Aller au contenu principal
E-mailPrintFont SizeFacebookTwitter

Elsa Delanoue, agrosociologue
« Les éleveurs, meilleurs ambassadeurs du bien-être animal »

Spécialiste de l’étude des controverses en agriculture, Elsa Delanoue estime que l’élevage va devoir communiquer sur ses pratiques et les adapter pour parvenir à un nouveau consensus sociétal.

Plutôt que rester en position défensive, l’élevage aurait-il intérêt à attaquer ?

 
Elsa Delanoue - « Jusqu’à récemment, la stratégie de défense paraissait normale, puisque le modèle critiqué était en position de dominance. Et d’autant que ces 'attaques' venaient d’un monde extérieur à l’élevage. Aujourd’hui, il s’agit de communiquer et les filières sont en train de mettre en place une stratégie. La difficulté de cette contre-offensive est accrue par la difficulté à investir un terrain d’affrontement peu connu. Je veux parler des réseaux sociaux et du militantisme de terrain. Néanmoins, les lignes bougent par le biais d’initiatives personnelles. Des éleveurs parlent de leur quotidien sur YouTube. Pour eux, il s’agit d’être transparents et de montrer une réalité. »
 

L’éleveur qui ressent est-il plus crédible que l’expert qui rationalise ?

E. D. - « Effectivement, c’est la parole des éleveurs qui est la mieux entendue et jugée la plus crédible. Depuis une trentaine d’années, avec les grandes crises sanitaires, les filières et les experts ont totalement perdu la confiance des consommateurs, sauf l’agriculteur. Il est le mieux placé pour porter le message que le bien-être animal est pris en charge. Au même titre que la comptabilité, les éleveurs vont devoir apprendre un nouveau métier. La communication s’apprend en maîtrisant la technique et la forme. La formation d’éleveurs est déjà en cours et devrait se développer pour que tous puissent en parler à travers leurs mots. Chacun est un jour ou l’autre rattrapé par les questions sur le bien-être animal. Autant s’y être préparé. »
 

Faut-il chercher un consensus avec les opposants ou convaincre les consommateurs ?

 
E. D. - « Il est impossible de tarir une controverse soulevée par des mouvements convaincus que l’élevage est immoral ou non éthique. En revanche, on peut agir directement sur les citoyens-consommateurs. La majorité d’entre eux sont favorables à l’élevage, mais ils se disent inquiets par rapport aux pratiques dénoncées par les abolitionnistes et se trouvent mal informés. Ils veulent être rassurés pour continuer à consommer des produits animaux. Le fait que le consommateur se préoccupe encore de son alimentation est une source d’opportunités pour le secteur de l’élevage qui a besoin de retrouver une place dans la société. »
 

Quels arguments mettre en avant ?

 
E. D. - « Tout dépend de la cible ! Écoutons d’abord quelles sont les inquiétudes. Les arguments à marier et à varier sont de l’ordre du réglementaire, de la technique et de l’émotion. Respecter la réglementation, c’est la base. Or même si nous savons tous que les réglementations française et européenne sont les mieux disantes au monde, la portée de cette réponse peut être assez limitée. Expliquer les pratiques sous l’angle technique est aussi important en veillant à être compris facilement. Éviter le jargon professionnel du genre 'tarir une vache' ou 'poule élevée au sol'. Enfin, le registre émotionnel et affectif ne doit surtout pas être négligé, alors qu’il est plutôt dénigré dans le secteur agricole. Pourtant au quotidien, les éleveurs témoignent d’un lien fort avec leurs animaux, ils les observent, voire leur parlent. La plupart ont des anecdotes à raconter pour rassurer les consommateurs. Les gens adorent entendre ces histoires. »

 

Quelles sont les pratiques les plus critiquées ?

 
E. D. - « Il ne faut pas seulement dire qu’on fait bien, il faut le prouver et améliorer certaines pratiques. La société refuse catégoriquement tout ce qui peut faire souffrir l’animal. Si des alternatives existent (anesthésie par exemple), la pratique peut être comprise et acceptée par une partie des consommateurs, tandis que d’autres ne voudront pas des produits qui en sont issus. Nous sortons désormais du règne de la science et de la technique. La société demande à l’élevage de tenir plus compte d’une éthique et d’une morale à redéfinir. »
« Replacer l’élevage dans la société »
Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Réussir Aviculture.

Vous aimerez aussi

Vignette
L’Anvol en ordre de marche pour la reconquête du marché
Dans un contexte de consommation en hausse, l’interprofession Anvol réaffirme sa volonté de redynamiser ses filières, annonçant…
Vignette
« La conscience des animaux »

Vient de paraître aux Editions Quae. Les animaux ont-ils une conscience et sont-ils capables de percevoir la situation…

Vignette
"Les circuits courts alimentaires, entre marché et innovation sociale"

Vient de paraître, aux éditions Eres. Relancés à la fin des années 90, les circuits de commercialisation courts…

Vignette
Encore des soucis pour le poulet brésilien
Après une année 2018 tourmentée pour le commerce et la production de la volaille brésilienne, l’année 2019 démarre sous les mêmes…
Vignette
McDonald’s France va tripler ses approvisionnements en œuf français et plein air d’ici 2020

« Pour le lancement national de la recette EggMcMuffin, les approvisionnements en œufs de McDonald’s devraient plus que…

Vignette
Les ventes de foie gras ont bondi durant les fêtes
Malgré un contexte social tendu en fin d’année 2018, les ventes de foie gras en grandes et moyennes surfaces ont finalement…
Publicité
Titre
abonnez-vous
Body
A partir de 8€ TTC/mois
Liste à puce
Version numérique de la revue Réussir Aviculture
2 ans d'archives numériques
Articles en libre accès
Newsletter Filière Aviculture
Newsletter COT'Hedbo Aviculture (tendances et cotations de la semaine)