit en moyenne 30 000 dindes par semaine, occupant 100 000 m2 sur les 320-340 000 m2 du parc Univol. « Nous fournissons la plupart des découpeurs du Grand Ouest. Si nous continuons à nous développer, c’est parce que nous avons joué la carte de la qualité. Nous sommes encore à la recherche de producteurs. » Chaque semaine depuis deux ans, un lot est élevé sans antibiotique. Il répond au cahier des charges Saga (solutions alternatives grâce aux algues) du groupe Olmix qui fabrique des solutions nutritionnelles à base d’algues et qui détient l’entreprise de découpe de dinde et porc Sovipor-La Trinitaise depuis fin 2016.

 

Le goût de l’élevage retrouvé avec la dinde

Louis Gougay est ce qu’on pourrait appeler un « vieux de la vieille ». Installé à Plogonnec dans le Finistère, entre Quimper et Châteaulin, il a commencé à produire du poulet export en 1979 pour l’abattoir Unaco (racheté par Doux en 1983), puis pour Tilly Sabco. « Je suis monté jusqu’à un hectare de bâtiments, annonce-t-il, puis j’ai progressivement diminué dans les années 2000. » Il a conservé quatre poulaillers amortis qui étaient plus ou moins en sommeil ces dernières années. Sur une suggestion de Nutréa, il s’est mis à la dinde en 2016 et est devenu l’un des meilleurs, avec une marge PA montant en crescendo : de 28 €/m2/lot en 2016 à 32 €/m2/lot en 2018. Quelle est sa recette ? Pour sa technicienne Aurélie Quéré, « c’est un éleveur animalier qui sait réagir au bon moment et quoi faire. » Louis confirme : « j’aime bien que ça aille droit. Je n’hésite pas à appeler le véto en cas de doute. » Aurélie souligne les bonnes croissances obtenues dès le démarrage, avec un poids toujours au-dessus du standard de la souche Premium. Pourtant ce sont des bâtiments statiques avec des brasseurs et des pignons ainsi que de la brume pour l’été. « Je charge énormément en litière pour avoir un confort maximum et préserver la qualité des pattes, explique Louis Gougay. Dix tonnes de paille broyée pour 1500 m2, plus 10 cm de copeau (que j’ai pour le prix du transport). Ensuite, je rajoute du copeau aux endroits humides à partir de cinq-six semaines. » Au prochain lot, l’éleveur aura une pailleuse pneumatique Dussau pour réduire la pénibilité de la manipulation des sacs de copeaux et pour gagner du temps.

 

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