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Nouveau round pour défendre le vin

Vin et Société sera en première ligne cet automne pour défendre la cause du vin dans un climat de durcissement à l'encontre de la consommation d'alcool.

Le consommateur lira-t-il 
bientôt combien d'unités d'alcool 
sa bouteille contient ? Rendre cet étiquetage obligatoire est l'une des propositions faites pour diminuer la consommation d'alcool 
en France.
Le consommateur lira-t-il
bientôt combien d'unités d'alcool
sa bouteille contient ? Rendre cet étiquetage obligatoire est l'une des propositions faites pour diminuer la consommation d'alcool
en France.
© J.-C. Gutner

L'année 2013 sera sans doute celle d'une nouvelle salve hygiéniste sans précédent. Les propositions du professeur Reynaud remises à la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et les toxicomanies (Mildt) en juin dernier ont fait hurler les vignerons et amateurs de vin. Renforcement de la loi Évin et notamment régulation de la publicité sur Internet ; hausse de la fiscalité sur l'alcool ; versement pour chaque euro investi dans la promotion d'alcool, d'un euro en direction de la prévention... " Ce rapport donne la température même si nous ne savons pas exactement quelle sera sa transcription dans le plan gouvernemental et la loi ", explique Audrey Bourolleau, déléguée générale de Vin et Société. L'association nationale pour la prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa) a également apporté sa contribution au rapport Reynaud préconisant en sus d'interdire la vente d'alcool dans les stations-services, d'étiqueter sur chaque produit le nombre d'unités d'alcool...
Ce n'est pas tout. Du côté judiciaire, l'année est marquée par deux jugements qui font craindre une jurisprudence plus dure. C'est notamment le cas du jugement du 21 mars rendu par le tribunal de grande instance de Paris. Ce dernier condamne la société éditrice de Paris Match, Hachette Filipacchi associés, à verser 30 000 euros d'amende. Motif ? Un article du célèbre magazine people portant sur la vie de Scarlett Johansson, a été illustré par la photo utilisée dans le cadre d'une campagne publicitaire de Moët et Chandon. L'actrice tient donc une bouteille de champagne de la marque dans les mains mais l'article ne fait pas mention du breuvage. Le tribunal a considéré qu'il s'agissait d'une publicité déguisée. " C'est du jamais vu ! Un rédactionnel est considéré comme une incitation à boire ", s'indigne Audrey Bourolleau. Le second jugement concerne la société Ricard et sa campagne de communication intitulée " Un Ricard, des rencontres ", utilisant notamment les réseaux sociaux et des applications mobiles.


La société Ricard condamnée


Outre le fait qu'il conteste la légalité de l'utilisation du mot " rencontre " (le terme évoquant la convivialité plus que la qualité intrinsèque du produit), le tribunal a condamné la société parce qu'elle utilise le signe " # " pour désigner le numéro d'une rencontre. Le jugement estime que l'utilisation de ce signe visait surtout à attirer l'attention des plus jeunes, connaisseurs de nouvelles technologies où il est couramment utilisé. L'utilisation du marketing viral par cette publicité est également condamné, pour le simple fait que l'utilisateur doit avoir la maîtrise de la publicité. Pourtant, la loi française autorise la publicité sur le web.
Ce jugement met à nu la fronde latente d'une remise en question de la liberté de communiquer sur le web. Le professeur Reynaud voudrait restreindre la communication au seuls sites internet des producteurs de vin. Il préconise d'interdire toute publicité notamment sur les réseaux sociaux. Cette proposition a fait bondir plus d'un blogueur et a été à l'origine de la pétition " Touche pas à mon vigneron "(1), qui approchait fin août les quelques 6 000 signatures.


La définition de la publicité se fait attendre


Comment clarifier les choses ? En donnant enfin une définition juridique à la publicité, ce que réclame la filière viticole depuis des années. " La jurisprudence actuelle crée une insécurité juridique. Aujourd'hui, parler de consommation responsable peut être condamné ", affirme Audrey Bourroleau, qui souhaiterait que la définition de la publicité soit travaillée dans le cadre du Conseil de la modération. Contacté sur le sujet, le ministère de l'Agriculture n'a fait aucun commentaire. Autre proposition : créer un statut juridique au vin. C'est la proposition des sénateurs Roland Courteau et Marcel Raynaud qui ont déposé un projet de loi pour inscrire le vin au patrimoine culturel et gastronomique français. La proposition a été relayée par une pétition lancée sur internet(2). Il est cependant peu probable qu'un statut à part soit écrit dans la loi, en revanche toutes les décisions dans les prochaines lois montreront si le vin conserve en France un statut un peu à part, ou si, comme le préconise l'Anpaa, il est considéré comme une boisson où est diluée un certain pourcentage d'éthanol.


(1) www.change.org/fr/pétitions/sauvons-le-droit-d-expression-de-nos-vigner…
(2) www.change.org/fr/pétitions/aux-président-des-assemblées-et-aux-parleme…

Prohibitionnisme : la bouée politique en temps de crise


" De droite comme de gauche, les politiques s'intéressent d'autant plus à la santé publique qu'il n'est en apparence pas de bien public plus manifeste. Ainsi, ils peuvent faire la démonstration de leur vertu. Présenter quelques 'bonnes' statistiques quand ils n'en ont guère à faire valoir. La cause prohibitionniste a donc trouvé son principal allié dans l'impuissance politique ", analyse une tribune de sept chercheurs(1) en sciences sociales paru dans Libération en juillet dernier. Ces derniers n'hésitent pas à dresser un parallèle pour le moins révélateur : " quand on ne peut rien contre le chômage des jeunes, on se préoccupe de leur santé comme les hygiénistes du XIXe se souciaient de la santé des ouvriers sans évoquer leur misère ".


(1) Howard S. Becker, Patrick Champagne, François-Xavier Dudouet, Alain Garrigou, Daniel Gaxie, Jean-Paul Guichard.

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