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Des solutions pour alléger la facture énergétique des matériels viticoles

D’après une étude menée par l’IFV, les débits de chantier plus élevés permettent souvent de réduire la consommation énergétique à l’hectare. Dans une moindre mesure, raisonner ses pratiques et adapter le matériel contribuent aussi à diminuer les besoins en carburant. À la clé, des économies substantielles.

Avec la plupart des outils utilisés en viticulture, les débits de chantiers sont favorables à la consommation par hectare.
© P. CRONENBERGER

La hausse des taxes sur le carburant n’aura pas lieu en ce début d’année 2019, mais il y a fort à parier que ce n’est que partie remise. D’où la pertinence de l’étude sur les performances énergétiques des matériels viticoles menée dans le cadre d’un programme sur les émissions de gaz à effet de serre par l’IFV. « L’étude est assurément abordée sous l’angle économique ; nous souhaitons caractériser les consommations énergétiques afin de les optimiser », explique Christophe Gaviglio, ingénieur mécanisation du vignoble au pôle Sud-Ouest de l’IFV et responsable du projet. Depuis 2009, première phase d’une hausse notoire des prix des combustibles, il étudie la consommation en carburant des tracteurs au cours des principales opérations menées à la parcelle. Pour cela, il a installé un débitmètre à gasoil sur un tracteur fruitier Landini REX 95 F d’une puissance de 95 ch, ainsi que sur un tracteur vigneron John Deere 5080 GV de 80 ch. Les données sont enregistrées en temps réel sur une centrale d’acquisition embarquée, et reflètent la consommation instantanée par seconde. Pour une densité de plantation de 4 545 pieds par hectare, le croisement entre la consommation instantanée, la vitesse de travail et le nombre de rangs travaillés simultanément aboutit à la consommation par hectare. Au total, les conclusions de l’étude se basent sur près de 70 mesures réalisées avec huit outils attelés différents.

Utiliser les quatre roues motrices à bas régime est bénéfique

À la fin du printemps ou de l’été, les amplitudes thermiques au cours d’une journée peuvent générer des pertes d’énergies par déperdition de chaleur. L’étude révèle que pour un régime moteur inférieur à 1 500 tours par minute, la température n’impacte pas la consommation en carburant. De toute évidence, la surconsommation liée à la climatisation est quant à elle inévitable et évolue proportionnellement à l’élévation du régime moteur. La première grande révélation de l’étude concerne l’utilisation des quatre roues motrices. « La logique voudrait que cette disposition augmente la consommation en lien avec des frottements mécaniques plus importants », explique Christophe Gaviglio. « Mais nous constatons non seulement qu’il n’y a pas de surconsommation, mais en plus qu’à bas régime, l’enclenchement du pont avant engendre une baisse de 12 % de la consommation instantanée », poursuit le responsable des essais. Ceci pourrait être le fait d’une meilleure répartition de l’effort sur l’ensemble du tracteur. Si les conditions le permettent, n’hésitez donc plus à enclencher les quatre roues motrices pour économiser un peu de combustible.

Un besoin en carburant pratiquement divisé par deux à plus vive allure

La seconde grande surprise de l’étude se rapporte à l’impact du débit de chantier sur la consommation en énergie fossile. « À plusieurs reprises, nous avons observé qu’à vitesse plus élevée, la consommation à l’hectare est favorable en dépit d’une consommation instantanée supérieure », témoigne Christophe Gaviglio. Par exemple, avec un broyeur à sarments hors sol, la consommation passe de 8,2 à 4,5 l/ha lorsque l’engin avance à 4,6 km/h au lieu de 3 km/h. Soit une économie de près de 45 % ! Ce constat se vérifie également lors de la progression dans les parcelles en pente, pour les opérations faisant intervenir la tondeuse à lame, le broyeur à herbe à dépose latérale ou encore lors du travail du sol à l’aide de disques. « Attention toutefois à rester sur des plages de vitesse cohérentes par rapport aux recommandations des fabricants et aux conditions à la parcelle », avertit l’ingénieur, qui n’envisage pas l’économie au détriment de l’objectif technique. Dans le cas du pulvérisateur, le constat est le même mais les conclusions sont moins tranchées. En effet, la consommation énergétique à l’hectare est fortement dépendante des conditions climatiques de l’année. Le nombre de passages influe donc beaucoup sur la performance énergétique de cet outil, et ce même, en optimisant la vitesse.

Le mode économique de la prise de force réduit effectivement la consommation

Pour les opérations nécessitant de travailler à vitesse réduite, le recours au mode économique de la prise de force, lorsqu’il y en a une, s’avère être un moyen efficace de limiter la consommation. Par exemple, dans le cas du désherbage mécanique interceps, l’économie est de 27 % avec le tracteur le plus puissant et de 7 % avec le second. « Le mode de prise de force doit tout de même être adapté à la réserve de puissance du tracteur », alerte à nouveau Christophe Gaviglio. De fait, lorsque les conditions de travail sont difficiles (forte pente, outils lourds ou demande énergétique importante), enclencher le mode économique perd de son sens car le rapport de démultiplication ne permet pas de maintenir un régime cohérent pour le tracteur. L’étude met ainsi en avant la place centrale occupée par la transmission dans les questions de consommation. D’où le regret du responsable du projet de ne pas avoir pu réaliser les mêmes mesures sur un tracteur équipé d’une variation continue de la transmission, comme les Fendt Vario. Il précise par ailleurs que si « l’économie de carburant ne suffit pas à combler la différence de prix à l’achat sur ce type de tracteur, le bénéfice en termes de confort et de durabilité des engins peut alors entrer dans la balance ».

Régler les outils au cours de la saison

Au-delà de ces principales conclusions, l’analyse de la consommation instantanée est par ailleurs l’occasion de rappeler l’intérêt d’adapter les pratiques et les matériels aux itinéraires choisis. « La logique technique à laquelle est rattaché un objectif de travail n’est pas indissociable de la logique économique », rappelle Christophe Gaviglio. Il cite le cas du désherbage et de l’entretien du sol qui se veulent de moins en moins laborieux à mesure que la saison avance. Pourtant, « les opérateurs travaillent souvent avec un seul et même réglage tout au long de la campagne », observe l’ingénieur. Il rappelle que pour les outils en prise directe avec le sol, la profondeur de travail impacte fatalement la consommation en carburant. « C’est au vigneron de raisonner ses pratiques en fonction de l’impact recherché », conclut finalement Christophe Gaviglio. Avant de mentionner que toutes ces actions permettent au bout du compte d’économiser une quantité significative de carburant tout en réalisant un travail potentiellement plus qualitatif.

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