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Le maillon multiplication-accouvage innove

L’Itavi a organisé un tour d’horizon de nouvelles perspectives pour optimiser les techniques de multiplication, d’incubation ou d’éclosion.

Que ce soit pour optimiser les performances technico-économiques, répondre aux attentes sociétales notamment de bien-être et de démédication ou améliorer les conditions de travail, le maillon multiplication-accouvage est en permanence amené à faire évoluer ses techniques. Quatre innovations, déjà expérimentées ou au stade de recherche, ont été présentées lors d’une table ronde organisée par l’Itavi à l’occasion de la journée des professionnels multiplication-accouvage.

Sexage dans l’œuf en filière ponte

Le tri dans l’œuf représente, avec l’élevage des mâles issus des souches pontes, une des deux solutions alternatives à l’élimination des poussins d’un jour qui soient socialement acceptables et techniquement faisables. « Plusieurs projets sont en développement dans le monde » a présenté Romaric Chenut, de l’Itavi. L’Allemagne qui s’est engagée à ne plus éliminer les poussins d’un jour en 2017 semble la plus avancée. Sa méthode de l’université de Leipzig est basée sur une analyse par rayon infra rouge de l’intérieur de l’œuf. « Mais cela nécessite de perforer la coquille. Il faut plusieurs secondes pour analyser un œuf et le procédé n’est pas encore industrialisé. » Le projet français Soo développe quant à lui un procédé non invasif. Soutenu par FranceAgriMer, il est porté par la société Tronico. Plusieurs technologies sont testées dont les mesures par spectroscopie et par des biocapteurs avec un objectif de sexage avant le neuvième jour d’incubation. « L’entreprise est en train de déposer les brevets », précise Louis Perrault, de la Sasso qui participe au groupe de travail. « Tronico prévoit la construction du prototype de l’équipement industriel d’ici décembre 2019. » Deux autres sociétés s’intéressent au sexage non invasif, l’une en Israël et l’autre aux Pays-Bas avec une mise en marché prévue pour 2018. « Le tri dans l’œuf peut être vu comme une opportunité pour d’autres filières », relève Estelle Le Helloco, du couvoir éponyme. Elle pense notamment à une alternative au sexage au cloaque des dindes de chair. « Le sexage réalisé en même temps que le mirage avant 9 jours permettrait de supprimer une intervention sur les dindonneaux d’un jour. »

La pré-incubation pour gagner des points d’éclosion

Le but du préchauffage est de réduire la perte d’éclosion consécutive à une durée de stockage des OAC de plus de 7 jours. Cette méthode déjà connue a été exploitée par le fabricant Petersime à travers son concept BioRestore. « Les essais montrent un gain de 3 % en poussins et de 7 % en dindes », indique Luc Gabriel, de Petersime. « Le procédé consiste à appliquer une ou plusieurs phases de traitements thermiques successifs de deux à huit heures, sans dépasser une durée cumulée de 12 heures de l’OAC à plus de 32°C. Le protocole est à adapter à chaque situation de couvoir. » L’objectif est d’amener l’OAC à un stade de développement où les cellules embryonnaires sont plus résistantes. Une des attentes du procédé toujours en développement est de diminuer la fenêtre d’éclosion et de gagner en homogénéité de poussins. « C’est une vraie avancée technologique avec un impact positif sur la qualité des dindonneaux", souligne Estelle Le Helloco, qui l’utilise dans son couvoir. « Elle nécessite de la place supplémentaire pour manipuler ces œufs et d’adapter la gestion logistique et la traçabilité. » Une étude de l’Itavi est en cours pour mesurer l’intérêt du procédé sur les stockages longs (15 jours) et sur des OAC issus de poules de début et de fin de ponte.

Eclosion à la ferme des poussins de chair

L’intérêt de cette technique est de faire naître les poussins en élevage afin qu’ils aient accès plus précocement à l’aliment. Installé près de Cholet, Dominique Grasset dispose de deux bâtiments équipés du concept X-Treck de Vencomatic, testé en partenariat avec Galliance et son couvoir Boyé. « Les OAC sont transférés en élevage à 18 jours d’incubation, soit J-3 avant l’éclosion. Placés dans des casiers spécifiques, ils sont posés sur des rails suspendus et sont maintenus à une température de 37,5-38°C. Les premières éclosions démarrent 24 heures après sur une fenêtre de 48 heures », explique-t-il. Les résultats des douze lots testés d’environ 34 000 œufs montrent un taux d’éclosion supérieur de 0,8 à 1 % à celui du couvoir, une baisse du tri (0,3 %), de la mortalité (0,8 %), des frais de santé (20 %) et surtout de l’IC (35 g voire 50 g sur les derniers lots). « C’est là que se fait le retour sur investissement. Il est de sept années en tenant compte de l’augmentation des charges de gaz et de main-d’œuvre. » Cinq autres élevages, situés à moins d’une heure du couvoir, sont désormais équipés et donnent des résultats similaires.

C’est l’innovation qui a suscité le plus de réactions lors de la réunion des professionnels de l’accouvage car, pratiquée à plus grande ampleur, elle impliquerait une profonde évolution du fonctionnement des couvoirs. C’est un choix de filière. « Cette technique ne représente pour l’instant qu’une toute petite partie de notre activité ,» précise Jacques Loiseau, de Boyé. « Pour éviter tout risque sanitaire, le matériel (casiers, chariots) destiné à ces élevages est spécifique de même que les circuits de transport. » « L’éleveur n’a toutefois pas intérêt à généraliser cette technique à tous ses bâtiments », complète Dominique Grasset. « Seuls deux sur quatre sont équipés, avec un décalage de trois jours des mises en place. Cela donne un peu de souplesse pour adapter à la hausse ou à la baisse le nombre de poussins fournis par le couvoir en fonction du taux d’éclosion à la ferme. »

Un robot pour le confort des multiplicateurs

Déjà présenté dans nos pages (1), le robot TiOne a montré son intérêt pour réduire la ponte au sol en début de ponte en poules repros. Développé à l’initiative d’un couple d’éleveurs, il leur a permis de diviser par deux la fréquence de passage pour stimuler les poules et leur apprendre à pondre au nid et une baisse plus rapide de la ponte au sol. « Plus que son coût (6500 €), c’est le retour sur investissement qu’il faut mesurer sur le gain de temps de travail et la moindre pénibilité », souligne Benoît Savary. La prochaine version du robot sera équipée d’une géolocalisation. Il sera possible de programmer les déplacements du robot en tenant davantage compte des zones où la ponte au sol est plus élevée (près des murs par exemple). Le robot sera prochainement testé chez des multiplicateurs de dindes pour réduire le comportement de couvaison.

(1) n° 220 oct 2016 et n° 226 mai 2017
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