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Les critères de choix pour réussir l'enherbement

Enherbement semé, spontané, mixte avec des espèces plus ou moins concurrentielles… difficile d’y voir clair entre les différentes solutions. Voici quelques pistes pour réussir un enherbement, en fonction du climat et des objectifs de production.

L’épervière piloselle couvre bien le sol.
L’épervière piloselle couvre bien le sol.
© E. L’Helgoualch / CA Vaucluse

1 -  Enherbement spontané : peu contraignant et peu coûteux mais à surveiller

Du fait de son faible coût et de ses faibles contraintes, l’enherbement spontané est le plus répandu dans le vignoble. « C’est un mode d’entretien qui nécessite malgré tout de bien observer la flore présente, relève Eric L’helgoualch, de la chambre d’agriculture du Vaucluse. En présence majoritaire de plantes à forte croissance en hauteur (érigéron, amarante, chénopode…) et/ou vivaces (mauves, chiendent, sorgho d’alep…), le couvert végétal peut être détruit avant la floraison pour limiter la concurrence ». « Ce type d’enherbement offre par ailleurs une certaine souplesse par rapport à l’année, remarque Xavier Delpuech de l’IFV, car en fonction du climat, de la vigueur du couvert végétal et donc de la concurrence observée avec la vigne, il peut être facilement détruit dans la mesure où le vigneron n’a pas investi dans un semis. Dans les enherbements spontanés, on trouve ainsi des couverts à base de fausse roquette (Diplotaxis erucoides) qui sont d’excellents couverts végétaux pour l’hiver et qui ne génèrent pas de problématique de gestion des mauvaises herbes. » Parmi les espèces peu concurrentielles, on peut également citer le trèfle souterrain, la véronique, le souci, la renouée des oiseaux ou encore le pâturin. Elles sont rasantes, peu envahissantes et se dessèchent en été.

Si l’enherbement spontané ne requiert pas d’investissement en semis, en revanche, il nécessite du temps d’observation pour repérer les espèces intéressantes. De même, suivant les situations, deux à cinq tontes sont nécessaires par an.

2 - Enherbement semé : choisir les espèces en fonction des objectifs

« Le semis est recommandé lorsque le viticulteur souhaite atteindre un objectif précis que l’enherbement naturel ne peut satisfaire, précise Xavier Delpuech, comme l’augmentation du taux de matière organique, la maîtrise d’espèces indésirables ou encore l’amélioration des taux d’azote assimilable. » Il convient de choisir des espèces pluriannuelles avec des cycles de développement différents comme les légumineuses (contribution au stock d’azote minéral du sol), les graminées (fort pouvoir couvrant et augmentation de la portance des sols), les crucifères (action sur la structure du sol), ou encore des espèces sauvages (pour diversifier les ressources florifères). Dans le Sud-Ouest, des essais ont été mis en place avec des mélanges de graminées pérennes choisies pour leur concurrence limitée (fétuque rouge, fétuque ovine, koelerie, dactyle, pâturin des prés). « Les premiers résultats montrent qu’il est difficile de discriminer les différents types de couverts végétaux, souligne Laure Gontier de l’IFV, même si les mélanges à base de koelerie se sont distingués les premières années par leur impact le plus faible sur la vigueur. D’autres essais sont en cours avec des espèces annuelles, à auto-resemis et cycle décalé avec la vigne, afin de limiter la concurrence hydro-azoté printanière et estivale. » Dans la Drôme, une expérimentation a été mise en place de 2010 à 2014 avec des espèces peu concurrentielles comme le brôme des toits, l’orge des rats ou encore l’épervière piloselle. « Les résultats montrent que les deux premières espèces sont rapidement concurrencées par les adventices. En revanche l’épervière piloselle répond bien aux attentes de couverture du sol et de lutte contre l’érosion », observe Agnès Vallier de la chambre d’agriculture de la Drôme.

L’enherbement semé a bien évidemment un coût, que l’IFV a évalué à 191 euros/hectare lors de l’établissement dans l’interrang, puis à 55 euros/ha/an en entretien [1].

3 - Combiner les pratiques pour additionner les avantages

Au final, la tendance chez les vignerons est à la combinaison des pratiques afin de bénéficier des avantages de l’enherbement spontané et de l’enherbement semé. Ainsi, souligne Laure Gontier, « on voit apparaître des enherbements qui ont pour vocation d’être un engrais vert avec donc une installation hivernale et une destruction au printemps, enherbements qui peuvent être pratiqués un rang sur deux par exemple et associés à un enherbement spontané sur l’autre rang avec un objectif de portance ». En Alsace, vignoble enherbé un rang sur deux à 97 %, explique Jérôme Attard de la chambre d’agriculture du Haut-Rhin, « en complément de l’enherbement spontané se développent des enherbements temporaires avec des associations à base de légumineuses, de seigles et de féveroles qui permettent ainsi de cumuler l’effet restructurant des légumineuses à l’effet émiettant du seigle. On assiste également au développement d’enherbements fleuris qui favorisent la biodiversité ». Dans la Drôme, la chambre d’agriculture a mis en place un programme d’essais de 2010 à 2014 avec des espèces peu concurrentielles.

Au final, la tendance chez les vignerons est à la combinaison des pratiques afin de bénéficier des avantages de l’enherbement spontané et de l’enherbement semé.

 

(1) Coût calculé pour une vigne large (type costières de Nîmes) avec une distance entre deux rangs d’environ 2,50 m et une largeur sous le rang approximative de 80 cm. Dans le calcul ci-dessus, le coût moyen d’un kilogramme de semences est fixé à 145-150 euros/ha. Et pour chaque tâche, les coûts moyens comprennent les dépenses relatives au temps de travail, au carburant, à l’achat et à la maintenance du matériel.

Trois étapes à soigner pour réussir son semis

. La préparation du lit de semence avec un outil à dents pour décompacter les premiers centimètres du sol combiné à un outil rotatif destiné à briser les mottes et niveler la surface du sol. Ne pas utiliser d’herbicide de prélevée durant l’année qui précède le semis pour ne pas impacter la germination des espèces.

. Le semis réalisé avec un semoir inter-rang.

. Le roulage après semis afin d’assurer un bon contact entre les graines et la terre et ainsi augmenter les chances de germination. Si le roulage n’est pas possible, augmenter la densité de semis.

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