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Raisonner la lutte contre le ténébrion des élevages de volailles

L’arsenal chimique se réduit contre les ténébrions. La maîtrise des populations passe désormais par un meilleur usage des substances disponibles, par les pratiques d’élevage, voire par le biocontrôle.

Alors que l’élevage des insectes à des fins alimentaires pour les animaux – voire pour l’homme – intéresse de plus en plus de start-up, la présence du coléoptère Alphitobius Diaperinus n’est pas du tout souhaitée dans les élevages de volailles de chair. Car les effets délétères de cet insecte sont loin d’être négligeables : suspicion de transmission de germes pathogènes entre lots, dégradation de l’isolation des bâtiments où l’insecte se réfugie, dérangement des volailles, risques d’occlusions en cas de surconsommation, risques de dissémination des insectes dans le milieu extérieur. Il faut dire que l’élevage aviaire réunit toutes les conditions écologiques pour cet animal africain d’origine tropicale : chaleur, milieu tantôt humide tantôt sec (permettant la nymphose, le passage du stade larvaire à l'adulte), nourriture abondante, obscurité. Les larves y trouvent leur compte, tout comme les adultes qui, bien que volants, resteraient cantonnés dans les bâtiments.

Depuis l’apparition du problème à la fin des années soixante-dix, la lutte a reposé exclusivement sur les insecticides employés à deux moments précis : au départ des volailles, pour atteindre les adultes remontant dans les parois dès la baisse de température de la litière ; sur la litière avant le démarrage, pour atteindre les larves. Sauf indication explicite, ces produits ne doivent pas être utilisés en présence des oiseaux, qui peuvent en absorber. Comme avec les antibiotiques, au fil des ans les mésusages se sont traduits par l’apparition de résistances, dont une est attestée pour la cyfluthrine. À tel point que cette molécule a été retirée du marché.

Mais depuis quelques années, la donne change. D’une part, le contexte d’élevage évolue. Une enquête de l’Itavi souligne un effet litière et un effet sol positifs sur la réduction du problème. C’est assez logique. Une litière par nature plus sèche ou mieux entretenue (moins d’humidité résiduelle) est moins propice au développement du ténébrion. De même, un sol bétonné réduit considérablement le refuge inatteignable par les insecticides agissant par contact. Encore faut-il réduire au maximum les points de liaison avec le sous-sol.

L’autre grand changement concerne l’arsenal insecticide. La mise en place très progressive – voire trop progressive – de la directive européenne Biocide commence à faire sentir ses effets. Il s’agit de s’assurer de l'innocuité de ces substances vis-à-vis d’autres cibles potentielles (homme, animaux, environnement). C’est ce qui explique la disparition de nombreuses substances utilisées dans le passé (cyromazine, méthomyl, naled, triflubenzuron...). Et le ménage va continuer, puisque certaines substances encore employées sont sur la sellette (organophosphorés, néonicotinoïdes). D’autre part, la crise du Fipronil est passée par là. Les organisations de production sont plus regardantes sur les produits utilisés par les éleveurs. Cependant, elles ne peuvent pas imposer d’utiliser des produits avec une autorisation de mise en marché, puisqu’il n'en existe qu’un seul. La liste de substances approuvées se réduisant, l’alternance est très fortement conseillée, sous peine de générer d'autres résistances dans quelques années. Même si un produit fonctionne bien, il ne faut pas céder à la facilité du mono-usage. Enfin, des méthodes alternatives émergent. Le piégeage est réalisable, mais il sera plus efficace avec une faible population. C’est aussi un moyen utile pour objectiver son degré d’invasion. Quant au biocontrôle, il est en phase de lancement.

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