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ÉNERGIES
VIDÉO | La viticulture doit-elle aller vers l'agrivoltaïsme ?

Diversifier ses revenus tout en protégeant sa vigne des aléas climatiques, telle est l’idée séduisante de l’agrivoltaïsme en viticulture. Si ces installations diminuent les amplitudes thermiques et l’évaporation de la vigne, certains expriment aussi la crainte que cette nouvelle activité empiète sur les terres agricoles et viticoles et dégrade les paysages.

Dans ces Controverses organisées par Reussir et l’IFV (Institut français de la vigne et du vin) qui ont eu lieu au Vinitech à Bordeaux le 29 novembre 2022, Antoine Nogier, président de France Agrivoltaïsme fait face à Julien Rouger, viticulteur et membre du bureau de Jeunes Agriculteurs. Le syndicat a demandé un moratoire sur le sujet en septembre.

Que représentent les installations agrivoltaïques sur les vignes françaises ?

Antoine Nogier : Pour la viticulture, on est vraiment aux balbutiements de l'agrivoltaïsme en France puisqu'il y a moins d'une dizaine d'hectares qui sont équipés. Il y a beaucoup d'expérimentations avec des cépages différents, c'est important de le dire, avec une très grande variété de cépages qui sont aujourd'hui testés. D'autre part, nous avons connaissance de plusieurs dizaines de projets en développement ou en cours de déploiement dans l'année ou les deux années qui viennent, ce qui représenterait quelques centaines d'hectares.

 

Quels sont les avantages de l’agrivoltaïsme ?

Antoine Nogier : Le premier avantage, c'est la protection climatique de la vigne et c'est le fait de pouvoir disposer d'une forme de persienne ou d'ombrière qui va atténuer des impacts délétères du changement climatique, que ça soit le gel printanier ou alors les épisodes de canicule comme on a vécu cet été ou de sécheresse intense. Et le second avantage qui est évidemment très important, c'est le fait que l'électricité produite est rentable. Aussi, l'agriculteur va pouvoir bénéficier d'une double rente, celle de sa vigne protégée et puis celle de la rente liée à la vente de l'énergie. J'allais dire, il y a même un troisième dividende si je puis dire qui est important, qui est l'économie d'eau. C'est un sujet qui peut avoir, à l'échelle d'un bassin, un vrai intérêt pour l'intérêt général.

 

La production d’énergie condamne-t-elle à terme les terres agricoles ?

Julien Rouger : In fine, le danger pour nous, c'est de faire du photovoltaïque sur terre agricole qui ne soit pas réversible, parce qu'on nous dit souvent les installations sont réversibles, dans les faits c'est quand même peu crédible et peu probable. Ce que l’on craint, c'est que des surfaces de terres agricoles, qui servent à faire de l'alimentation ou des textiles ou autres, soient converties pour produire de l'énergie et qu'elles soient finalement artificialisées et qu'on ne puisse pas les retrouver pour la production, notamment alimentaire.

Antoine Nogier : Je partage cette préoccupation parce que c'est un vrai sujet. Si l'agrivoltaïsme est mal défini, c'est un vrai risque que ça puisse se faire au détriment de l'agriculture.

Julien Rouger : Nous avons demandé un moratoire sur l'agrivoltaïsme parce que nous avons senti que le débat partait dans tous les sens et qu'on nous agitait le sujet de l'agrivoltaïsme comme un chapeau dans lequel, finalement, on retrouvait à la fois de l'agrivoltaïsme, ce que l'on souhaite voir développer comme innovation, mais aussi du photovoltaïque au sol sur terre agricole, ce que l'on souhaite voir interdire. Au vu de la cristallisation des débats, on a dit stop, on se pose, on arrête, on demande un moratoire et on prend le temps de cadrer les choses.

Antoine Nogier : Là, ce que je ne partage pas c'est le fait qu'il faudrait ralentir parce qu'on est dans une urgence, à la fois une urgence climatique, une urgence énergétique, une urgence alimentaire, et c'est aujourd'hui que l'on doit faire des choix. On peut faire vite et bien si c'est régulé, encadré, accompagné et concerté.

Julien Rouger : Sur cette question du moratoire, ces derniers jours, on a fait un pas en avant en proposant un compromis : si le gouvernement et les politiques sont prêts à cadrer une définition stricte et claire de l'agrivoltaïsme et, dans le même temps, à interdire le photovoltaïque sur terre agricole qui artificialiserait ces terrains, nous sommes prêts à retirer notre moratoire.

 

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