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S’équiper pour ménager sa santé

Taille, tirage des bois, épamprage… de nombreux travaux viticoles encore manuels peuvent être facilités avec un minimum d’équipement.

Les chariots de taille réduisent les efforts de flexion du dos.
Les chariots de taille réduisent les efforts de flexion du dos.
© J.-C. Gutner

Travail de nuit, répétition, horaires alternants, postures pénibles, températures extrêmes, etc. La liste des facteurs de pénibilité est longue, lorsque l’on considère l’éventail des travaux viticoles. Dans son projet de loi sur le compte pénibilité, le gouvernement définit dix facteurs, dont neuf auxquels les vignerons et ouvriers viticoles sont exposés. De nombreux travaux sont en effet réalisés en milieu extérieur et restent manuels, comme la taille, le tirage des bois, ou encore l’épamprage.

Une mécanisation à moindre coût

La mécanisation permet de réduire ces facteurs de pénibilité. Seulement, tous les travaux ne sont pas totalement mécanisables et/ou la mécanisation n’est pas toujours à la portée de toutes les bourses. Avec parfois plus de 10 000 coupes par jour, la taille est un facteur important de troubles musculosquelettiques (TMS), d’autant plus que la saison de taille peut durer plusieurs mois. Avec un tarif autour de 1 000 euros neuf (en moyenne 500 euros d’occasion), le sécateur électrique est connu pour réduire fortement les risques de TMS au niveau des mains et des poignets. La pression à exercer sur la gâchette est en effet faible comparativement à la force nécessaire avec un sécateur manuel. Néanmoins, même si les constructeurs de sécateurs électriques chassent les kilogrammes superflus, ceux-ci restent plus lourds que les modèles manuels : le sécateur électrique déplace, à des mesures bien moindres toutefois, les problèmes de TMS des poignets et mains vers les avant-bras et épaules. De plus, le pack de batteries constitue un poids permanent qui accentue les efforts du dos, notamment avec des vignes basses. Mieux vaut privilégier les packs de batteries positionnés assez bas sur le bassin.

« Si les sécateurs électriques sont privilégiés dans les vieilles vignes, les modèles manuels sont plus adaptés sur les plantiers, moins durs à tailler », estime Claude Rozet, conseiller en prévention à la MSA Alpes-Vaucluse. L’ergonomie est également un facteur primordial dans la lutte contre les TMS. Avant d’acheter un sécateur, il est important de l’essayer et se sentir à l’aise avec. Bien entendu, pour les gauchers, il est primordial de s’équiper d’un modèle idoine. Sur les modèles manuels, les poignées tournantes montent le coût des sécateurs, mais réduisent les frottements et les efforts.

Claude Rozet revient également sur les B.A.-BA d’un bon tailleur : l’affûtage et l’affilage. « Plus une lame est bien affûtée, moins l’effort à fournir est important », souligne-t-il. Un bon affûtage journalier, suivi d’un affilage régulier de la lame est donc vecteur d’un travail efficace et moins fatigant. Certains tailleurs n’hésitent pas à sortir la pierre à aiguiser à chaque bout de rang.

 

L’alternance des travaux limite les TMS

Autre travail physique, couplé à la taille, le tirage des bois. Ce travail engendre des efforts de torsion qui peuvent être éreintants à la longue. Selon le type de taille, le prétaillage permet de réduire peu ou prou une partie de cette tâche ingrate. Certains constructeurs tablent sur les machines à tirer les bois, encore nouvelles sur le marché et ne convenant pas dans toutes les situations. Si prétailleuses et tireuses de bois représentent un coût d’investissement important, elles peuvent réduire considérablement le temps de taille et donc son prix. D’autant plus que cet investissement peut être mutualisé, comme dans une Cuma ou déléguée à une ETA.

Pour les viticulteurs qui ne peuvent pas mécaniser leurs vignes, Claude Rozet conseille de varier les tâches. « Ce qui est néfaste, c’est de toujours faire la même chose. On peut diversifier en taillant sur une certaine longueur, puis en la reprenant pour tirer les bois. Changer les postures (assis, à genoux, debout et courbé) est également conseillé pour limiter les TMS. Si le viticulteur possède plusieurs parcelles avec des cépages et des ports de vigne différents, il peut être bon de passer d’une parcelle à l’autre plusieurs fois dans la journée pour alterner les postures. »

Des réflexes de sportifs à acquérir

Le conseiller en prévention constate malgré tout une croissance des TMS chez les viticulteurs et ouvriers viticoles, quand celles-ci restent stables ou diminuent dans d’autres productions du monde agricole. Celle-ci s’explique de plusieurs façons : l’agrandissement des exploitations, combiné à une mécanisation limitée des certains travaux viticoles conduit à une spécialisation des tâches. « Quand on a un bon tailleur, on lui en fait faire le maximum, illustre-t-il. Certains tailleurs travaillent en continu pendant plusieurs mois, alors qu’autrefois, ils pouvaient être appelés à faire d’autres tâches pendant la saison de la taille. »

Autre constat, les trajets jusqu’à la parcelle se font aujourd’hui en voiture, alors qu’ils se faisaient à pied ou à vélo à une époque. « Les tailleurs attaquent directement la taille sans échauffement pour la plupart, alors qu’autrefois, ils étaient échauffés par le trajet, constate le conseiller. Or, il ne faut pas oublier que tout effort physique, surtout long et continu comme la taille, nécessite un minimum de préparation (échauffements, assouplissement) : un marathonien n’entame pas une course à froid. » Suite à un groupe de travail ayant cogité sur la pénibilité, Veuve Clicquot a mis en place depuis quelques années un échauffement systématique des tailleurs avant d’attaquer les bois.

S’installer à une hauteur confortable

Pour travailler plus confortablement dans les vignes basses, les scooters des vignes, également appelés vélos des vignes, chariots de taille ou sièges de vigne, installent les opérateurs en position assise à la bonne hauteur pour la taille ou l’épamprage. Si certains modèles offrent un avancement électrique, une direction automatique et une cabine contre le vent et la pluie, des modèles plus simples sont accessibles en dessous de 1 000 euros.

Pour ce qui est de l’épamprage, des solutions économiques comme l’épampreuse électrique Powercoup d’Infaco (autour de 1000 euros) permettent d’éliminer les gourmands sans avoir à se baisser.

Liste des facteurs de pénibilité décrits dans le projet de loi

Le projet de loi du compte pénibilité, qui devrait être achevé courant 2016, décrit dix facteurs de pénibilité. En fonction du niveau d’exposition, les salariés pourront bénéficier d’un certain nombre de points qui, accumulés, donneront droit à des trimestres de retraite, un temps partiel sans baisse de salaire ou à une formation continue pour une reconversion. Réduire ces facteurs peut donc aussi être bénéfique pour l’employeur.

- Travail de nuit ;

- Travail répétitif ;

- Travail en milieu hyperbare ;

- Horaires alternants ;

- Postures pénibles (accroupis, à genoux, torsion de torse > 30°, flexion de torse > 45°) ;

- Manutention manuelle de charge (15 kg, 10 kg quand soulevé depuis le sol) ;

- Agents chimiques ;

- Vibrations mécaniques ;

- Températures extrêmes (< 5 °C ou > 30 °C) ;

- Bruit.

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