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Les parcours arborés ont des atouts à faire valoir

Spécificité française. Une étude sur les parcours des volailles de chair confirme qu’un enclos arboré améliore la durabilité de la production en amont, et son image en aval.

Philippe GUILLET, chambre d’agriculture de la Sarthe.
Philippe GUILLET, chambre d’agriculture de la Sarthe.
© V. Bargain

« Avec ses parcours, la France détient une spécificité qu’il faut valoriser », a souligné Eric Cachan, président du syndicat national des labels rouges avicoles (Synalaf), lors du colloque de restitution du programme de recherche Casdar(1) mené pendant trois ans sur les parcours des volailles de chair. « Il faut avant tout raisonner « image ». Les parcours doivent permettre de faire le lien avec le terme fermier. » Une enquête sur la perception des parcours a été menée par l’Association française arbres et haies champêtres (Afahc) dans la région de Loué. « En zone périurbaine, la population est très favorable à la plantation d’arbres », explique Catherine Mayer, de l’Afahc. Moins en zone rurale. La majorité des ruraux apprécient la démarche, mais la notion d’intégration paysagère est moins bien perçue.


Le terme « parcours » est mal compris


Une autre étude menée par l’Afahc, Agroof et Arbres et Paysages 32 porte sur le lien entre le paysage et la valorisation des produits. Le terme « élevage de volailles » a une connotation industrielle. Beaucoup citent « l’élevage plein air » avec une image idéalisée. La moitié connaissent le label rouge. Le terme « parcours » est par contre très mal compris. « Il est à proscrire pour communiquer », estime Catherine Mayer. Quand on leur parle d’intégration paysagère, beaucoup déplorent l’absence d’arbre et la nature des matériaux des bâtiments. Plus de 50 % disent qu’ils seraient prêts à payer 10-15 % plus cher pour des poulets élevés « sous les arbres ». « Des parcours arborés sont un élément porteur d’image, mais celle-ci est trop peu valorisée », souligne Sophie Lubac de l’Itavi.


Des atouts pour une production durable


Des parcours plantés rendent la production avicole plus durable, en termes d’environnement, de biodiversité et de bien-être. « Les arbres compensent en partie les apports d’azote et de phosphore liés aux déjections, indique Paul Ponchant, de l’Itavi. La vitesse de minéralisation du carbone semble améliorée. Il y a une certaine compensation des émissions de l’élevage, grâce au stockage potentiel de carbone sur le parcours. La volatilisation de l’azote sous forme de N2O y est réduite de 30 % par rapport à un parcours sur prairie. » Les premières mesures montrent qu’un parcours aménagé permet de maintenir, voire de développer la biodiversité. Des fiches techniques seront réalisées pour expliquer les aménagements et les pratiques (de fauche notamment) favorisant la biodiversité. Côté bien-être animal, « un parcours apporte de l’espace, favorise la thermorégulation et l’expression du comportement exploratoire des volailles, mais c’est aussi une source de parasites », souligne Karine Germain, de l’Inra.


Utiliser les vertus thérapeutiques des plantes


Les arbres, qui favorisent une occupation plus homogène du parcours, réduisent le parasitisme dans la zone frontale, la plus utilisée et la plus dense en parasites.
Un autre voie de recherche est d’utiliser le parcours comme une officine. « Une volaille sur parcours peut ingérer quinze grammes de matière sèche par jour sous forme de végétaux. Y implanter des plantes antiparasitaires pourrait être intéressant », selon Karine Germain. Les premiers essais ont montré que l’implantation de fenugrec, tanaisie, thym et ail incite les animaux à sortir, qu’elle ne nuit pas aux performances, ni au goût. Les volailles consomment beaucoup de fenugrec, un peu de tanaisie et d’ail, mais pas du tout de thym. Les travaux vont se poursuivre par la mise à disposition de plantes aromatiques en pot à des poulets placés en cage individuelle et parasités.
Enfin, des arbres peuvent permettre des économies d’énergie (effet brise-vent) et une production de bois d’œuvre, bois énergie ou de fruits. « Souvent vécus comme une contrainte, les parcours arborés ont des intérêts technico-économiques, environnementaux et d’image, résume Sophie Lubac. Les travaux doivent se poursuivre, mais il faut passer à l’action et planter. » Des outils de sensibilisation sont disponibles pour les éleveurs, les groupements et les techniciens : un document de quatre pages sur les types de parcours, un guide technique et un webdocumentaire.


(1) Compte d’affectation spéciale « Développement agricole et rural ».

« Bien concevoir, bien implanter et bien entretenir »

 

« Pour une bonne exploration du parcours, les poulets ont besoin d’une protection contre le vent, de l’ombre, des repères et des guides, et une protection sécurisante au-dessus de la tête. En sortie de trappe, sur 20 mètres de large, les végétaux ne doivent pas dépasser 1,50 mètre de haut pour assurer une bonne ventilation du bâtiment. Plus loin, il faut une alternance de zones de lumière et d’ombre, l’ombre ne devant pas dépasser 30 à 50 % de la surface. Les différents éléments doivent être connectés entre eux et la distance entre deux zones arborées ne doit pas dépasser 15 à 20 mètres. Il faut aussi laisser de la place pour le passage du tracteur. Le choix des espèces est à adapter au contexte pédo-climatique, avec des essences variées aux floraisons étalées. L’implantation des arbres nécessite un décompactage à 40 centimètres et une protection, tout au moins au début. Enfin, l’entretien est essentiel et peut nécessiter un recépage régulier. »

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