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Louis Perrault, président du syndicat national des accouveurs (SNA)
« L’accouvage est un maillon stratégique pour l’aviculture française »

Le secteur de l’accouvage est en mutation avec de nouveaux défis technologiques à relever, un contexte sanitaire compliqué et des transmissions d’entreprises familiales réalisées sur fond d’internationalisation.

Louis Perrault est président du Syndicat national des accouveurs depuis octobre 2012 et vient d’être reconduit pour trois ans. Fils du sélectionneur de la lignée de coqs T (comme Thil en Haute-Garonne) Serge Perrault, il baigne dans le métier depuis le berceau. Il a vendu le couvoir familial en 2002 lorsqu’il est devenu directeur général du sélectionneur Sasso.
© P. Le Douarin
Quelles sont les missions du Syndicat national des accouveurs (SNA) ?

Louis Perrault : Ma priorité est que les accouveurs, quels que soient leur envergure, leur statut capitalistique ou l’espèce dont ils vivent, puissent se parler et échanger malgré leurs différences. Ces échanges permettent de partager des valeurs communes. Avec les témoignages de collègues ayant expliqué pourquoi ils avaient cédé leur entreprise pour les uns et repris pour les autres, notre dernière assemblée générale a été un bel exemple de partage réussi. Une autre mission du SNA est d’accompagner nos adhérents, ce qui a été fait plus intensément durant les deux crises sanitaires influenza. Le SNA a dialogué avec l’administration pour adoucir les difficultés économiques des entreprises. Peut-être que ces crises ont permis de faire prendre conscience à la filière de l’importance stratégique de notre maillon. L’accouveur n’est pas qu’un simple fournisseur mais bien un véritable partenaire.

Les restructurations récentes remettent-elles en cause le modèle du couvoir familial ?

L. P. : Les restructurations auxquelles vous faites allusion sont l’acquisition du couvoir Perrot par le groupe LDC et celles des couvoirs Goasduff et Josset par l’association belgo-danoise BHV2-DanHatch et des sites de Caringa par le groupe Orvia. Aujourd’hui, plusieurs modèles d’entreprises coexistent : le couvoir détenu par le sélectionneur (en vue de capter plus de valeur de sa génétique à travers la distribution), l’indépendant à capital familial et celui intégré par l’aval (en vue de sécuriser et de préserver sa fourniture plus que pour des raisons économiques). Cela dépend de l’espèce, avec plus d’intégration dans les filières de l’œuf de consommation et de la dinde. Le SNA ne privilégie aucun de ces modèles et chacun a sa raison d’être. Le modèle familial évolue avec le renouvellement des dirigeants et parce que le métier a fortement changé.

Qu’est-ce qui est nouveau par rapport à vos prédécesseurs ?

L. P. : L’accouvage exige un haut niveau de compétences. Les exigences sont colossales pour répondre à des risques sanitaires, eux-mêmes colossaux. Le retour sur investissement n’est plus celui de la période dorée de la génération précédente ni à la hauteur des risques encourus. Dans ces conditions, je peux comprendre que ce métier n’attire plus les jeunes autant qu’avant. Néanmoins, ce modèle peut perdurer s’il construit des alliances. C’est ce qui s’est passé il y a plus de dix ans en Belgique quand quatre familles d’accouveurs se sont associées pour créer BHV2, un groupe dynamique qui s’internationalise. En France, le poids de l’histoire était peut-être trop pesant pour de telles alliances. Il a fallu l’intervention d’un tiers extérieur pour rebattre les cartes en gallus. Serait-ce une des clefs pour attirer de jeunes talents ?

Les rachats par des groupes étrangers menacent-ils la diversité génétique française ?

L. P. : Outre l’opportunité de reprendre des sociétés familiales, nos collègues belges et danois se disent intéressés par le savoir-faire et la richesse avicole français. Il faut bien avoir conscience que la production avicole mondiale se diversifie et non l’inverse. Et que la diversité génétique française a la capacité de répondre à cette demande. Ce qui était considéré comme des marchés de niche devient une solution d’avenir. Les deux crises influenza ont conduit les deux sélectionneurs français en gallus chair (Sasso et Hubbard) à s’adosser à des groupes à capitaux étrangers (Hendrix Genetics et Aviagen). Ces groupes continueront à exploiter et à diffuser notre génétique, certes sous un autre pavillon, mais avec des moyens accrus. En aucun cas, il ne s’agit de perdre ce potentiel.

« Une richesse génétique française attirante »

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