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Régénérer les ceps face aux maladies du bois

Principales causes du dépérissement de la vigne, les maladies du bois concentrent leurs champignons pathogènes dans la charpente des ceps. Remplacer le vieux tronc par un nouveau tronc sain est donc une solution. C’est ce que permettent le curetage, le recépage et le regreffage. Voici comment choisir la bonne technique.

Recépage © BNIC
Le recépage est l'un des techniques mises en oeuvre pour regénérer les ceps touchés par les maladies du bois. Le but est de rajeunir les troncs pour éviter l’apparition des maladies du bois. Il est réalisé le plus souvent de façon ponctuelle dans la parcelle, lors de l’observation de légers symptômes.
© BNIC

1 Le recépage, une technique préventive

Le recépage est une technique efficace utilisée de manière préventive, avant l’expression des symptômes. Il permet de régénérer le cep de vigne, en ralentissant la propagation de la maladie. Il permet aussi d’améliorer le rendement.

recépage

Une opération simple à réaliser ponctuellement
Le recépage consiste à sélectionner un jeune pampre à la base du cep au printemps pour créer une nouvelle charpente au pied et ainsi supprimer l’ancien bois. Le but est de rajeunir les troncs pour éviter l’apparition des maladies du bois. Généralement, il est réalisé de manière ponctuelle dans la parcelle lors de l’observation de légers symptômes, bien qu’il soit plus intéressant d’effectuer un recépage avant que le pied exprime les premiers symptômes, car cela permet d’éviter une perte de récolte. En effet, le temps que le pampre forme un nouveau tronc et entre en production, le tronc d’origine peut être conservé et il continue à produire.

Deux techniques de recépage en fonction de la situation
- Le recépage classique ou précoce s’effectue sur une vigne en production à l’aide d’un pampre qui a poussé spontanément. Il vise à conserver les ceps en bonne santé et à rétablir les rendements avant la perte de récolte. Il permet de gérer les maladies du bois dans le vignoble à un stade précoce avant l’apparition des symptômes. Dans cette situation, le tronc d’origine est préservé et continue à produire en double tronc et peut même servir de tuteur au jeune pampre, jusqu’à ce qu’il forme un nouveau tronc productif.
- Le recépage forcé est réalisé grâce à un pampre qui a poussé après la décapitation du vieux tronc. L’opération de décapitation des ceps malades s’effectue en hiver et dès les premiers symptômes de maladies du bois. Au printemps, la production de nouveaux pampres forme un nouveau tronc sain qui portera les futures récoltes. Cela maintient le rendement et peut ralentir la propagation de la maladie en éliminant une source potentielle d’inoculum dans la parcelle.

Bon à savoir
Les nouveaux troncs peuvent être exempts de maladies du bois seulement si la décapitation a été réalisée en dessous des nécroses dues aux champignons pathogènes.

Point de vigilance
Le recépage est efficace contre l’eutypiose ou lorsqu’il est réalisé sur des formes lentes de l’esca, mais en cas d’apoplexie il est trop tard pour le mettre en œuvre.

Quel coût ?
Le coût du recépage pour assainir ou prévenir les maladies du bois sera toujours inférieur à celui du remplacement du plant. Selon une étude du Bureau national interprofessionnel du cognac (BNIC), le recépage se justifie si la durée de vie de la parcelle est d’au moins dix ans, si le prix du vin est supérieur à 0,80 € le litre et si le taux de réussite du recépage est supérieur à 20 %.
Lorsque le recépage fonctionne avec 60 % de réussite (vignes symptomatiques devenues asymptomatiques), le coût du recépage est de 3 € HT pour un cep.

Lire aussi : Plantation de vigne : il faut savoir anticiper !

2 Le curetage, une technique nécessitant un apprentissage

curetage © CNIV

Le curetage d’un tronc de vigne est une technique de plus en plus pratiquée pour limiter les effets des maladies du bois. L’objectif du curetage est de creuser le tronc pour éliminer le bois endommagé par l’amadou (nécrose centrale blanche et spongieuse qui contient principalement des pathogènes de l’esca) pour préserver le bois fonctionnel et le flux de sève. Les zones malades sont souvent proches des parties de bois mort et sous des plaies de taille importantes.

Comment procéder ?
Il est nécessaire d’ouvrir le tronc en tronçonnant à l’endroit où du bois mort a été détecté. L’amadou ainsi visible doit être retiré, curé, en utilisant le côté de la lame de la tronçonneuse. Cette étape doit être réalisée sans ronger le bois vivant, ni toucher les flux de sève. La technique demande un apprentissage et une certaine expérience. Il est en effet nécessaire de bien gratter afin de supprimer tout le bois malade.

Quand le réaliser ?
Le curetage peut être réalisé dès l’apparition des premiers symptômes entre juin et septembre. S’il est réalisé suffisamment tôt en juin, il peut permettre de sauver la récolte de l’année en cours. Il peut également être réalisé en hiver, lors du repos végétatif de la vigne.

Quelle efficacité ?
Le curetage est efficace sur des ceps qui présentent des symptômes de l’esca. Plus les symptômes sont légers, plus il est efficace. Selon des études du Service interprofessionnel de conseil agronomique, de vinifications et d’analyses du Centre (Sicavac), le curetage montre de meilleurs résultats sur des vignes jeunes plutôt qu’âgées. De nombreuses expérimentations ont montré que les taux de réussite du curetage atteignent très régulièrement 90 % à 95 %.

Quel coût ?
Il faut en moyenne 5 minutes pour cureter un pied. Ce temps dépend surtout de l’âge de la vigne. Le coût moyen du curetage est estimé à 2,50 € HT par cep.

3 Le regreffage, peu coûteux et plus rapide que la complantation

Regreffage © CA 33

Le regreffage est une technique curative qui consiste à conserver la partie racinaire et à regreffer directement sur le porte-greffe en place. Il ne doit être utilisé que lorsque la nécrose s’arrête au niveau de la soudure et ne descend pas dans le porte-greffe.
La technique couramment pratiquée est un regreffage en fente. Il s’effectue quand la sève est en circulation mais pas trop active, au printemps ou à l’automne. Mais à noter que le regreffage en automne est plus aléatoire et ne montre pas d’aussi bons résultats qu’au printemps. L’opération consiste donc à enlever le pied de vigne du porte-greffe, tailler une fente dans ce dernier afin d’y insérer un nouveau greffon. Le cep pourra produire une pleine récolte dès 2 ans après le regreffage.

Bon à savoir
Le regreffage en fente nécessite moins de travail que d’autres techniques comme la greffe en Chip-Bud ou T-bud. Il est aussi bien plus approprié pour la régénération des ceps atteints de maladies du bois.

Points de vigilance
Les greffons doivent être en parfait état. Les bois doivent être secs et les bourgeons ne pas avoir débourré. Idéalement, ils doivent provenir d’une jeune vigne avec peu de vrilles et sans entre-cœurs. Les greffons seront réhydratés 1 ou 2 jours avant le regreffage. Après 24 h les pieds dans l’eau, seuls les bourgeons qui commencent à gonfler seront conservés pour le regreffage. Les greffons doivent avoir des biseaux taillés bien droits pour faciliter leur mise en place dans la fente du porte-greffe.

Quelle efficacité ?
Le taux de réussite est en moyenne de 75 %. La Sicavac a également démontré que si le travail est bien réalisé, le taux de réussite peut même être compris entre 80 % et 90 %. Pour arriver au même niveau de rentabilité qu’une complantation, il suffit d’avoir 50 % de réussite au greffage en fente, en sachant qu’un bon greffeur peut regreffer une centaine de plants en une journée et que le temps des travaux pour regreffer est moins important que pour remplacer.

Quel coût ?
Le coût d’un regreffage est variable suivant la quantité de pieds à regreffer et peut varier de 2,97 € à 4,02 € HT par pied (contre 9,87 € pour un complant) selon des travaux réalisés par la chambre d’agriculture des Pays de la Loire et l’Association technique viticole du Maine et Loire.

Pour en savoir plus, consultez les fiches techniques du Plan national dépérissement du vignoble : plan-deperissement-vigne.fr

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