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Bretagne développement innovation*
« L’agroalimentaire breton n’est pas condamné » estime Jean-Paul Simier

Sans nier les difficultés, le directeur agroalimentaire de BDI juge que, de l’amont à l’aval, le secteur peut rebondir, sous réserve de savoir s’adapter.

. La crise de l’agroalimentaire breton est-elle aussi profonde qu’on le dit ?


Jean-Paul Simier - « Ne réduisons pas les industries agroalimentaires (IAA) aux entreprises d’abattage du porc ou de la volaille. C’est bien autre chose. Tout l’agroalimentaire breton n’est pas en crise, même si la rentabilité globale du secteur baisse. Les IAA, c’est 70 000 emplois avec plus de 400 entreprises de plus de 20 salariés et plus de 800 sites industriels. Avec 40 % des emplois industriels et des exportations, c’est aussi la première industrie régionale. En période de crise, il n’est donc pas étonnant que des IAA soient à la une en Bretagne, mais il ne faut surtout pas généraliser. »



. Parler de crise du « modèle breton » a-t-il encore un sens ?


J.-P. S. - « Basé sur une production de masse, le « fameux » modèle agricole breton date des années 1970. Il ne reflète plus la réalité d’aujourd’hui. La Bretagne agroalimentaire n’a jamais cessé d’évoluer depuis, a su se diversifier et fournir des produits de plus en plus élaborés.
En revanche, nous devons constater que le secteur des produits animaux a été dépassé en volume par ses voisins européens qui ont développé un modèle industriel, avec des entreprises transnationales de plus en plus productives. Depuis le début des années 2000,
pendant que l’Europe du Nord allait à marche forcée vers la concentration, de l’amont à l’aval, les Bretons ont connu une décroissance des productions animales. La production avicole a chuté de 40 % depuis la fin des années 1990. Nous sommes sur un modèle agricole de moins en moins intensif. »


. Comment expliquez-vous cette décroissance ?


J.-P. S. - « Elle est due à des facteurs macro- et microéconomiques. Macroéconomiques : perte de compétitivité de la France, effet ciseau entre les prix amont et les prix aval, forte pression sur les prix de vente. L’impossibilité de répercuter les coûts de production à l’aval est un problème franco-français. Les importations, intra-européennes ou des pays tiers, sont autant de volailles produites en moins pour le Grand Ouest. Facteurs micro-économiques ensuite. Avec
une concurrence devenue mondiale, certaines entreprises se sont adaptées mieux et plus vite que d’autres.  L’industrie agroalimentaire a trop fonctionné en vase clos en se battant contre elle-même, tandis qu’ailleurs des groupes se sont constitués à l’échelle européenne. »

. Quelles sont vos solutions pour rebondir ?


J.-P. S. - « Regarder et s’inspirer de nos concurrents étrangers en matière de relations avec la grande distribution et d’alliances industrielles. Celles-ci n’ont pas été assez rapides, suffisantes et massives. On a perdu beaucoup de temps et de capacités. Certaines opportunités ont été ratées : réactions aux accords du Gatt en 1993-1995, chute de Bourgoin-BSA, chute d’Unicopa, difficultés du secteur poulet export. Certes, des alliances se sont produites avec des opérateurs ligériens. En 2009, en prévision de l’arrêt prévisible des restitutions, et pour éviter les effets dominos, la région Bretagne a essayé d’impulser des alliances plus larges. En vain, mais c’était en 2009… Aujourd’hui, un schéma Grand Ouest est incontournable en volaille. Il faut aussi capitaliser sur les forces bretonnes : la technicité, le savoir-faire, la qualité reconnue de nos produits. Ce sont des valeurs fortes à exploiter pour exporter. »

 

* L’agence de développement économique de la région Bretagne (BDI) est le bras économique de la région, intervenant sur la stratégie, l’innovation et l’accompagnement économiques d’activités telles que l’agroalimentaire, l’automobile, le numérique…

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