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Maintenir le taux de CO2 sous contrôle

Élever des poulets en claustration avec un taux de gaz carbonique inférieur à 3 000 ppm est techniquement et économiquement possible, à condition de disposer des poulaillers adéquats.

Depuis la mise en application de la directive bien-être de 2010, la profession a amélioré les conditions d’élevage des poulets standard, poussée par cette directive, mais aussi par des cahiers des charges d’acheteurs de viande de poulet (chaînes de restauration rapide, GMS). Les attentes ont surtout porté sur l’amélioration de la qualité des coussinets plantaires, passant par celle de la litière. Pour les éleveurs, combattre les pododermatites signifie pailler plus souvent et évacuer plus d’eau en ventilant plus et en chauffant davantage. Ce qui a eu pour effet de réduire les émissions d’ammoniac. En revanche, jusqu’à présent l’accent a été peu mis sur la maîtrise du taux de gaz carbonique (CO2), sachant que la technologie de mesure et de contrôle était peu avancée. Ce paramètre risque néanmoins de devenir une préoccupation grandissante, sous la pression constante d’acheteurs de poulet de plus en plus regardants sur le respect de la réglementation.

Le gaz carbonique provient très majoritairement de la respiration des poulets, mais aussi, des émissions des appareils de combustion directe de type radiants et aérothermes à gaz propane, ainsi que de la fermentation de la litière (notamment en fin de lot). La valeur réglementaire de 3 000 ppm de CO2 signifie que la concentration intérieure ne doit pas dépasser 0,3 % du volume d’air. Pour comparer, la concentration de l’air extérieur varie de 330 à 400 ppm à la campagne et est de l’ordre de 700 ppm en ville. L’origine de cette limite de 0,3 % est floue. Elle est citée en 1984 dans un rapport d’experts sur la climatisation des bâtiments d’élevages, comme une donnée indicatrice du dimensionnement des équipements de ventilation. Ces « experts » ont repris le chiffre à partir d’une proposition antérieure émanant du Conseil de l’Europe, elle-même fondée sur on ne sait quoi. Selon Claude Toudic, qui suit le dossier bien-être chez le sélectionneur Hubbard, c’est plus un manque d’oxygène qu’un excès de gaz carbonique qu’il faut craindre, avec des risques d’ascites. Le manque d’oxygène est réel en altitude (par raréfaction naturelle) et quand son pourcentage est en dessous de 19,6 % (par sous renouvellement d’air). Ce niveau équivaut à 14 000 ppm de CO2, en considérant que l’ensemble CO2 + O2 occupe 21 % du volume d’un air sec. Selon Nathalie Rousset (Itavi), qui a réalisé une recherche bibliographique sur l’effet du CO2, « dans les études on trouve des effets significatifs sur des problèmes de santé, ou la mortalité par exemple, avec des niveaux de 6 000 à 9 000 ppm de CO2 sur de jeunes poulets. Les très fortes expositions (plus de 12 000 ppm) sont associées à plus de halètement, à une réduction de l’indice de consommation et de la croissance. » En 2000, un rapport du Comité scientifique sur la santé animale indiquait que l’exposition à des niveaux élevés (10 000 ppm) ne serait pas susceptible d’engendrer à elle seule des dangers pour la santé animale. L’air des bâtiments étant un mélange complexe de gaz et de particules, il faudrait considérer les effets conjoints des différents polluants. Il serait simpliste d’estimer qu’à 2 900 ppm de CO2 cela ira mieux qu’à 3 100 ppm. Néanmoins, il faudra tenter de se conformer à la règle en conciliant la faisabilité technique et les contraintes économiques. L’étude GestCO2 confirme ce que pressentait le terrain. L’objectif d’être à moins de 3 000 ppm est atteignable dans des bâtiments très bien isolés et ne brûlant pas leur propane dans la salle d’élevage. Pour les autres, il est néanmoins possible de s’adapter en modifiant la ventilation minimale. En revanche, il y aura toujours des périodes critiques liées au temps froid et à l’âge des poulets durant lesquels, il faudra accepter de laisser le taux de gaz carbonique momentanément dériver.

« Une limite à 3 000 ppm mal étayée mais obligatoire »

3 000 ppm pour produire plus

La directive européenne sur le bien-être du poulet élevé en claustration totale a été adoptée le 28 juin 2007 et mise en œuvre par les États membres le 30 juin 2010. Contrairement à la directive bien-être de la poule pondeuse (adoptée en 1999), elle s’appuie sur des obligations de résultat (et non de moyen). À l’époque, la profession s’était surtout inquiétée des niveaux d’éclairage (20 lux requis au minimum), de la méthode de calcul des taux de mortalité et du chargement instantané limité à 33 kg/m2, sauf dérogations. Pour atteindre le maximum de 42 kg/m2, des exigences supplémentaires sont précisées sur les paramètres environnementaux à l’annexe 2 : « la concentration en ammoniac (NH3) ne dépasse pas 20 ppm et la concentration en dioxyde de carbone (CO2) ne dépasse pas 3 000 ppm selon des mesures prises au niveau de la tête des poulets. » S’ajoutent des exigences sur la température et l’hygrométrie en cas de forte chaleur et de froid. Ces critères ont été choisis parce qu’ils sont les révélateurs de conditions d’ambiance dégradées.

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