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Commercialisation des vins
« Il va falloir avoir les nerfs solides »

La France va connaître la plus petite récolte de la décennie. Cela suffira-t-il à redresser le marché ? Surtout si les cours suivent cette même tendance. Sachant que la tentation sera forte. Et la crise de nerfs possible.


« Nous sommes à la croisée des chemins et, en France, il va y avoir des cadavres sur la route », estime René Renou, président de l´Inao. « Nous allons vers une crise et une turbulence sur quatre ou cinq ans. Ce n´est pas le moment de se laisser aller. Il nous faut au contraire du sang froid et de la rigueur pour gérer un marché mondial qui aujourd´hui n´est plus aspirant mais refoulant. » Alors, cette petite récolte 2003 arrive-t-elle à point nommé pour soulager un marché encombré ? En tous cas, ce sera la plus faible enregistrée depuis dix ans avec quelque 50 millions d´hl, selon les dernières estimations de l´Onivins. Voilà pour la quantité. Mais qu´en sera-t-il de la qualité ? Bien malin qui peut le dire même si certains annoncent d´ores et déjà un millésime exceptionnel. Par contre, d´autres, sans vouloir jouer les Cassandre, prévoient une campagne commerciale délicate. « Nous allons vivre une année comme nous n´en avons jamais connue », estime l´Afed (Association française des embouteilleurs distributeurs).

Une seule chose est sûre : il n´y aura pas de distillation. Reste la crainte d´une hausse importante des cours, ne serait-ce que pour combler la petitesse de la récolte au niveau de la production. « Il faudra être sérieux et savoir raison garder », estime la Confédération des producteurs de vins de pays. La tentation risque d´être grande, pronostique-t-on à l´Onivins tout en se demandant si la trésorerie des négociants et notamment celle de ceux qui exportent, résistera à ce nouvel assaut, surtout dans un contexte international déjà tendu. Le négoce préfère pour sa part tabler sur une stabilité des prix par rapport à l´an dernier. « Si les viticulteurs se montrent déraisonnables, le jeu des vases communicants fonctionnera à plein. Il y aura des phénomènes de substitution entre produits français mais aussi avec des produits étrangers », prévient l´Afed.
©D. R.


Quid de la solidité des partenariats amont-aval ?
Si l´on examine les conditions de marché par catégorie de produits, pour les vins de table sans indication géographique, la situation devrait dépendre de la récolte espagnole estimée actuellement entre 42 et 43 millions d´hl, selon le CFCE (Centre français du commerce extérieur), les italiens annonçant d´ores et déjà une petite vendange de l´ordre de 46 millions d´hl. « Les cours devraient donc se maintenir voire augmenter. Les producteurs français devraient plutôt être en position de force. Les négociations risquent d´être quelque peu serrées avec la grande distribution », estime l´Office. Le contexte risque d´être plus délicat pour les vins de cépage, en prise direct avec la concurrence internationale. D´autant que le Chili, par exemple a annoncé une augmentation de sa récolte de 16 %. Il n´y aura donc pas de problème d´approvisionnement.

« En 2002, ce sont les intermédiaires qui ont joué le rôle de tampon entre la grande distribution qui refusait toute augmentation de prix et la production. Auront-ils encore les moyens de le faire une seconde année ? », se demande l´Onivins. 2003 risque ainsi d´être une année test pour éprouver la solidité des partenariats conclus entre production et négoce, surtout si les accords s´appuient sur des indications de prix. « Pression de la base, intermédiaires fatigués, une grande distribution sourde à toute hausse de prix et dotée d´une capacité de résistance certaine : il est à craindre que la cohésion de la filière soit mise à rude épreuve. Que va-t-il advenir des contrats pluri-annuels ? Et la situation dans les coopératives risque également d´être tendue », poursuit l´Office. Sur ce point, le négoce ne semble guère inquiet et considère que les contrats seront respectés.

Toujours pas de nouvelle catégorie réglementaire de vin
Par contre, il se montre beaucoup plus soucieux quant au fait qu´aucune décision n´ait été prise concernant la création d´une nouvelle catégorie réglementaire de vin qui aurait permis d´écouler des volumes via des stratégies de marques. « C´est la poursuite de l´immobilisme et donc de l´effritement des parts de marché », estime l´Afed. Pour les vins AOC et en particulier les rouges, la situation est déjà difficile. En Languedoc, si la pression sur les vins de pays se confirme et les transferts de production qui vont avec, « on risque de vider les AOC de tout ce qui pouvait être améliorateur. Ce qui va encore compliquer les choses », estime l´Onivins. Les producteurs du beaujolais peuvent espérer avec cette petite récolte une hausse des cours mais y aura-t-il en face des acheteurs ? Surtout que ces profils de vendange ne sont pas forcément aptes à produire des vins primeurs de qualité. « En fait, toute la filière va devoir gérer une campagne difficile tant du point de vue technique que commercial. Il va falloir avoir les nerfs solides ».
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