Aller au contenu principal

La formation doit d'adapter pour faire face à la crise des vocations

L’avenir de la filière dépend intimement du bon renouvellement des générations. Modification des structures et nouveaux enjeux techniques : la formation va devoir s’adapter.

Cyril SAMSON, secrétaire général de la Fédération Aprefa pour la promotion de l’enseignement agricole public.
Cyril SAMSON, secrétaire général de la Fédération Aprefa pour la promotion de l’enseignement agricole public.
© Aprefa

Où sont les jeunes ? La question se pose dans presque toutes les régions, et l’inquiétude grandit. “ Dans 10 ans, 65 % des chefs d’exploitation seront à la retraite. Qui va les remplacer ? ”, questionne Michel Issaly, président des VIF. La préoccupation concerne aussi bien les vignerons indépendants que les coopératives. “ Chez Alliance Aquitaine, notre pyramide des âges n’a pas changé en vingt ans, ce qui pourrait être un bon signe. Dans le même temps, la surface engagée n’a presque pas bougé non plus… mais le nombre de coopérateurs, lui, a fortement baissé ”, constate Eric Chadourne, son président. Tous s’accordent pour dire que la tendance à la concentration des exploitations va se poursuivre à l’avenir. Philippe Laveix, président de Jurisvin, (réseau des notaires de la filière vitivinicole), expose cette vision partagée : “ On peut le regretter mais à l’avenir le paysage de la production sera composé de grosses exploitations, bien structurées, dont la superficie pourrait se situer dans le bordelais autour d’une centaine d’hectares en moyenne. Ils auront sur un plan commercial les moyens de s’adresser directement à des acheteurs (grande distribution, exportations) ou ils vendront au négoce des volumes conséquents. Ils auront en tous cas établi des circuits de commercialisation. De petites structures sans doute de moins de 15 ha peuvent aussi trouver leur place même si cela restera difficile. Elles disposeront d’un circuit de commercialisation plus confidentiel basé sur la vente directe auprès de cavistes, restaurants ou particuliers. ” Dans le même esprit, Robert Levesque, directeur de Terre d’Europe-Scafr (le service d’études de la Safer), estime que le mouvement de concentration des exploitations se poursuivra tant que la valeur ajoutée se fera essentiellement à l’export “ sauf si l’Etat et/ou la profession décidait de freiner ce phénomène en imposant un contrôle des structures. C’est un point qui sera débattu dans la prochaine loi d’orientation agricole ”, annonce-t-il.


Gérer l’accès au foncier


Le constat du désintérêt des jeunes pour la profession est partagé par Cyril Samson, secrétaire général de la Fédération Aprefa qui gère la formation agricole au ministère : “ Le recrutement est difficile et de nombreuses offres d’emploi restent non pourvues. Assez curieusement, les jeunes se ruent vers l’aménagement paysager, dont les métiers ont pourtant les mêmes contraintes physiques que ceux de la vigne. ” Boris Calmette, président de Coop de France, en exprime la principale raison : “ Le renouvellement des générations est trivialement lié au chiffre d’affaires par hectare… Les vocations ne reviendront que là où il sera rentable de cultiver la vigne et de faire du vin. ” L’accès au foncier s’avère être l’autre frein, imposant au candidat non seulement une mise de départ importante, mais aussi un parcours administratif qui peut le décourager. Face à ces constats, le pessimisme semble l’emporter.
Néanmoins, quelques signaux encore faibles peuvent éclaircir le tableau. “ Evidemment, on verra de gros groupes profiter du faible taux de renouvellement des exploitations ”, estime Jacques Rousseau, de l’ICV. “ Mais parallèlement, le regain de sympathie dont bénéficie le monde agricole attirera encore plus de néo-vignerons libres de toute tradition familiale et ouverts d’esprit, ce qui est un facteur de dynamisme important dans une région viticole qui aurait tendance à s’engourdir. ” Un autre signal positif vient de l’émergence de systèmes de financement et d’accompagnement à l’installation alternatifs, comme celui initié en 2005 par l’association Terre de Liens. Cécile Claveirole, l’une de ses administratrices dans le Jura, annonce “ opposer au constat pessimiste condamnant les petites exploitations un modèle qui perd peu à peu son caractère utopique. Une part croissante de la société veut un autre modèle économique et lui donne les moyens d’exister, notamment en plaçant son épargne chez nous pour favoriser la reprise ou la création de petites structures. Cela correspond à un marché de niche encore très étroit, émanant de consommateurs qui veulent “ un visage derrière la bouteille ”, mais il est amené à se développer : la niche est loin d’être saturée ! ”. Le métier de vigneron est en effet dans l’air du temps, “ made in France et impossible à délocaliser ! ”

Une formation tournée vers l’agroalimentaire


Les nouveaux vignerons ayant passé le cap de l’installation seront-ils armés pour mener à bien leur projet d’entreprise et de vie ? Même si certains regrettent que la formation fasse trop la part belle à la viticulture “ de terroir ” et ne prépare pas les jeunes au fait que le vin puisse être vu comme un produit agroalimentaire, “ les référentiels de formation initiale évoluent dans le bon sens ”, selon Jacques Grosman de la DGAL-SRPV. “ La nouvelle génération est de plus en plus sensible aux questions environnementales et possède les outils pour répondre aux défis techniques et intellectuels qu’elles posent. ” Les nouvelles demandes qui s’imposent à la viticulture exigeront des futurs professionnels davantage de connaissances dans des domaines variés : nouvelles technologies avec la viticulture de précision, règles de base du commerce international, physiologie végétale, agronomie… Côté œnologie, la formation n’a cessé de s’étoffer, passant à un niveau Bac+5 et intégrant de la viticulture et du marketing, “ afin de donner autant de poids à l’œnologue qu’au commercial dans les entreprises ”, souligne Robert Tinlot, président honoraire de l’OIV. Reste que pour Patrick Ducourneau, directeur de Vivelys, une réforme de la formation d’œnologue s’impose : “ Les œnologues ne sont pas formés à gérer de grosses productions. Il faut changer d’état d’esprit et passer à un processus de production de marché, comme dans les autres entreprises agroalimentaires. ”


La formation continue, solution d’avenir


De l’avis de tous, la formation initiale, même si elle est satisfaisante, ne suffira jamais à tout maîtriser. La formation continue est la solution d’avenir majoritairement admise. Comme d’autres, Joël Rochard, de l’IFV, estime que “ l’on verra encore plus de groupements de développement viticoles comme il en existe déjà avec les chambres d’agriculture et autour de certaines coopératives et de certains négoces ”. La réunion de bout de parcelle, moment important d’échange d’informations et de mutualisation d’expériences, a donc de belles années devant elle. La formation passera aussi par le net : l’initiative de l’IFV de création d’un forum autour des maladies du bois et d’une plateforme de e-learning sur le changement climatique est perçue comme un signal de plus de cette tendance.
La filière saura-t-elle se rendre à nouveau attractive pour les candidats à l’installation et les futurs ouvriers qualifiés ? Pour cela, la question de la rentabilité de l’activité et celle de l’image du travail aux vignes sont primordiales : la passion ne suffit pas à nourrir son homme…

Des programmes tournés vers l’agro-écologie

 

“ À l’avenir, les programmes tenteront de répondre aux mutations en cours dans le milieu viticole : ils seront sans doute plus orientés vers l’agro-écologie et prépareront mieux les jeunes à appréhender des métiers de plus en plus complexes (réglementation phytosanitaire plus contraignante, matériel plus sophistiqué…), avec une dimension de gestion de personnel et de commercialisation qui s’ajoutera aux compétences techniques. ”

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Réussir Vigne

Les plus lus

[VIDEO] Vignes gelées : objectif bois de taille !
Après un gel conséquent, il est important de s’occuper des rameaux restants ou qui repoussent, afin d’assurer la pérennité du cep…
Lee touffes de soies blanches sur le pourtour de l’abdomen différencie le scarabée japonais adulte des autres coléoptères présents en France. © D. Cappaert/MSU
Le scarabée japonais, ravageur aux portes de l'Hexagone
Le scarabée japonais n’a pas encore été détecté en France. Cet insecte classé organisme de quarantaine prioritaire est sous haute…
Les vignobles de Vouvray et de Champagne touchés par la grêle
Ce jeudi 3 juin dans la soirée, un fort orage de grêle a touché quatre communes de l’appellation Vouvray. Un épisode similaire a…
Les variétés résistantes artaban, voltis, floreal et vidoc aux portes des vins AOC
Les quatre variétés résistantes Inrae-ResDur ont été confirmées comme étant des espèces de type Vitis vinifera par l’Office…
Prix des vignes 2020 : 4 points à retenir
Le bilan annuel établi par le groupe Safer sur les transactions de terres agricoles en 2020 montre un fort impact de la crise…
Guillaume Casanove, Gilles et Romain Lacroix, François Tissot et Alain Dourthe (de gauche à droite) travaillent de concert pour mettre en application la méthode Géophile au Mas des Boutes. © X. Delbecque
« La vigne a rapidement réagi à la méthode Géophile »
À Tresques, dans le Gard, les domaines Bernard Perret se sont lancés dans la méthode Géophile. Une approche globale de la vigne…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 100€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Vigne
Consultez les revues Réussir Vigne au format numérique sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters des filières viticole et vinicole