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Entretien du sol : redéfinir sa stratégie

Avec le retrait progressif des solutions chimiques, le désherbage devient de plus en plus technique. La diversification des itinéraires apparaît comme une nécessité pour s’adapter à cette nouvelle donne.

Le désherbage mécanique viendra certainement en complément des solutions chimiques dans les années à venir.
© X.DELBECQUE

C’est la préoccupation technique du moment. L’entretien du sol, et plus particulièrement celui du cavaillon, est à la croisée des chemins. Son avenir interroge et laisse nombre de viticulteurs perplexes. Il faut dire que la solution chimique, qui est utilisée par 79 % des viticulteurs français, selon la dernière étude réalisée sur le sujet par le ministère de l’Agriculture, voit son avenir compromis. D’un côté, les résistances de la flore adventice à certaines molécules se multiplient. Outre les impasses constatées dans le Sud-Est sur l’érigeron (voir page 16), d’autres plantes comme le ray-grass, la morelle, la lampourde ou encore le sorgho d’Alep commencent à poser problème, et laissent présager de futures impasses techniques. D’un autre côté, la liste des matières actives disponibles se réduit comme peau de chagrin : après les disparitions successives de l’aminotriazole, de l’oryzalin puis celle du glufosinate qui a sonné comme un coup de grâce, c’est au tour du glyphosate d’être sur la sellette. À ce sujet, l’objectif affiché par le gouvernement est toujours la fin de l’usage du glyphosate pour 2021. Mais les derniers propos du président de la République se veulent moins déterminés que lors de ses premières prises de paroles. « Je sais qu’il y en a qui voudrait qu’on interdise tout du jour au lendemain. […] même en trois ans on ne fera pas 100 %, on n’y arrivera pas », a en effet déclaré Emmanuel Macron le 24 janvier dans la Drôme. Reste que si la filière agricole a encore une infime chance de faire reculer l’échéance – car rien n’est encore inscrit dans aucun texte de loi – nous devrons bel et bien réussir à faire sans cette molécule phare à moyen terme. Par ailleurs, de plus en plus d’appellations introduisent des mesures agroenvironnementales dans leur cahier des charges, avec en première ligne la réduction de l’usage des herbicides. C’est le cas par exemple des côtes-du-rhône, qui ont annoncé en janvier l’interdiction à venir du désherbage chimique à plus de 50 % et dans les tournières, « avec pour objectif clairement affiché une sortie du désherbage chimique à terme », selon Philippe Pellaton, président du syndicat. Difficile dans un tel contexte de trouver une nouvelle alternative du côté de la chimie…

Une réponse aux impasses techniques et à la pression sociétale sera très probablement, dans un premier temps, la combinaison de plusieurs stratégies : chimique et mécanique en premier lieu. Des expérimentations sur la mise en place d’un tel itinéraire ont commencé dès l’an dernier dans diverses chambres d’agriculture, à l’instar de celle de Loire-Atlantique, ainsi qu’à l’IFV. « Mais il est encore trop tôt pour tirer des conclusions et commencer à distiller des conseils pratiques », regrette Éric Chantelot, ingénieur à l’IFV Rhône-Méditerranée. Les contraintes organisationnelles et économiques d’un tel système seront moins fortes que pour une conversion complète au travail du sol intercep. Mais cela ne résoudra pas les problématiques de blessures et d’arrachage de ceps sur des vignes non habituées à de tels outils, ni les réactions agronomiques dues à l’arrachage des racines superficielles le temps que la plante s’adapte à ce nouvel itinéraire.

Imaginer des itinéraires techniques plus originaux pour multiplier les solutions

Une autre possibilité serait de repenser complètement la stratégie actuelle pour trouver de nouveaux itinéraires plus originaux, où bien de remettre au goût du jour des essais que l’on avait laissés de côté, pour élargir la palette de solutions offerte aux viticulteurs. Comme le « pied à pied », avec une alternance d’un rang et ses deux demi-cavaillons entièrement travaillés, l’autre entièrement enherbé et tondu (voir Réussir Vigne n° 236, janvier 2017). Ou encore un itinéraire qui, à l’inverse d’aujourd’hui, aurait un rang enherbé et tondu, et un interrang travaillé. « Je sais que les viticulteurs sont généralement peu réceptifs au sujet de l’irrigation, c’est historique. Mais pourquoi ne pas repenser les dogmes en imaginant un vignoble entièrement enherbé, même sur le cavaillon, et qui serait en même temps irrigué pour contrer les effets d’une trop grande concurrence ? », ajoute Marc-André Selosse, chercheur au Muséum national d’histoire naturelle. Une solution crédible d’un point de vue technique, qui aurait l’avantage d’enrichir encore un peu la vie et la diversité des organismes du sol.

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