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Plan de réduction des risques d'antibiorésistance
Quarante mesures pour limiter les antibiotiques

Après deux ans de débats au sein du comité vétérinaire pour un usage raisonné des antibiotiques, le ministère de l’agriculture lance un plan d’actions pour diminuer les antibiorésistances.

Lecture d’un antibiogramme. Les prescriptions des fluroquinolones et des céphalosporines seront plus strictement encadrées.
Lecture d’un antibiogramme. Les prescriptions des fluroquinolones et des céphalosporines seront plus strictement encadrées.
© P. Le Douarin

La direction générale de l’alimentation (DGAL) a attendu le 17 novembre, veille de la quatrième journée européenne d’information sur les antibiotiques, pour divulguer son plan d’actions contre l’antibiorésistance acquise par l’usage des antibiotiques vétérinaires. Il s’inscrit dans une démarche européenne et nationale visant d’abord à protéger la santé des citoyens. Dans l’UE, les micro-organismes résistants aux antibiotiques seraient responsables de 25 000 décès par an. Il faut plus que jamais considérer les antibiotiques comme un bien commun à préserver sur le long terme, et non comme des produits susceptibles à court terme d’améliorer les performances des animaux. Le plan de la DGAL entend agir à deux niveaux. D’une part diminuer la contribution des antibiotiques vétérinaires à la résistance bactérienne et d’autre part préserver l’arsenal thérapeutique, sachant que le développement des nouveaux antibiotiques sera difficile, long et coûteux.Un usage « prudent » et « ciblé » est désormais de rigueur.


CINQ AXES DE TRAVAIL


Le plan s’adresse à tous les acteurs concernés, des laboratoires pharmaceutiques aux éleveurs, en passant par les vétérinaires prescripteurs et les délivreurs de médicaments (vétérinaires et pharmaciens). Le dispositif compte quarante mesures traitant de la formation et de la sensibilisation de tous les acteurs (axe 1 avec 13 mesures), de la recherche d’alternatives aux antibiotiques (axe 2 avec 9 mesures), de la réduction des pratiques à risques (axe 3 avec 11 mesures) et enfin du suivi des consommations et de l’antibiorésistance (axe 4 avec 4 mesures). Pratiquement, l’exposition animale aux antibiotiques devra baisser de 25 % dans un délai de cinq ans. Celle-ci prend en compte la quantité d’animaux traités, la dose et la durée de chaque traitement. Ce critère est plus pertinent que le tonnage consommé, car réduire seulement la consommation globale pourrait s’avérer inefficace. En effet, diminuer les tonnages de vieilles molécules au profit de molécules plus récentes (notamment les fluroquinolones et les céphalosporines) conduirait à aggraver l’antibiorésistance.D’ores et déjà, quelques mesures coercitives sont prises pour protéger l’efficacité de certains antibiotiques dits « critiques » pour la santé humaine. En volailles, les céphalosporines de troisième et quatrième générations seront interdites dans les couvoirs. De plus, les accouveurs devront mettre en place des indicateurs de suivi des antibiotiques utilisés et d’antiobiorésistances particulières (dites BLSE).Aux Pays-Bas, ces molécules ont déjà été interdites en aviculture. Les prescriptions de fluoroquinolones vont être encadrées avec l’obligation d’examens complémentaires qui seront définis par un guide de bonnes pratiques.


FAIRE PASSER LE MESSAGE


Les mesures laissent une large initiative aux filières. Concrètement, des réunions de sensibilisation des éleveurs et des techniciens pourraient être organisées par les vétérinaires, à l’initiative des organisations de production ou des interprofessions, estime le docteur vétérinaire Dominique Balloy qui a participé aux travaux du comité vétérinaire pour l’usage raisonné réuni en 2010 par la DGAL. « Il faut que le message descende jusqu’à la base insiste le praticien vendéen. L’antibiotique doit redevenir un médicament au service de la santé animale. Il devra être prescrit dans des conditions plus restrictives que par le passé. » La filière volaille va continuer les efforts déjà entrepris, à travers l’amélioration du bien-être et des conditions d’élevage, du parc de bâtiments, de la biosécurité et de l’hygiène… Sinon, faute de résultats probants, les pouvoirs publics ne manqueront pas de durcir leurs positions avec cette fois-ci des mesures plus contraignantes. Mais « l’aviculture est déjà sur le bon chemin et possède le savoir-faire » estime Dominique Balloy.

Extraits choisis

Des mesures concernant les éleveurs

Une partie des quarante mesures concerne directement les éleveurs, notamment :

Axe PÉDAGOGIE :

Diffusion d’outils de sensibilisation aux risques ; Mise à disposition d’indicateurs d’auto-évaluation des usages antibiotiques ; Utilisation de guides de pratiques adaptés aux principales pathologies.

Axe RECHERCHE D’ALTERNATIVES :

Maintien des AMM de molécules anciennes non-critiques ; Recherche de solutions pour l’emploi des antibiotiques dans les espèces mineures (pintade, canard, dinde) ; Révision de la notion de temps d’attente forfaitaire, qui incite l’usage de molécules à faible délai.


Axe RÉDUCTION DES PRATIQUES À RISQUES :

Limitation de la prescription des antibiotiques critiques primordiaux pour la santé humaine ; Adaptation des prescriptions aux pathologies ; Renforcement des contrôles du circuit de l’ordonnance.

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