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Volailles : Actualité agricole et agroalimentaire des filières poulets, poules pondeuses, canards, dindes, œufs, foie gras dédié

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Michèle Tixier- Boichard, généticienne avicole à l’Inra
« La limite à la sélection n’est pas génétique »

Interpellée par la société, la sélection génétique avicole sort d’une logique d’amélioration technico-économique d’un animal-machine pour mieux intégrer le respect de l’animal-être vivant.

Vétérinaire et directrice de recherche en génétique animale à l’Inra, Michèle Tixier Boichard s’intéresse à la diversité génétique et à l’adaptation des poules, ainsi qu’à la conservation des races. Au mois de septembre, elle a présenté une synthèse sur les limites à la sélection génétique à la 15eme conférence européenne WPSA de la recherche avicole.
© P. Le Douarin
La réponse des volailles à la sélection atteint-elle ses limites ?
Michèle Tixier-Boichard - « Récente, la sélection de souches de poulets sur la croissance ne porte que sur environ 70 ans et 70 générations. Elle pourrait encore se poursuivre en gérant bien la consanguinité. Les limites sont plutôt biologiques, éthiques et environnementales. Par exemple, le métabolisme de base d’un poulet à croissance ultrarapide est tellement élevé que sa température de confort se trouve entre 16 et 18 °C. Au-delà, il a trop chaud et ses performances se dégradent. »
Pourquoi ces types génétiques extrêmes ont des défauts ?
M.T.-B. - « Ces défauts ne sont pas prévisibles par la sélection, du fait du manque de données sur ces niveaux de performance qui n’existaient pas avant. En effet, les relations entre les caractères dépendent du niveau de performance et ne sont pas linéaires. Prenons le poids et la ponte : ils sont corrélés positivement sur une petite poule, alors qu’ils s’opposent sur une poule très lourde. On pourrait anticiper les défauts par une meilleure connaissance préalable des mécanismes reliant le génotype aux caractères exprimés. Les sélectionneurs trouvent des parades au cas par cas en ajoutant de nouveaux critères. Ainsi, la sélection sur la pression partielle du sang en oxygène a permis de réduire la sensibilité à l’ascite des jeunes poulets. Un animal est-il capable de bien assurer plusieurs fonctions physiologiques en même temps lorsque certaines sont poussées au maximum ? La théorie de l’allocation des ressources prédit que non. Pour le citoyen, les phénotypes extrêmes peuvent choquer et suscitent les questionnements éthiques. »
Les filières ont-elles compris ces remises en cause éthiques ?
M.T.-B. - « Pas dans un premier temps. Les défauts et de problèmes de bien-être ont été portés par les ONG welfaristes, hors du circuit production-distribution. Ces nouveaux acteurs politiques ont pesé au niveau européen. Pour se défendre les sélectionneurs et les professionnels ont avancé des arguments économiques, mais aucun n’assume la responsabilité des problèmes posés par les performances extrêmes : il manque une arène pour la concertation. L’éthique a aussi gagné en raison d’une évolution culturelle en Europe sur la place de l’animal. »
Mais aujourd’hui, elles ont bien compris les enjeux…
M.T.-B. - « Pragmatiques, les sélectionneurs s’adaptent aux nouvelles demandes du marché en Europe, mais l’économique prime encore sur l’éthique dans les autres régions du monde. Il faut souligner le virage à 180 degrés pris par les Néerlandais avec le « poulet de demain » à croissance plafonnée, rejoignant le poulet label rouge à croissance lente qui existe chez nous depuis les années 60. La recherche de la performance record relève d’une logique qui a atteint ses limites. Elle ne maximise pas toujours le revenu des éleveurs dans la mesure où elle exige beaucoup d’investissements. Comme disent les sélectionneurs, on ne fait pas de la Formule 1 sur une route de campagne. D’un autre côté, rechercher l’optimum demande souvent plus de connaissances et de technicité. La diversité n’est pas que génétique : c’est aussi celles des systèmes de production. »
Y a-t-il un risque de perdre de la diversité génétique ?
M.T.-B. - « L’expansion des souches commerciales n’a pas encore menacé la diversité génétique mondiale. La France a été en avance avec un soutien public aux races locales, relayé par des conservatoires régionaux et des associations. Par ailleurs, même si cela leur coûte cher, les sélectionneurs maintiennent un portefeuille de lignées pour s’adapter rapidement aux demandes à venir des marchés futurs. Critiqués par leurs homologues américains il y 15 ans, les Français ont eu raison de maintenir des lignées de poulets à croissance moindre. Je souligne aussi l’action du Centre de sélection de Béchanne qui maintient des troupeaux pépinières de races anciennes, sécurisés et génétiquement variés. Les associations de races et les éleveurs soutiennent cet effort. »
« Viser l’équilibre des performances plutôt que le maximum »
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