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Raisonner l'utilisation d'antibiotiques
"La médecine alternative pousse à redevenir éleveur"

Praticien des approches non-antibiotiques depuis plus de quinze ans, Thierry Mauvisseau, vétérinaire en Vendée, défend l’avenir des antibiotiques à travers le développement d’alternatives validées.

THIERRY MAUVISSEAU, VÉTÉRINAIRE RÉSEAU CRISTAL. « Pour remplacer les antibiotiques, il faut de l’anticipation, de l’hygiène, de la technique. »
THIERRY MAUVISSEAU, VÉTÉRINAIRE RÉSEAU CRISTAL. « Pour remplacer les antibiotiques, il faut de l’anticipation, de l’hygiène, de la technique. »
© PLD

 


• Qu’entend-on par médecine ou par méthode « alternative » à l’utilisation des antibiotiques ?


« C’est un terme qui désigne l’usage d’un ensemble varié de produits administrés aux animaux (huiles essentielles, flores bactériennes, homéopathie, autovaccins...) qui ont pour vocation de pousser l’oiseau à réagir positivement à l’agres- sion bactérienne ou autre. Elles s’ac- compagnent impérativement de méthodes d’hygiène et de biosécurité qui s’intéressent à la qualité de l’eau, au nettoyage et à la désinfection des bâtiments. »


• Quel préalable remplir avant de recourir à des substances non-antibiotiques ?


« Un produit alternatif utilisé dans un élevage insuffisant en termes d’hygiène, de conditions d’ambiance ou de conduite, a peu de chance de fonctionner aussi bien que des antibiotiques. Il faut commencer par retrouver les bases. C’est la prévention des problèmes par l’hygiène, par le programme nutritionnel, par la qualité d’élevage. Une grosse part des mortalités de démarrage ne sont pas liées à un problème infectieux. Un antibiotique n’a jamais permis de mieux consommer un aliment ou de réhydrater des animaux. »


• Y a-t-il d’autres conditions à réunir ?


« Premièrement, accepter de changer ses habitudes et cesser d’agir selon de vieux réflexes « en pompier ». Être réactif et appliquer l’alternative dès qu’on voit quelque chose d’anormal. L’alternatif demande plus de temps d’observation des oiseaux, plus de rigueur technique. Il est indispensable d’interpréter les consommations d’eau et d’aliment. Et d’accepter aussi qu’il y ait parfois de la mortalité plus longtemps. »


• Faut-il utiliser une ou plusieurs alternatives ?


« Ma leçon tirée de plus de quinze ans de pratique, c’est d’associer au moins deux solutions ou produits complémen- taires. Par exemple des flores digestives à base de Pediococcus ou de Bacillus subtilis PB6 avec des acidifiants organiques dans l’eau de boisson qui synergisent l’action du produit dans le tube digestif. »


• Comment savoir si les produits alternatifs sont efficaces ?


« Une réglementation existe sur la distri- bution et sur l’étiquetage. Certains produits ne sont pas dénués de toxicité ou montrent même une absence d’efficacité. Le réseau vétérinaire auquel j’appartiens teste lui-même les efficacités avant de préconiser. Pour les huiles essentielles, nous exigeons certains profils de molécules actives (chémotypes). Nous sommes plus réservés vis-à-vis de l’isothérapie, qui repose sur des prélèvements d’organes, des broyats puis des dilutions, sans aucune identification des substances administrées. C’est déjà en amont que le vétérinaire a sa place de conseiller de l’éleveur. »


• Quelles sont les solutions qui donnent de bons résultats ?


« Il n’y a pas de remède miracle, ni de solution passe-partout. Tout dépend des espèces et des syndromes rencontrés. On peut vrai- ment parler de trio « produit-espèce-syndrome ». Par exemple, les huiles essentielles fonc- tionnent bien sur la toux des dindes. Sur les aspects digestifs, les choix est plus large avec les huiles essentielles, les flores digestives, les flores d’ambiance, des oligoéléments, des vitamines... »

 


 

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