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Crise des vins de pays
Le grand décalage

Il y a les revendications et les réponses du gouvernement, les vignerons touchés par la crise et les autres, un Midi viticole déboussolé et des régions prospères. N´y-aurait-il pas un décalage ?


«Chute des cours », « situation financière dramatique », « colère et découragement », « inquiétudes pour l´avenir » : les responsables professionnels, en particulier du Midi, appelant leurs troupes à descendre dans les rues de Béziers, le 16 janvier, n´ont pas ménagé leur peine pour apitoyer les pouvoirs publics. Mais entre leurs revendications (aides à la trésorerie, dispositif de préretraite, distillation de crise) et les réponses du gouvernement, il y aurait comme un décalage. Le 15 janvier, veille de la manifestation, le ministre de l´Agriculture, se fendant d´un courrier adressé à « ses chers amis viticulteurs » tentait de désamorcer la crise en soulignant une nouvelle fois tous « les sacrifices » consentis par le Languedoc, depuis vingt ans, en rappelant le plan d´adaptation de la viticulture qu´il a lancé le 25 septembre, en indiquant qu´il plaidait auprès de Bruxelles l´ouverture d´une distillation de crise, « tout en ne cachant pas l´extrême difficulté de cette négociation » et la révision du volet « gestion de marché » de l´OCM.
Jean Glavany n´omettait pas également d´exhorter les vignerons à s´engager dans le processus de reconversion progressive, de rappeler que quinze millions de francs ont été alloués aux coopératives pour l´embauche de techniciens, que cent millions de francs sont destinés à l´aval et à la promotion et qu´enfin, Jacques Berthomeau continuait de travailler.
Pas besoin d´être grand clerc pour savoir que tout cela ne suffirait pas à démobiliser les viticulteurs. Pourtant, même l´Onivins a fait diligence en payant les aides à la restructuration 2000-01, avec quatre mois d´avance par rapport aux pratiques antérieures. Rien n´y a fait.
L´arrachage définitif est considéré comme tabou
Mais le décalage ne serait pas seulement entre professionnels et pouvoirs publics. Il serait peut-être même entre viticulteurs. « En Languedoc-Roussillon, 45 à 50 % du vignoble en moyenne ont été restructurés » rappelle l´Onivins mais certaines exploitations sont restructurées à 80 % et d´autres à 20 %. Et la solidarité entre les deux catégories aurait tendance à s´effilocher : les difficultés des uns entraînant les cours des autres à la baisse. « Pour ceux qui n´ont pas pris le train de la restructuration en marche, il est quasiment trop tard » estime l´Onivins. Ils seraient environ deux mille. Pour ceux-là, deux solutions existent. D´une part, la pré-retraite : simple mais coûteux. Et que fait-on des hectares libérés ? En tous cas, l´Onivins a prévenu : ce dossier ne sera pas abordé dans les six mois qui viennent. D´autre part, l´arrachage définitif. Mais ce concept est considéré, pour l´instant, comme tabou par les professionnels. Certains craindraient qu´il ne soit trop massif. Jean Huillet, président de la Confédération des vins de pays, a tenu à remercier les autres régions viticoles « moins touchées par la crise » de leur solidarité. Il y a gros à parier que peu de leurs représentants avaient fait le déplacement jusqu´à Béziers. Vous avez dit décalage ?
L´après 16 janvier : un geste vers les jeunes
Au lendemain de la manifestation, un petit geste a été fait en direction des jeunes viticulteurs. Les critères d´attribution des aides que Jean Glavany leur avait promis ont été revisés : le taux d´endettement minimum retenu passe de 16 à 12 % et la baisse du chiffre d´affaires constatée de 20 à 15 %. Pour Jérôme Despey, vice-président des Jeunes Agriculteurs, « la tension est toujours là, le mécontentement aussi, et mon seul souci est qu´il n´y ait pas d´autres manifestations ».

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