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Désorganiser les colonies de poux rouges avec des allomones

Dans la Drôme, la SAS Deroux frères teste la pulvérisation d’allomones de synthèse qui désorganisent les colonies de poux rouges.

Début mars, période où les poux réapparaissent, Dominique Deroux se préparait à réaliser une série de pulvérisations hebdomadaires de NoReds dans son élevage de 122 000 pondeuses en cages (1), tout en installant des scotchs pour vérifier le niveau d’infestation et son évolution. Ce produit, qu’il teste depuis deux ans avec le laboratoire Irsea (Institut de recherche en sémiochimie et éthologie appliquée), est une copie de la molécule du message chimique émis par le canard, qui désorganise les colonies de Dermanyssus gallinae.

« Les traitements réalisés sur huit semaines l’an dernier nous ont permis de ne plus avoir d’œufs tachés, donc déclassés. Nous avons installé deux rampes amovibles de 5 mètres sur un pulvérisateur, de façon à toucher toutes les cages. La pulvérisation de tout le bâtiment et des 40 000 poules dure 1 heure 15, précise Dominique Deroux. Le temps de travail est réduit, et nous apprécions la simplicité du procédé et son innocuité pour nous qui pulvérisons. Nous portons seulement un masque en papier. »

Depuis deux ans, l’éleveur ne recourt à aucun autre procédé pour lutter contre les poux rouges durant le lot. Lors du vide sanitaire, il réalise un dépoussiérage et applique un insecticide par thermonébulisation. Il exprime sa satisfaction de la situation actuelle. Les tests suivis par le laboratoire ont montré qu’il n’y avait plus de picage. « Les poules sont très calmes et nous assainissons l’ambiance avec des huiles essentielles pulvérisées. »

Avant d’utiliser ce produit, Dominique Deroux et son frère avaient eu recours aux traitements chimiques traditionnels. « Nous avons vite noté la limite de leur efficacité après trois traitements. Ces produits sont chers et dangereux pour l’éleveur et il faut bien veiller à ne pas toucher les poules » rappelle-t-il. Ensuite, l’élevage a utilisé la silice, puis des poudres de silice. « Ces produits restent asséchants et la machine pour appliquer la poudre est moins régulière qu’un pulvérisateur. Pour déposer cette poudre seulement aux bons endroits où logent les poux, il faut compter une journée de travail par bâtiment. » Enfin, des premiers essais ont été conduits avec le laboratoire Irsea en incorporant l’allomone de canard dans l’aliment. « La dilution était faible, l’application pas simple et peu efficace », commente Dominique Deroux.

Retour de prédateurs naturels

En revanche, l’éleveur est satisfait des effets du NoReds. Il confirme que des petits acariens hématophages continuent à courir dans le bâtiment, sans piquer les poules, et que les grappes de poux ont sensiblement diminué. « Le plus étonnant est que des prélèvements ont montré l’apparition de prédateurs naturels qui n’avaient pas été répertoriés auparavant. Ils avaient été détruits par les précédents traitements chimiques. Toutefois, ils ne sont pas assez efficaces pour venir seuls à bout des poux » explique-t-il.

Pour améliorer la situation, Dominique Deroux souhaiterait recourir à l’introduction de prédateurs. Cependant, il estime que le système d’application n’est pas encore efficace pour les cages. Il attend que la société qui les commercialise achève la mise au point d’un nouveau procédé de distribution. Plus globalement, la vétérinaire drômoise Christine Filliat rappelle des constatations élémentaires. « La présence de poux n’est pas liée à la densité des volailles, ni au milieu de vie. On en retrouve dans les petites cabanes en bois ou des bâtiments de 40 000 pondeuses. J’ai constaté des résistances là où on avait effectué seulement des traitements chimiques durant le vide sanitaire ou plus ponctuellement sur des zones où se cachent les acariens. J’ai noté qu’il était efficace durant le vide sanitaire de faire sortir les poux en tapant sur les ferrailles, les vibrations ayant un effet dispersant. »

(1) En 1993, les frères Deroux ont repris l’élevage paternel d’Artemonay. Il comprend trois bâtiments construits en 2008 et 2010, avec le conditionnement pour 36 millions d’œufs code 3 vendus aux GMS.

Des programmes de lutte raisonnée

Christine Filliat, vétérinaire conseil, spécialisée en aviculture et médecine non-conventionnelle dans la Drôme, propose aux éleveurs un choix d’options de lutte intégrée sans résidus et adaptables sur les différents types d’élevages (bio, labels, ou plus intensifs). « Je discute avec l’éleveur, nous réalisons un audit du site avec une évaluation du taux d’infestation, on calcule le coût des opérations pour décider du protocole à appliquer. »

La lutte raisonnée intègre un ou deux traitements et agents : des prédateurs seuls ; un programme allomone seul ; ou bien un programme couplé (Lentypou + avec prédateurs ou Lentypou + avec Lentyspot + ou encore allomone avec prédateurs).

Depuis cinq ans, Christine Filliat a recours aux prédateurs d’Appi. Lentypou + est un produit phytothérapique (agréé en bio) qui s’administre dans l’eau de boisson (cure d’une semaine, puis une fois par semaine pendant un mois). Lentyspot + est un extrait de plantes et d’huile végétale d’origine naturelle, contenant 18 % de géraniol, qui se dilue également.

Traiter dès l’arrivée des poulettes

L’Irsea à Apt est spécialisé dans la communication chimique entre les animaux. NoReds, qu’il distribue via Semiokeys Animal World, est une copie de synthèse de la molécule de l’allomone naturelle émise par le canard pour se protéger des poux rouges, la DDRA : Duck dermanyssus repellent allomone, libérée par la glande uropygienne du palmipède. « Ce produit n’a pas d’influence comportementale sur les poules. Il ne fait pas mourir les poux, mais désagrège les colonies. Les poux perdent leurs repères et les femelles ne se gorgent plus de sang sur les poules », explique-t-on à l’Irsea.

Le NoReds, liquide dilué dans l’eau, doit être pulvérisé largement dans le bâtiment, y compris sur les poules. Pour un bâtiment de 40 000 poules, deux flacons dilués dans 400 litres d’eau sont utilisés à chaque pulvérisation. La première doit être réalisée dès l’arrivée des poulettes, puis une fois par semaine durant huit semaines. Dans un bâtiment très infecté, on effectue trois traitements par an au maximum. Ce traitement annuel a un coût inférieur à 10 centimes par poule (pour 40 000 poules).

Le saviez-vous ?

Une allomone est une substance chimique produite par un être vivant, qui interagit avec un autre être vivant d’une espèce différente, alors qu’une phéromone est une molécule qui s’adresse à la même espèce (rôle d’attraction sexuelle notamment).

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