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Interview de Louis Schweitzer, président de la Fondation droit animal, éthique et sciences « Évoluer sur le bien-être pour éviter le rejet social »

En informant mieux le consommateur avec un étiquetage bien-être simple et quasi universel, l’ancien P.-D.G. de Renault veut faire bouger le monde de l’élevage en faveur d’un meilleur respect de l’animal.

Louis Schweitzer, 76 ans, s’est toujours intéressé aux sujets d’intérêt public. D’abord haut fonctionnaire, il a dirigé le groupe Renault jusqu’en 2005. Puis, il a notamment été de président de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité jusqu’en mars 2010. Il préside la LFDA depuis sept ans. © P. Le Douarin
Louis Schweitzer, 76 ans, s’est toujours intéressé aux sujets d’intérêt public. D’abord haut fonctionnaire, il a dirigé le groupe Renault jusqu’en 2005. Puis, il a notamment été de président de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité jusqu’en mars 2010. Il préside la LFDA depuis sept ans.
© P. Le Douarin

Comment caractériser la Fondation droit animal, éthique et sciences (LFDA) par rapport à d’autres ONG de protection des animaux : par la raison ou par l’émotion ?

Louis Schweitzer - « Comme son nom l’indique, depuis un peu plus de trente ans la LFDA rassemble des scientifiques, des juristes et des philosophes. Elle se veut une structure d’étude et de réflexion. Son but est d’améliorer la condition animale en fonction de l’amélioration des connaissances sur les perceptions sensorielles des animaux. Nous voudrions que la sensibilité ou la conscience animale (selon l’espèce) soient juridiquement prises en compte. Nous sommes réformistes et légalistes, pas des extrémistes, ni des végétariens ou végans. Pour mémoire, la LFDA a été à l’origine de l’étiquetage des œufs de consommation. »

C’est ce qui vous a poussé à imaginer une signalétique bien-être animal sur les poulets ?

L. S. - « L’étiquetage bien-être permettra au citoyen-consommateur d’être informé, afin de prendre une décision éclairée et d’orienter ses choix. C’est ce que j’appelle le droit 'souple'. De cette manière, les modèles de production pourront évoluer plus vite. En effet je constate que le droit animal ne progresse pas beaucoup en élevage, pour des raisons diverses et variées. Or l’exigence de bien-être animal progresse très fortement depuis une quinzaine d’années : 90 % des gens en sont convaincus. Si l’élevage ne change pas, il peut y avoir un risque de rejet social. »

Pourquoi avoir collaboré avec le groupe Casino et d’autres ONG protectionnistes ?

L. S. - « J’ai voulu initier cette démarche avec un distributeur. Ce fut Casino parce que je connaissais bien son patron Jean-Charles Naouri qui s’est montré intéressé. Ayant des relations historiques avec CIWF France, Casino a souhaité l’associer et pour crédibiliser ce projet, j’ai sollicité OABA (1) comme quatrième interlocuteur. Nous avons abouti à un concept similaire aux démarches label rouge : un cahier des charges (avec 230 critères examinés tout au long de la filière du poulet) et un contrôle indépendant. La procédure a duré dix-neuf mois avec un test terrain avant l’annonce officielle en décembre 2018. Nous avons été frappés par l’impact médiatique très supérieur à nos attentes. Sans doute parce que le produit est bon. »

Et pourquoi le poulet ?

L. S - « Parce qu’on en élève presque un milliard en France, parce que le cycle de vie assez court est plus facile à suivre, et parce que nous ressentions que les acteurs majeurs de cette filière avaient envie de progresser. Mais nous n’avons pas voulu intégrer au départ des organisations professionnelles afin de ne pas compromettre le niveau d’exigence. »

Prévoyez-vous une extension à d’autres filières ?

L. S - « Nous voudrions devenir l’étiquetage de référence, au-delà du distributeur Casino et du poulet. D’où la création d’une association à laquelle ont adhéré les Fermiers du Sud-Ouest et la coopérative des Fermiers de Loué. La prochaine étape vise le porc et le lapin. Nous voulons tirer toute la profession vers le haut. Pour être suffisamment reconnu, il me paraît essentiel que ce système reste unifié pour éviter la confusion des étiquettes. C’est pourquoi l’étiquette a été beaucoup réfléchie, afin qu’elle soit lue et comprise au premier coup d’œil, contrairement au code des œufs. Nous espérons aussi l’étendre en Europe. »

Bien-être animal et économie font-ils bon ménage ?

L. S - - « En matière de premier prix, la France ne sera jamais compétitive. Par contre, elle peut être gagnante en misant sur la qualité. 77 % des consommateurs sondés se déclarent prêts à accepter un surcoût s’il y a une amélioration du bien-être animal. L’étiquetage bien-être dûment contrôlé est aussi une façon de défendre le produit français en le différenciant. Car personne ne contrôle l’Ukraine. »

Bien-être de l’animal et de l’éleveur vont-ils de pair ?

L. S. - « Je suis convaincu qu’il y a un lien entre le bien-être animal et les conditions de travail des gens qui s’en occupent. On ne peut pas être heureux en travaillant dans de mauvaises conditions pour soi et pour les animaux. »

« Des ONG garantes de l’étiquetage »

(1) Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoirs.

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