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La démédication fait évoluer le métier du vétérinaire

Au confluent des attentes sociétales et des problématiques d’antibiorésistance, les vétérinaires indépendants veulent tester de nouvelles manières d’exercer leur activité.

Les attentes sociétales et la lutte contre l’antibiorésistance prennent de plus en plus d’importance. Elles concernent les vétérinaires chargés de soigner les animaux autant que les éleveurs, souvent en première ligne. « Tout le monde est concerné par l’antibiorésistance, rappelle le docteur vétérinaire Julien Flori. C’est devenu un enjeu mondial majeur comme le réchauffement climatique. Cette problématique tient avant tout au mésusage des antibiotiques. Dans ce contexte, les vétérinaires ont un rôle moteur à jouer pour préserver l’arsenal thérapeutique, tout en continuant à favoriser le confort des animaux d’élevage. » Par ailleurs, la baisse drastique de l’usage des antibiotiques a remis en cause le modèle économique de cette profession et posé la question de la revalorisation du conseil auprès des éleveurs et des filières.

Un " véto confiance " reconnu par tous

C’est dans ce contexte que deux groupes de vétérinaires indépendants(1) spécialisés en élevages porcins et avicoles (environ 70 % des indépendants en pathologie aviaire) ont voulu réfléchir ensemble à l’évolution de leur métier. En 2016, ils ont engagé une concertation avec des acteurs des filières animales, mais aussi de la société, de la distribution et des experts-observateurs. Plusieurs rencontres ont été menées de 2016 à mi-2018. « Ils nous ont confirmé que le vétérinaire était perçu comme le garant de la santé et du bien-être animal. Le concept de « véto confiance » a vraiment émergé », résume Thierry Gavaret. « Ils nous ont aussi confirmé qu’il fallait oser remettre en question le modèle actuel et lancer des projets pilotes concrets ", ajoute Julien Flori.

Expérimenter de nouvelles approches sanitaires

Ces projets vont se dérouler sous trois angles : scientifique, économique, pédagogique. Le volet scientifique va concerner l’évolution des pratiques d’élevage et leurs impacts sur l’antibiorésistance, ainsi que l’effet d’un nouveau diagnostic sur l’antibiorésistance. Le volet économique et sociétal abordera la contractualisation du conseil avec l’éleveur ou l’organisation de production. L’enjeu est de définir une relation qui préserve la santé des élevages par le soin aux malades mais aussi par une intervention préventive permanente. « Il s’agit de positionner le vétérinaire comme un référent en santé et en bien-être animal, notamment avec une démarche de certification vétérinaire. » Sur la thématique pédagogique, le vétérinaire pourrait être un porte-parole rassurant les médias et le grand public sur le bon usage des antibiotiques. Ces expériences seront partagées dans le cadre d’un « observatoire » qui mettra en commun le travail mené par les parties prenantes. En somme, les vétérinaires veulent sortir du rôle de pompier pour être aussi des agents de prévention.

(1) Chêne Vert Conseil et Réseau Cristal.

Un suivi à valeur ajoutée

Les Établissements Michel, l’ONG Welfarm et le groupe vétérinaire Chêne Vert Conseil collaborent sur le projet « Valeurs d’éleveurs ». Cette démarche comprend des engagements sur l’alimentation (non OGM), sur le bien-être animal (jardins d’hiver, norme ISO 34700), sur le développement durable, sur la communication et la traçabilité (fermes connectées) et sur la démédication (arrêt d’anticoccidiens, arrêt des antibiotiques). Concernant le volet santé, « nous voulons sortir du schéma du vétérinaire rémunéré uniquement sur la vente de médicaments, souligne le docteur vétérinaire Julien Flori. Mais il faut qu’il puisse valoriser son conseil ». Référent santé de l’élevage, le vétérinaire participe à l’élaboration d’un cahier des charges bien-être et santé. Ses visites portent aussi sur les bonnes pratiques réductrices d’antibiothérapie et sur des thèmes techniques ciblés selon les circonstances (le démarrage, la vaccination, le nettoyage-désinfection…). Par ailleurs, le trio éleveur-technicien-vétérinaire engage des échanges structurés avec un calendrier de travail. La formation fait partie du contrat, avec des sessions d’une demi-journée, en individuel (e-learning via internet) et en groupe pour favoriser les échanges d’expérience.

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