Aller au contenu principal

L’oxygénation des moûts facilitée

La société Paetzold équipement a lancé fin 2019 un nouvel outil pour apporter des doses maîtrisées d’oxygène aux moûts en cours de débourbage. Principal intérêt : limiter les phénomènes de vieillissement prématuré des blancs et des rosés.

Le moût circule dans l’unité d’oxydation contrôlée qui injecte une dose calculée d’air ambiant et assure un brassage. © Paetzold équipement
Le moût circule dans l’unité d’oxydation contrôlée qui injecte une dose calculée d’air ambiant et assure un brassage.
© Paetzold équipement

C’est un petit appareil mobile qui se déplace de cuve en cuve au moment des vendanges. Sa fonction est d’apporter une quantité contrôlée d’air aux moûts blancs et rosés en début de débourbage. Cette unité d’oxydation contrôlée des moûts, développée par la société Paetzold équipement, a été doublement médaillée par les salons Sitevi et Sival. Le principe de la technique est connu : un apport d’oxygène sur moût non sulfité va permettre d’oxyder ses acides phénols en début de débourbage pour pouvoir les éliminer avec les bourbes. Le vin qui en résulte sera moins sensible à l’oxydation par la suite et nécessitera moins de SO2.

Une dose d’oxygène préprogrammée par cépage

Le problème pour les vignerons est d’être certain d’apporter la bonne dose d’oxygène pour ne pas risquer des pertes aromatiques. Il existe déjà sur le marché des outils, comme le Cylio de Vivelys, qui permettent de calculer précisément la dose d’oxygène à apporter, par une analyse de chaque moût. « Notre démarche est différente, nous avons voulu proposer un appareil à programmation facilitée pour un traitement rapide », explique Jean Sébastien Laronche, responsable produit Paetzold équipement. Pas d’analyse à faire, le vigneron doit juste brancher l’appareil sur la cuve de débourbage (200 hl maximum), relier une bouteille d’azote et renseigner trois paramètres sur le programmateur : le volume de la cuve, la nature du cépage et un indice d’oxydation défini par chaque qualité de moût (voir encadré). L’unité mesure en plus la température du moût et calcule directement une dose d’oxygène préprogrammée par cépage. « Pendant trois ans, nous avons étudié les vitesses de consommation d’oxygène de 15 cépages en fonction de la température, nous avons maintenant une bonne base de données. »

La réduction des acides phénols préserve le potentiel aromatique

L’oxydation contrôlée dure alors de 30 minutes à 2 heures. L’appareil n’apporte pas d’oxygène pur mais de l’air ambiant stérile, via un fritté. Il prend en compte les variations de température du moût en continu pour adapter l’apport d’air, notamment en cas de refroidissement. Précaution supplémentaire : à l’issue du traitement, le moût est totalement désoxygéné à l’azote pendant quelques minutes. Le débourbage se poursuit ensuite classiquement. Un « bol d’apport » est prévu pour l’ajout d’enzymes en début de débourbage et un éventuel sulfitage après désoxygénation.
Le but n’est pas d’éliminer la totalité des acides phénols : « en moyenne nous les réduisons des deux tiers, sans impacter le potentiel aromatique. Cela suffit pour éviter un vieillissement prématuré des vins. La technique d’oxydation contrôlée s’avère également intéressante pour éviter le pinking ».
L’unité coûte tout de même 25 000 euros, le traitement n’est pas proposé en prestation de service. L’appareil peut également servir à l’injection de produits œnologiques sur vin.

Comprendre

Un indice d’oxydation pour moduler la dose d’apport

Tous les moûts d’un même cépage n’ont pas les mêmes besoins en oxygène, selon leur qualité et leur historique. Le vigneron peut donc personnaliser légèrement la dose d’oxygène calculée par l’unité via un « indice d’oxydation » de 1 à 10. Celui-ci prend en compte l’état sanitaire de la vendange, le type de récolte (manuel ou mécanique), la protection apportée au pressurage mais aussi les souhaits du vigneron. À noter que les doses d’apport sont confidentielles, elles ne sont pas communiquées au vigneron.

Avis d’expert : Christophe Thibert, vigneron au domaine Thibert, à Fuissé, en Bourgogne

« On rationalise une pratique empirique ancienne »

« La société Paetzold a testé l’unité contrôlée d’oxydation des moûts sur mes chardonnays en microvinifications en 2017 et 2018 et sur plus de 6 hl en 2019. Il faut environ une demi-heure pour le branchement et le débranchement de l’unité et ensuite elle fonctionne seule pendant 30 minutes. Le moût brunit, les bourbes sont noires, c’est un peu impressionnant au début. Il est encore trop tôt pour évaluer l’intérêt sur mes 2019. Mais sur les microvinifications, les résultats sont globalement satisfaisants, même s’il y a des ajustements possibles, les vins vieillissent mieux. En fait on rationalise une pratique empirique ancienne. C’est un peu de travail en plus mais le résultat est intéressant. Je pense investir à terme. »

Les plus lus

<em class="placeholder">Thomas Berger-Leslavergne, viticulteur à Troissy, dans la Marne</em>
En Champagne : « J’ai imaginé une fraise de curetage pour lutter contre les maladies du bois de la vigne »
Le vigneron champenois Thomas Berger-Leslavergne a cocréé une fraise de curetage, l’OB 20, plus maniable et précise que les…
<em class="placeholder">barriques de vinaigre dans une serre à Cadillac en Gironde</em>
En Gironde : « J’ai installé mes barriques à vinaigre dans une serre et non dans mon chai »

Vigneron multi-actif, Vincent Lataste, du Château Mamin à Cadillac en Gironde, vient d’ajouter la production de vinaigre à son…

Vidéo - En Gironde : une remorque faite maison pour lutter contre le gel de la vigne

Un vigneron bordelais, Frédéric Lahaye, a conçu une remorque antigel. La voici en action.

Julien Chadutaud devant les vignes des domaines Jean Martell
En Charente : « Les tanins de châtaigne permettent de diminuer les doses de cuivre pour lutter contre le mildiou de la vigne »

Julien Chadutaud, responsable vignoble aux domaines Jean Martell, à Rouillac, en Charente, a testé les tanins de châtaigne…

<em class="placeholder">Sonal Holland, première master of wine indienne et partenaire de la School of Wine &amp; Spirits Business.</em>
Inde : « Il faut que la filière viticole française ait bougé d’ici un ou deux ans maximum car tout le monde lorgne sur ce marché »

Sonal Holland, première master of wine indienne et partenaire de la School of Wine & Spirits Business, analyse le…

<em class="placeholder">Viticulture. Préparation d&#039;un traitement fongicide préventif en vigne en Champagne. Pulvérisateur  Tecnoma monté sur un enjambeur. Remplissage de la cuve. Mélange du ...</em>
Six nouvelles solutions phytosanitaires pour les vignes en 2026
Nous avons identifié six nouvelles solutions pour la protection du vignoble en 2026, conventionnelles ou de biocontrôle. Tour d’…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 108€/an​
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Vigne
Consultez les revues Réussir Vigne au format numérique sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters des filières viticole et vinicole