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Volailles : Actualité agricole et agroalimentaire des filières poulets, poules pondeuses, canards, dindes, œufs, foie gras dédié

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Installation atypique en pigeonneau
Le pigeonneau des Amyrelles décolle contre vents et marées

Le cercle très fermé des professionnels du pigeonneau de chair s’agrandit et se féminise avec la création d’un nouveau site d’une capacité de 5 250 couples à Sainte-Hermine en Vendée.

À 41 ans, Myriam Teillet est du genre à ne pas baisser les bras, tout comme sa compagne et collaboratrice Nadège Bardin. Après presque un an et demi de construction, elles sont enfin arrivées à concrétiser leur projet professionnel. Construire elles-mêmes et « à partir de zéro » un élevage de 5 250 couples de pigeons reproducteurs. En l’occurrence deux bâtiments de 960 m2, compartimentés en 175 volières (ou « parquets ») de 7,2 m2 contenant chacun 30 couples. Tout est parti d’une discussion il y a à peu près cinq ans, un jour où Myriam avait du mal à supporter son travail dans une maternité porcine collective. « J’ai choisi le pigeonneau de chair parce que je connaissais cet élevage. C’est celui qui permet le mieux de concilier une vie de famille nombreuse et un travail avec des animaux. En cas d’urgence, on peut s’absenter sans pénaliser les animaux. »

Respecter le rythme biologique des couples

Myriam a découvert le pigeonneau en 2001 quand elle était salariée de l’exploitation du lycée agricole de Fontenay-le-Comte en Vendée. « Pendant cinq ans, je me suis occupée des pigeons et des canards gras. » Myriam a particulièrement aimé la relation avec cet animal atypique. Chaque couple se forme pour la vie (quatre ans en moyenne en élevage). Même stimulée par un programme lumineux, la femelle pond en moyenne deux œufs tous les 40 jours et pas plus. Le mâle et la femelle couvent pendant 18 jours et nourrissent leurs petits pendant un mois avec le « lait » sécrété par leur jabot. « Ce qui me plaît, c’est qu’on ne peut rien leur imposer et qu’il faut s’adapter à eux en permanence. Mon objectif, c’est de leur apporter les meilleures conditions pour qu’ils se sentent bien et qu’ils me le rendent en produisant. » Concrètement, chaque couple dispose d’un nid double (un pour nourrir la nichée et l’autre pour couver la suivante) et évolue dans une volière où il trouve son alimentation (maïs et granulé complémentaire) et son eau à volonté.

Optimiser les conditions de travail

Cet élevage n’a donc rien « d’industriel », même si le nombre de couples peut surprendre. En détenir autant permet de mécaniser des taches et engendre des économies d’échelle. Il faut compter 3 500 à 4 000 couples pour un temps plein uniquement si on élève et 1 200 à 1 500 couples si on abat et commercialise. Avec 5 250 couples en rythme de croisière, cet élevage occupe un temps plein et demi. Myriam a préféré se focaliser sur la production et a contractualisé la vente de ses pigeonneaux avec l’abattoir Le Renard rouge situé dans les Deux-Sèvres. « J’avais besoin d’un débouché sûr et à l’année pour tous les pigeonneaux. Il a été le seul à me le proposer sur cinq ans. » Main-d’œuvre comprise, l’éleveuse a investi 500 000 euros. Elle a pu bénéficier d’une aide PCAE de 36 000 euros, de la dotation JA et de la prime de retour à l’emploi accordée aux salariés créant leur entreprise. « Malgré le peu de références disponibles sur ce métier, le Crédit agricole Atlantique Vendée a cru à notre projet et nous a bien accompagnées », souligne Myriam. Les deux bâtiments d’élevage parallèles sont de conception analogue : 16 mètres de large pour 60 de long, un couloir central bétonné de 4 mètres de large avec de part et d’autre deux lignes de parquets qui se tournent le dos (1). Une face grillagée donne sur le couloir et l’autre sur l’extérieur. À l’intérieur, la lumière naturelle pénètre par des plaques translucides de la toiture. Chaque parquet de 3 mètres de profondeur comporte au fond un pondoir galvanisé (24 couples) et un autre latéral (6 couples), en façade une mangeoire galvanisée en libre-service et quatre pipettes placées sous le pondoir. La ventilation est naturelle. « J’ai voulu alléger au maximum la pénibilité et avoir de bonnes conditions de travail, souligne Myriam, d’où les racleurs sous les parquets pour éliminer les fientes quotidiennement. » De plus, cela améliore l’ambiance et la lutte contre le rat, prédateur numéro un des élevages de pigeons. Enfin, la troisième partie reliant les bâtiments d’élevage pour former un U est la zone de vie des éleveuses avec les sanitaires, la douche, la salle de repos, le bureau, le chenil, le stockage divers.

Apporter de la valeur aux produits

Les premiers couples ont été mis en place le 5 juillet 2018 dans un bâtiment pour commencer à constituer la trésorerie, alors que le second était en construction. « On a choisi des couples du sélectionneur Europigeon, réformés à trois ans. Ils coûtent moins cher et ne nécessitent pas un suivi technique important. » Conservés un an, ils ont permis d’étaler le renouvellement du cheptel calé sur quatre années. Âgés de six semaines, les autres reproducteurs sont arrivés progressivement jusqu’en avril dernier. Après une première année d’exploitation, Myriam est arrivée à son objectif minimum de rentabilité à 12 pigeonneaux par couple pour un poids mort plein de 520 grammes (environ 620 g en vif). C’est encourageant pour la seconde année qui ressemblera plus à une année normale. Quant à Nadège, si elle est encore salariée dans un abattoir voisin, à terme elle sera, « à mi-temps sur l’élevage et à mi-temps pour faire de la vente directe, précise-t-elle. Nous voudrions valoriser nos pigeons de réforme (2) en rillettes. » Nadège aimerait aussi vendre du pigeonneau pour mieux le faire connaître. L’abattoir Renard rouge est d’accord, à condition de ne pas être pénalisé pour les ventes d’hiver. Nadège a testé des préparations auprès d’amis. « Ils ont été agréablement surpris et ils nous disent que le pigeonneau est goûteux et fin en bouche. J’aimerais aussi qu’il existe un label Pigeonneau bien-être. En matière de respect de l’animal, il est difficile de faire mieux. »

(1) Un bâtiment ne comprend pas de rangée sur un côté externe.
(2) Le pigeon de réforme est acheté en moyenne 70 centimes contre 3,50 euros pour un pigeonneau de 28 jours.
 
 
 

« Deux éleveuses et 10 000 pigeons en symbiose »

Un chantier à péripéties

« On en a bavé pour en arriver là, lâche Myriam au détour de la conversation. Les premiers coups de pioche ont débuté fin novembre 2017 et se sont achevés en avril 2019, avec cinq mois de retard et juste avant l’arrivée des derniers reproducteurs retardée d’un mois. En premier lieu, quelques semaines après le début du chantier, Myriam et Nadège ont découvert que leur maçon terrassier n’en était pas un et ont dû s’en passer au pied levé. « On a donc appris à couler des dalles et à poser des parpaings. » Même si certains ouvrages, comme les fosses des racleurs, devaient être réalisés par des pros, elles ont presque tout fait elles-mêmes, surtout Myriam. Ensuite le climat s’y est mis, avec de la pluie puis de la chaleur. S’est ajoutée une déconvenue avec le fournisseur des bâtiments. « Le bâtiment en kit n’avait pas de notice de montage. Le constructeur s’est trompé sur la hauteur du bâtiment, ce qui ne permet pas d’avoir des entrées de plain-pied pour les parquets extérieurs. Sinon la hauteur serait insuffisante pour le tracteur rechargeant l’aliment. » Enfin, tout le matériel portatif (visseuses, cloueuses, compresseur…) leur a été volé en mars 2019, ainsi que la remorque de livraison des pigeonneaux à l’abattoir.

 

 

Une filière pigeon à rajeunir

Le nombre d’éleveurs décline en France faute de renouvellement suffisant, selon Jean-Luc Boyer, responsable du sélectionneur Europigeon. « D’une part, les structures sont vieillissantes et ne sont pas reprises à l’arrêt d’activité. D’autre part, les créations sont peu nombreuses par manque d’attractivité pour ce métier méconnu, mais passionnant. » Le nombre total de couples serait passé de 600 000 à 420 000 couples en quinze ans, pour 300 éleveurs ayant de quelques centaines à plusieurs milliers de couples. Le sélectionneur souligne que la plupart des nouveaux éleveurs récemment installés sont des femmes. « Elles sont en général plus attentionnées sur le suivi de la production. »

En revanche, l’offre de pigeonneaux a moins baissé, grâce à une meilleure productivité (sélection génétique) et à une meilleure technicité de ceux qui restent. Les pigeonneaux sont surtout commercialisés dans la restauration via des abattoirs spécialisés, opérant dans la caille et le gibier à plume. Le principal opérateur est Cailles Robin (groupe LDC), suivi par Le Renard rouge, ADP Bauche, Les Pigeonneaux du Poitou, Allard, Boilard. Tous sont situés en Pays de la Loire en raison de la proximité avec les zones d’élevage concentrant plus de 60 % du cheptel national (Deux-Sèvres, Maine-et-Loire, Vendée).

 

 

Trois combinaisons génétiques Myrthis

Le sélectionneur Europigeon détient sept lignées pedigree, dont une en conservation. La combinaison des six opérationnelles aboutit à trois populations de grands parentaux (PS 53, PS 45, PS 89) aux aptitudes de ponte et de croissance plus ou moins accentuées. Contrairement aux autres volailles, l’élevage se fait en couple. Il n’existe donc pas de lignée femelle spécialisée ponte et de lignée mâle spécialisée croissance.

Les éleveurs reçoivent des parentaux Myrthis à plumage blanc (PS 53), pie (PS89) ou coloré (PS 45) qu’ils accouplent avec une femelle ou un mâle blanc PS 53 considéré comme la souche pivot. L’objectif est de produire un pigeonneau assez lourd (entre 630 et 660 g en vif) pour contenter l’abatteur et en grand nombre pour satisfaire l’éleveur.

Europigeon propose des pigeons de 8 mois prêts à pondre et sexés, des pigeonneaux de 6 semaines (vaccinés, bagués) ou encore des pigeonneaux de 4 semaines sevrés. Ces derniers sont à moins de cinq euros afin que leur prix reste attractif par rapport aux pigeonneaux d’élevage vendus environ 3,50 euros à l’abattoir. Car le plus gros concurrent d’Europigeon, ce sont ses clients sachant que 70 % des reproducteurs sont issus d’autorenouvellement. Par ailleurs, Europigeon développe la prestation de vaccination (salmonelle et Newcastle obligatoires), ainsi que le sexage au cloaque. L’entreprise a également mis au point un suivi technique des couples sur tablette numérique, permettant de réaliser des bilans par couple et des prévisions de production.

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