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Mutation dans l’urgence
Le poulet export Doux dans l’œil du cyclone

Pris à la gorge par une accélération des difficultés économiques, Galliance recherche activement des partenaires financiers et des opérateurs européens pour sauver sa filiale internationale.

En 1998, Doux était allé au Brésil pour sauver son poulet export. Vingt ans après, cap à l'Est pour la même raison...
© P. Le Douarin

Choisir entre la peste ou le choléra », tel est le sentiment qui anime une partie des salariés du groupe Doux, notamment du côté de Châteaulin, où le navire-amiral est le plus menacé par l’ouragan brésilien. Si rien n’est fait, Doux coulera en 2018. Et si Doux tente d’y résister, rien ne dit qu’il réussira. Telle est le dilemme présenté le 12 septembre lors du comité d’entreprise extraordinaire. « En reprenant Doux en mai 2016, Terrena savait qu’il devait faire évoluer le modèle du poulet export qui était condamné, explique Pascal Siméon le porte-parole de Galliance sur ce dossier. Les équipes avaient commencé à travailler à une alternative, mais les événements se sont nettement accélérés. » Depuis mai 2016, suite au dumping des Brésiliens, les prix de vente se seraient effondrés de 30 % en Arabie Saoudite qui pèse 80 % des ventes. Se sont ajoutées la hausse des droits de douane, la dégradation de la parité euro-dollar. Malgré une baisse des volumes de plus de 20 % depuis 2015 (145 millions de poulets au lieu de 185 millions), le déficit 2017 pourrait être du même ordre qu’en 2016 (35 millions d’euros environ). Celui de 2016 a été « gommé » par le rachat de la marque Père Dodu par Terrena, mais le groupe coopératif n’a plus de cartouche. La situation devient « structurellement intenable », concède Galliance.

Trois stratégies complémentaires

Le directoire de Doux propose un plan en trois axes qui restent à concrétiser. Il confirme sa volonté de segmenter son offre de produits et de monter en gamme pour sortir de ses marchés historiques déficitaires. Le virage est déjà pris avec Fitlife, un nouveau poulet destiné aux consommateurs saoudiens, soucieux de leur santé et de leur poids. L’aspect nutritionnel (enrichissement en oméga 3) et l’origine France sont mis en avant. D’autre part, l’Afrique sera prospectée pour valoriser les produits élaborés fabriqués sur le site de Quimper, saucisses notamment, avec l’ambition d’y doubler le tonnage.

Le second axe concerne le développement d’un poulet frais halal sur le marché européen. Pour l’instant, ce marché est fourni principalement par des opérateurs belges ou néerlandais. S’y lancer suppose d’investir dans la rénovation de l’abattoir de Chantonnay et de trouver des partenaires industriels pour pénétrer ce marché.

Enfin, Galliance envisage d’adopter une position défensive d’ampleur sur son marché historique. Ni plus ni moins que de retrouver un niveau de compétitivité équivalent aux Brésiliens. Ce qui implique une délocalisation de la production dans un pays européen. Les regards se tournent vers l’Ukraine, notamment le groupe MHP (1).

Avenir incertain des 300 éleveurs Doux

Les dirigeants affirment être dans l’impossibilité de financer une telle transformation, estimée à 100 millions d’euros sur quatre ans. Outre la recherche de partenaires industriels et financiers, ils en appellent aux pouvoirs publics. Car Doux pèse en volume 10 % de la filière chair française et 6 500 emplois, sans compter les 300 éleveurs en contrat direct (85 % des appros). Des points restent à préciser dans les semaines à venir : quelle part des poulets d’entrée de gamme sera délocalisée ? Que feront les éleveurs en remplacement de ces poulets perdus ? Quel est l’avenir du site de Châteaulin et de ses 475 salariés en CDI ? Les futurs partenaires seront-ils des sous-traitants ou des actionnaires ? Étonnamment, seule la CFA a officiellement réagi à l’annonce du 13 septembre. Par un communiqué, elle « apporte son soutien à la démarche de Terrena qui vise à améliorer la compétitivité et la valorisation des produits. » Le syndicat « appelle la filière et les pouvoirs publics à agir de manière responsable et collective pour assurer le maintien de l’activité export. »

(1) Lire notre dossier Ukraine du n° 219, septembre 2016.
« Plus Doux produit et plus Doux perd d’argent »

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