Aller au contenu principal
Font Size

Andrzej Danielak, président de la fédération nationale polonaise des producteurs de volailles
« La Pologne est en surchauffe »

Le représentant des fédérations régionales de producteurs de volailles a rencontré des aviculteurs bretons. Il leur a fait part de ses préoccupations sur l’avenir de l’aviculture polonaise et européenne.

Andrzej Danielak est producteur de poulets et d'œufs de consommation dans la région de Poznan à l’ouest de la Pologne depuis 1975. Il préside l’Union des associations régionales d’aviculteurs, l’équivalent de la CFA en France.
© P. Le Douarin
Comment a évolué la production de volailles polonaises ces dernières années ?

Andrzej Danielak - « Depuis dix ans, la croissance est en moyenne de 8 % par an. Nous avons eu jusqu’à 12 % d’augmentation annuelle. La rentabilité de la production de dindes en particulier avait beaucoup augmenté (20 % par rapport aux 8 % du poulet ), d’où une croissance plus forte encore. Certains producteurs de poulets se sont convertis à la dinde. Le revers de la médaille est que beaucoup d’agriculteurs se sont lancés dans cette production. De plus, des agriculteurs connaissant des crises, comme en porc ou en lait, se sont reconvertis dans cette production pour laquelle ils obtiennent facilement des crédits. »

Quel impact ce développement a-t-il sur le maillon élevage ?

A. D. - « Nous nous retrouvons actuellement en surproduction de dindes, avec une baisse des prix de vente. Le prix au kilo sortie élevage a chuté de 20 % entre l’année dernière et le mois de mai. Pour savoir si cette tendance va se poursuivre, nous avons recensé les nouveaux projets pour 2016. Nous estimons qu’il y a 450 dossiers d’agrandissements ou de créations d’élevages qui vont se réaliser en grande partie. Il faut distinguer les structures commerciales de très grande taille et les éleveurs familiaux historiques. Ces derniers, dont je fais partie, sont inquiets car nous n’avons pas de possibilité de réguler la construction des poulaillers. Certains élevages se montent sans débouché assuré ! La facilité avec laquelle la Pologne exporte aujourd’hui ne tient qu’aux faibles prix. De ce fait, nos producteurs ne profitent pas beaucoup de la valeur ajoutée. Nos prix de vente sur le marché européen, et la rémunération des éleveurs, diminuent d’année en année. »

Quelles sont vos autres inquiétudes pour l’avenir ?

A. D. - « La première porte sur les négociations autour de l’accord commercial Europe-USA (TTIP). Les textes juridiques sont déjà prêts. Nous n’avons pas de doutes sur le fait qu’il sera signé, et ce sera une vraie catastrophe pour la filière avicole. La croissance d’autres pays proches nous inquiète également. L’Ukraine a un potentiel de développement énorme, avec des coûts de production beaucoup plus faibles. C’est un pays producteur de céréales, on peut aussi y cultiver des protéagineux, et la réglementation est beaucoup moins contraignante. Il faudra également garder un œil sur la Turquie. Enfin, nous sommes confrontés à des difficultés pour négocier les prix avec la grande distribution."

Quelles solutions imaginez-vous pour éviter une crise ?

A. D. - « Elles passent tout d’abord par une meilleure organisation. Il faut nous structurer et mettre en place des groupements de producteurs puissants pour peser dans les négociations. Nous souhaiterions également nous regrouper avec les autres pays producteurs pour faire valoir les intérêts avicoles européens à Bruxelles. Pour écouler la production polonaise, une solution à court terme est de trouver de nouveaux débouchés, et nous négocions actuellement avec de nouveaux pays. Si je semble assez inquiet pour l’avenir, nous avons aussi des atouts. Il existe un grand tissu d’entreprises familiales et les Polonais ont la réputation de savoir s’adapter, comme nous avons pu le faire dans le passé. »

Que retenez-vous des échanges avec des aviculteurs bretons venus vous voir au mois de mai ?

A. D. - « Nous sommes surpris car nous avions l’impression que la structuration économique des filières était plus efficace en France. L’expérience bretonne est une sacrée leçon. La diminution du nombre d’élevages et la fermeture d’abattoirs vécues depuis les années 2000 peuvent aussi nous arriver. Nous voyons bien qu’il n’est pas possible de continuer à produire sans limites. Comme en Bretagne, nous sommes confrontés à des soucis d’acceptabilité sociale des activités d’élevage. Il y a de plus en plus de problèmes de voisinage et la réglementation environnementale se durcit. »

« Il est impossible de continuer à produire sans limites »
Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Réussir Aviculture.

Les plus lus

Installée dans le Gers, Béatrice Laffitte produit en label rouge mention sud ouest © C. Chabasse
La coopérative Euralis cherche des éleveurs de poulets label rouge sous IGP Landes
Le groupe Euralis s’inscrit dans une dynamique de croissance de sa production de volailles sous label rouge. La coopérative…
Face à une crise structurelle européenne du canard de chair accentuée par la Covid-19, la CFA mobilise ses adhérents pour faire émerger des solutions pour les éleveurs dans les régions Auvergne-Rhone Alpes, Bretagne, Bourgogne et Pays de la Loire qui concentrent cette production. © P. Le Douarin
Le syndicalisme avicole CFA appelle à « agir d’urgence pour sauver les éleveurs de canards de chair »
Au nom de la Confédération française de l’aviculture (CFA), Gilles Lassus éleveur de canards de Barbarie dans l’Ain, appelle l’…
Litière de bouchons de paille © A. Puybasset
La gestion des litières des poulaillers de chair enquêtée
Les chambres d’agriculture de Bretagne ont analysé les pratiques de gestion de litière d’éleveurs de volailles de chair bretons.
Les douze bâiments mobiles de Kevin Comte seront déplacés à chaque lot sur une parcelle de 20 ha. © DR
Kevin Comte démarre son premier lot de volailles en IGP Landes
À Saubrigues (40), Kevin Comte vient d’ajouter un atelier de volailles en IGP Landes sur son exploitation, créée…
Benoît Drouin produit du lait (400 000 l/an) et des volailles de chair (4 bâtiments de 400 m2) en polyculture sur une exploitation sarthoise de 135 ha (80 ha en herbe), convertie depuis 1996, d’abord par le poulet. © P. Le Douarin
« La filière avicole vit un tournant avec la réglementation bio »
Dans un contexte européen de relative libéralisation des conditions de production, Benoît Drouin, président de la commission bio…
 © A. Puybasset
France Poultry fait du bénéfice

L’abattoir France Poultry, ex-Doux export à Châteaulin (29), a vendu 152 000 t de poulets et produits…

Publicité
Titre
abonnez-vous
Body
A partir de 8,50€ TTC/mois
Liste à puce
Version numérique de la revue Réussir Volailles
2 ans d'archives numériques
Accès à l’intégralité du site
Newsletter Volailles
Newsletter COT’Hebdo Volailles (tendances et cotations de la semaine)