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Cinq questions sur les analyses de résidus de pesticides dans les vins menées par l'association Alerte aux toxiques

La publication le 15 septembre dernier des résultats d’analyse de résidus de pesticides dans 22 vins dont une majorité certifiés HVE par l’association girondine Alerte aux toxiques, a connu un très fort retentissement médiatique. Le point en 5 questions sur cette affaire témoignant de la difficulté d’un dialogue sur la question des pesticides.

Les vins certifiés Haute Valeur Environnementale sont la cible de l'association Alerte aux toxiques qui juge cette certification "mensongère" et son logo "trompeur".
© X.DELBECQUE

Les vins analysés sont-ils hors la loi ?    

« Il y a en moyenne huit substances actives par bouteille, dont des CMR, des perturbateurs endocriniens, des reprotoxiques », martèle Valérie Murat, porte-parole d'Alerte aux toxiques. Si les vins présentent effectivement des résidus de pesticides, les teneurs détectées sont toutes inférieures aux limites maximales de résidus (LMR) règlementaires et sont donc marchands. « Les laboratoires Dubernet m’ont indiqué avoir utilisé une technique permettant d’établir des limites de quantifications particulièrement basses, et que dans ces proportions, il est impossible de savoir si ça vient d'une application de la part du domaine, d'une contamination croisée ou d'une rémanence dans l'environnement », rapporte Laurent Brault, animateur de l’association HVE Développement et membre de la commission technique bio chez les Vignerons indépendants. De leur côté, les laboratoires Dubernet, ont indiqué par voie de presse ne pas vouloir « être associés ni aux contenus ni aux conclusions de cette communication. » À noter que certains vins n’étaient pas encore certifiés HVE l’année du millésime soumis à l’analyse, à l’image du Château Pont de Brion.

Les vins analysés sont-ils exclusivement d’origine bordelaise ?

Sur les 22 vins analysés figurent 19 vins d'origine bordelaise, 2 champagnes et un vin du Languedoc. Valérie Murat ne cache pas avoir choisi volontairement les domaines et les bouteilles faisant l’objet de l’analyse. Les vins sont issus de domaines dirigés par des personnes occupant parfois des postes stratégiques dans la filière viticole girondine. « Je voulais aussi montrer que les professionnels bordelais ne sont pas aidés par leurs représentants qui ne font pas ce qu’il faut pour redresser l’image des vins de Bordeaux, alors même que le vignoble essuie une crise sans précédent. » À noter qu’elle présente l’un des vins comme étant produit par la présidente du Syndicat des jeunes agriculteurs de la Gironde, ce qui n’est pas le cas.

Autre cible de l’association, les domaines dont elle estime qu’ils pratiquent ouvertement le « greenwashing ».  « Quand on regarde les sites internet de certains domaines, que l’on vous parle respect de l’homme et de l’environnement, que l’on vous fait croire que la vinification est naturelle et que derrière on trouve des pesticides de synthèse dans les vins, on est clairement en train de tromper le consommateur », estime Valérie Murat.

Quels sont les engagements de la HVE sur l’usage des pesticides ?  

D’un point de vue réglementaire, la certification HVE n’exclut pas les pesticides de synthèse. « Contrairement à la bio, la HVE ne cherche pas à être mieux-disant et à évoluer vers plus de contraintes environnementales car elle a vocation à être une certification de masse. Donc la marche n’est volontairement pas trop haute pour amener le plus de monde possible à s’améliorer », explique Laurent Brault. Pas d’interdictions donc, mais des incitations, par exemple via l’obligation de respecter un seuil d’IFT. « On ne peut pas reprocher à la HVE de tenir une promesse qu’elle n’a jamais faite », défend Laurent Brault qui estime qu’il s’agit là d’un « faux procès ».

Toutefois, si pour les professionnels la distinction est plutôt claire, il faut reconnaître que pour le consommateur, c’est nettement moins évident. Pour sa part Valérie Murat juge que « le logo, avec ses arbres et son papillon, donne l’impression que la HVE est respectueuse de la nature et des producteurs. Or à partir du moment où on utilise des produits chimiques, c’est mensonger ». Dans un entretien accordé à Agra Presse le 16 septembre dernier, Arnaud Schwartz, président de France Nature Environnement (FNE) a par ailleurs exprimé son souhait de revoir les cahiers des charges de cette certification afin de la rendre plus exigeante. « Pour nous, la HVE n'est plus au point, par rapport aux attentes sociétales qui ont changé sur le bien-être animal et les phytos, mais aussi par rapport aux connaissances qui ont progressé, a expliqué le président. On voit qu'il y a des coopératives entières qui passent à la HVE sans changer de pratiques. » Pour rappel, FNE, qui représente les associations françaises de protection de la nature et de l'environnement, a participé aux discussions sur la certification environnementale lors du Grenelle de l'environnement en 2007.

Les démarches HVE et Bio sont-elles en concurrence ?

Si du côté des internautes les réactions, parfois excessivement virulentes, laissent à penser qu’une bataille entre deux camps se met en place, c’est loin d’être le cas du côté des représentants de ces deux filières. « En bio nous sommes pour l’amélioration continue. Je comprends parfaitement que l’on procède par pallier et que la HVE soit une première étape. En bio, nous devons travailler sur l’aspect biodiversité, c’est pourquoi je trouve intéressant d’avoir les deux certifications. Ce que je ne cautionne pas c’est que l’on dise que la HVE est meilleure que le bio, comme l’a clairement fait l’INRAE de Bordeaux », expose Jacques Carroget, référent viticulture à la CAB et secrétaire national de la FNAB. Laurent Brault, qui ne voit pas non plus l’intérêt d’opposer les deux labels, invite toutefois à la prudence concernant les tweets et partages sur les pages officielles. « Quand on a un rôle de représentant, il n’y a pas de place pour les débats passionnels. Surtout sur les réseaux sociaux qui sont de véritables machine à broyer », argue-t-il.

Cependant, cette affaire met en avant la nécessité d’accentuer les efforts pour que la distinction entre les deux certifications soit comprise et entendue. « Il y a quand même un enjeu professionnel autour du nouveau budget de la PAC, alerte Julien Taunay, coordinateur de la CAB. Les risques pris ne sont pas les mêmes, ce ne serait pas logique que les producteurs bios soient sur les mêmes niveaux d’aides que ceux HVE. Jacques Carroget plaide par ailleurs auprès des pouvoirs publics pour que les producteurs bénéficiant des deux certifications puissent bénéficier à la fois du crédit d’impôt bio et du nouveau crédit d’impôt HVE, « sinon c’est clair que ça entretient la confusion », dit-il.

Qui finance la campagne de l’association Alerte aux toxiques ?

Valérie Murat affirme que « les analyses de ces vins ont pu être réalisées grâce à un financement participatif auquel ont contribué 155 donateurs. C’est uniquement l’argent provenant de nos adhérents ou de dons qui nous financent. » L’association annonce une somme de 5 000 euros récoltée par financement participatif.

 

Tenir compte de la notion de "minimis" pour interpréter les analyses de résidus de pesticides

L’interprétation des analyses de résidus de pesticides fait en elle-même l’objet de débats, alors que l’évolution des technologies permet des seuils de détection de plus en plus bas et que des labels revendiquent des produits « sans résidus de pesticides ». À la suite d’un groupe de travail réunissant un consortium de laboratoires d’analyses, l’IFV a mis en ligne une fiche proposant des « minimis » pour harmoniser l’interprétation des résultats. « Une valeur de minimis est une valeur analytique en dessous de laquelle une substance est consensuellement considérée comme absente du produit analysé par un groupe d’experts », expose la fiche. Elle précise aussi que « en aucun cas, le minimis ne doit être associé à une limite réglementaire ou à une notion de toxicité pour le consommateur ».

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