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Volailles : Actualité agricole et agroalimentaire des filières poulets, poules pondeuses, canards, dindes, œufs, foie gras dédié

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l'interview de Christian de Perthuis, professeur d’économie d'université, spécialiste du climat
« L’agriculture, acteur majeur de la transition énergétique »

Impactés par l’évolution climatique, les agriculteurs producteurs du carbone vivant qui alimente les humains, sont au centre de la transition énergétique à mener face au réchauffement du climat.

Christian de Perthuis a débuté dans le secteur agricole avant de travailler dans deux instituts de recherche économique. Il a dirigé la Mission climat de la Caisse des dépôts et fondé la Chaire économie du climat à l’université Paris-Dauphine. Il a conduit des missions pour les pouvoirs publics et présidé Comité pour la fiscalité écologique, ayant abouti à l’introduction d’une taxe carbone.
© P. Le Douarin
En quoi consiste la transition énergétique ?
Christian de Perthuis - « Nous devons réduire fortement la consommation des énergies fossiles qui sont responsables des deux tiers des émissions de gaz à effet de serre (GES). Sinon, la température moyenne de la planète continuera sa course vers un réchauffement de plus 4 °C. Mais il ne faut pas oublier que l’agriculture et la forêt ne sont pas en dehors du système énergétique global. 20 % de la population mondiale trouve encore son énergie dans l’agriculture et la forêt. Et quand l’agriculture produit des aliments, elle nous fournit notre énergie ! En réalité, on ne peut pas séparer le carbone fossile à destinée énergétique et le carbone vivant à destination alimentaire ou énergétique. Le changement climatique est un problème global qui nous impacte et nous concerne tous, agriculteurs compris. »
Qu’est-ce qui doit changer ?
C. de P. - « Nous devons éliminer les énergies fossiles, autrefois du carbone vivant, du système énergétique mondial. La grande révolution de demain, c’est qu’on pourra capter directement l’énergie solaire avant sa transformation par la photosynthèse et qui utilisera différemment les réseaux de distribution. »
Est-il réaliste de viser la neutralité carbone en agriculture ?
C. de P. - « La neutralité carbone vise à compenser intégralement d’ici 2050 les émissions nettes de GES par la capture de leur équivalent en CO2 atmosphérique au moyen de « puits » de carbone. Viser la neutralité est rigoureusement impossible si on ne change pas radicalement les pratiques du système énergétique industriel et agricole. La mauvaise nouvelle pour l’agriculture, c’est que la déforestation (surtout tropicale) et les changements d’usage des sols agricoles envoient dans l’atmosphère l’équivalent d’environ 10 % des émissions totales de GES, plus du méthane lié à l’élevage et à la riziculture et du protoxyde d’azote lié à la fertilisation. La bonne nouvelle, c’est que l’agriculture est le seul secteur avec la forêt à avoir la capacité à stocker du CO2 atmosphérique. Sauf qu’on ne sait pas encore combien. L’initiative « 4 pour mille », qui consiste à augmenter le stockage du carbone des sols de 0,4 % par an, a été défendue par la France à la Cop 21 de 2015. »
Que préconisez-vous pour la France ?
C. de P. - « De manière générale, plus il y aura de biodiversité agricole et plus la capacité de stockage du carbone augmentera. Et qui dit biodiversité, dit système à raisonner globalement et plus par compartiments. Dorénavant, les pratiques agricoles vont devoir être passées au tamis d’un double filtre : celui de la réduction des GES et celui de l’impact sur l’écosystème agricole stockant du carbone. Et il faudra aussi travailler sur les deux grands débouchés que sont l’énergie et l’alimentaire, végétal ou animal aux impacts très différents sur les GES. »
Quels leviers actionner pour y parvenir ?
C. de P. - « La recherche a un immense chantier devant elle, notamment de mesure des émissions de carbone vivant beaucoup plus complexe à appréhender qu’avec le carbone fossile. Sur le plan politique, il serait bon de sortir des approches verticales et cloisonnées par thème (énergie, agriculture, environnement…). Surtout, il faut inventer de nouveaux modèles économiques. Faire des économies sur la réduction des intrants n’est pas suffisant. Il est fondamental de donner une valeur à la protection de l’environnement, à la restauration de la biodiversité, aux rejets évités et aux services rendus par les agriculteurs. Cultiver la biodiversité agricole n’est pas un retour à des pratiques ancestrales. Faire fonctionner un écosystème productif, c’est de la très haute technologie. Il reste à le faire savoir au commun des mortels qui n’en a pas encore pleine conscience. »
« Donner une valeur aux services environnementaux »
 
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