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Tailler la vigne en deux fois pour éviter le gel

Il est possible de sauver des bourgeons du gel de printemps en gardant temporairement des bois plus longs. Mais la méthode demande du temps et de l’organisation.

Tailler en deux fois consiste à laisser des coursons ou des baguettes plus longs, que l'on vient rabattre après le débourrement. © J.- C. Gutner
Tailler en deux fois consiste à laisser des coursons ou des baguettes plus longs, que l'on vient rabattre après le débourrement.
© J.- C. Gutner

Rien ne vaut la taille de mars dit l’adage. Pour certains, c’est encore celle de mai qui convient le mieux, car elle permet de rebondir à la suite d’un éventuel coup de gel. « La taille tardive est une pratique qui a été abandonnée mais qui renaît un peu avec le retour des gelées de printemps », analyse Sébastien Carré, du Groupement de développement viticole de l’Aube. L’idée de tailler en deux fois est simple : le gros du travail est fait pendant l’hiver, mais le viticulteur laisse davantage de longueur que nécessaire sur les bois qu’il garde. Il repasse ensuite au printemps après le débourrement pour raccourcir les coursons ou baguettes choisis à la taille. Ainsi, grâce à l’acrotonie de la vigne, si la plante gèle, ce seront d’abord les bourgeons des extrémités qui seront touchés. Il n’y a plus qu’à rabattre la hauteur du sarment pour favoriser le départ des bourgeons moins développés et normalement moins touchés par le gel. « La technique n’est pas infaillible certes, mais elle peut être efficace et éviter quelques soucis, estime le technicien aubois. Certains conduisent ainsi systématiquement les secteurs sensibles. En revanche cela complexifie l’organisation de la taille. » Même son de cloche du côté d’Olivier Thevenon à la chambre d’agriculture du Var. « Ça peut être intéressant pour des bas-fonds ou des cépages plus exposés au gel, dit-il. Mais si les températures descendent trop bas il ne faut pas s’attendre à un miracle, tout risque de geler. » Dans la pratique, les viticulteurs utilisent cette méthode sur les tailles courtes aussi bien que sur les tailles longues. Dans le cas d’un cordon par exemple, ils laissent une dizaine d’yeux sur le courson, qu’ils rabattent ensuite à deux ou trois yeux. En guyot, l’idée est de laisser une baguette de 80 centimètres à un mètre. Certains, qui ne prétaillent pas, laissent même la totalité du sarment.

Une méthode qui tire sur les réserves de la vigne

Si ce moyen de contrer le gel a l’avantage d’être peu onéreux et entièrement respectueux de l’environnement, il est toutefois chronophage et doit respecter un timing bien particulier. " C’est quelque chose à anticiper, à bien penser, prévient Sébastien Carré. Il faut être très réactif pour intervenir dès la fin du risque de gel. C’est d’autant plus compliqué les années où la pousse est très active, on se retrouve vite avec beaucoup de végétation et des risques de casse." Cette méthode est aussi à double tranchant s’il ne gèle pas, puisqu’elle induit un retard de phénologie. « Et cela demande beaucoup d’énergie à la vigne, avertit Olivier Thevenon. Elle est obligée de puiser davantage dans ses réserves pour répondre aux deux pousses successives. » Un autre risque est également de voir une gelée très tardive sévir alors que le viticulteur est déjà passé pour rabattre les coursons ou les baguettes. « C’est alors la double peine, relève le conseiller, car on a passé du temps en plus pour la taille et on perd sa récolte quand même car on est plus protégé. » Si la taille tardive ne saurait être une solution idéale pour lutter contre les effets du gel, elle permet de répondre à des problématiques ponctuelles.

Témoignage : Albéric Philipon, vigneron au château Carpe Diem à Cotignac dans le Var

"Il faut être à l’affût de la météo et s’adapter"

La taille tardive fait partie des actions de prévention que nous menons contre le gel. Nous l’avons mise en place suite au gel sévère de 2017. Je ne peux malheureusement pas passer en deux fois sur la totalité du vignoble de 30 hectares, il n’y a donc qu’un quart de la propriété qui est conduite de cette façon, sur les parcelles les plus gélives et en fond de coteaux. Les anciens utilisaient déjà cette technique. Nous faisons plusieurs essais de longueurs de coursons, soit 60 centimètres, soit le sarment entier. Mais nous n’avons pas encore de conclusion, n’ayant pas été confrontés de nouveau au gel. Je garde généralement un créneau d’une semaine mi-avril pour repasser. Mais il faut être à l’affût et s’adapter, regarder les prévisions météo à quinze jours. C’est parfois un coup de poker. L’an dernier, j’ai eu le sentiment que l’on était tiré d’affaire de bonne heure donc je suis passé plus tôt pour ne pas affaiblir la vigne, heureusement je n’ai pas eu de problème.

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