Aller au contenu principal

Dans l'Aude, des eaux usées re-traitées pour irriguer la vigne

Depuis juillet 2013, le projet IrriAlt’eau expérimente la réutilisation des eaux issues de stations d’épuration ayant subi un traitement supplémentaire pour l’irrigation de la vigne. À terme 150 hectares pourraient ainsi être irrigués à la Cave de Gruissan.

Hernan Ojeda, directeur de l’INRA 
de Gruissan (sur la gauche) 
et Frédéric Vrinat, directeur 
de la cave de Gruissan (sur la droite) 
sur le site d’expérimentation de 1,5 hectare 
à l’Inra de Gruissan.
Hernan Ojeda, directeur de l’INRA
de Gruissan (sur la gauche)
et Frédéric Vrinat, directeur
de la cave de Gruissan (sur la droite)
sur le site d’expérimentation de 1,5 hectare
à l’Inra de Gruissan.
© DR

“ Depuis plus de dix ans, l’Inra de Pech Rouge à Gruissan dans l’Aude constate un déficit hydrique chronique sur ses vignes avec des conséquences négatives sur la photosynthèse et la qualité des vins. Parallèlement, à la cave de Gruissan, nous réfléchissions depuis plusieurs années aux possibilités pour irriguer nos vignes, mais faute de ressources disponibles, nous étions dans une impasse ”, observe Frédéric Vrinat, directeur de la cave coopérative de Gruissan.


Irriguer avec les eaux traitées des estivants de la région


Face à ce constat, la cave de Gruissan a identifié une ressource alternative pour irriguer ses vignes : les eaux usées des STEP (STations d’EPuration) de Narbonne-Plage et Gruissan, propriétés du Grand Narbonne. Actuellement, ces eaux sont rejetées après traitement à la mer alors que le pic de rejet (avec l’afflux des estivants de la région) correspond justement aux besoins en irrigation de la vigne. Pour lancer le projet, l’Inra de Pech Rouge (agronomie de la vigne et analyse des vins) s’est rapproché de l’Inra de Narbonne (laboratoire environnement), de Veolia Eau qui a la délégation de l’exploitation des stations d’épuration et d’Aquadoc (PME héraultaise, conception et réalisation de systèmes d’irrigation). Le projet reçoit le soutien du Grand Narbonne.
Lancé en juillet dernier, le projet de recherche collaboratif IrriAlt’eau en est à sa première phase expérimentale sur le site de l’Inra de Pech Rouge sur 1,5 hectare. L’eau traitée provenant de la station d’épuration de Narbonne-Plage subit un traitement supplémentaire (filtration/UV/chloration) dont Véolia est le maître-d’œuvre avec un prototype qui élimine micropolluants et contaminants bactériologiques. Deux parcelles avec deux cépages (viognier et carignan) sont irriguées par goutte-à-goutte selon quatre modalités (eau potable, eau agricole et deux qualités d’eau usée traitée). Plus de cinquante paramètres sont analysés, à l’entrée et à la sortie de la station d’épuration, à l’entrée et à la sortie du prototype, à l’arrivée sur les parcelles, au niveau du cep de vigne et bien sûr, sur le vin. “ En 2013 nous avons apporté 40 mm en huit apports et les premiers résultats sont encourageants tant au niveau de la qualité de l’eau que celle du vin ”, constate Hernan Ojeda, directeur de l’Inra  de Pech Rouge.


150 hectares à terme


Si la première étape est validée (fin 2014), le projet IrriAlt’eau sera étendu sur une surface de dix hectares (chez deux vignerons de la cave de Gruissan) avant une mise en œuvre en 2016 sur 150 hectares. “ Nous avançons avec les différents partenaires étape par étape avec plusieurs objectifs : valider les procédés pour aboutir à un niveau de dépollution satisfaisant, maîtriser le pilotage de l’irrigation mais aussi évaluer le coût des procédés de dépollution (et donc le prix de l’eau pour les vignerons) ainsi que l’acceptabilité sociétale de l’utilisation d’eaux usées pour l’irrigation des vignes ”, précise Frédéric Vrinat. Et d’ajouter : “ En Israël, les eaux traitées de stations d’épuration sont recyclées à 80 % pour l’agriculture mais en France comme en Europe, ce procédé est quasi inexistant. Alors pourquoi pas chez nous, cela nous permettrait de gagner en qualité, en régularité de production et de valoriser les eaux usées des communes proches de la cave, un beau projet agro-écologique qui devrait susciter de l’intérêt dans une période où l’eau devient un bien de plus en plus précieux. ”

Une disponibilité en eau pour irriguer 300 hectares


Le budget du projet IrriAlt’eau est de 1,7 million d’euros dont 680 000 euros d’aides publiques.
La cave de Gruissan compte 70 adhérents pour une surface totale de 300 hectares.
Le rendement moyen des vignerons de la cave de Gruissan est de 32 hectolitres/hectare tous vins confondus (AOC/vins de pays/vins de table). L’irrigation des vignes permettrait d’augmenter un peu ce rendement et surtout de le régulariser.
La disponibilité en eau fournie par les stations d’épuration de Gruissan et de Narbonne Plage pendant la saison estivale permettrait d’irriguer 300 hectares (le projet IrriAlt’eau concernant 150 hectares).

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Réussir Vigne

Les plus lus

Jean-Michel Boursiquot : « Les variétés résistantes issues d’hybridations interspécifiques ne peuvent pas être considérées comme des cépages de Vitis vinifera"
Suite au statut de Vitis vinifera confirmé pour les variétés résistantes Inrae-ResDur par l’Office communautaire des variétés…
Lee touffes de soies blanches sur le pourtour de l’abdomen différencie le scarabée japonais adulte des autres coléoptères présents en France. © D. Cappaert/MSU
Le scarabée japonais, ravageur aux portes de l'Hexagone
Le scarabée japonais n’a pas encore été détecté en France. Cet insecte classé organisme de quarantaine prioritaire est sous haute…
Les vignobles de Vouvray et de Champagne touchés par la grêle
Ce jeudi 3 juin dans la soirée, un fort orage de grêle a touché quatre communes de l’appellation Vouvray. Un épisode similaire a…
Les variétés résistantes artaban, voltis, floreal et vidoc aux portes des vins AOC
Les quatre variétés résistantes Inrae-ResDur ont été confirmées comme étant des espèces de type Vitis vinifera par l’Office…
Prix des vignes 2020 : 4 points à retenir
Le bilan annuel établi par le groupe Safer sur les transactions de terres agricoles en 2020 montre un fort impact de la crise…
Guillaume Casanove, Gilles et Romain Lacroix, François Tissot et Alain Dourthe (de gauche à droite) travaillent de concert pour mettre en application la méthode Géophile au Mas des Boutes. © X. Delbecque
« La vigne a rapidement réagi à la méthode Géophile »
À Tresques, dans le Gard, les domaines Bernard Perret se sont lancés dans la méthode Géophile. Une approche globale de la vigne…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 100€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Vigne
Consultez les revues Réussir Vigne au format numérique sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters des filières viticole et vinicole