Agriculteurs en difficulté : revenus, endettement, installation, isolement… les constats de Solidarité Paysans
Les difficultés des agriculteurs se diversifient et touchent de nouveaux profils. Dans son premier "Observatoire des difficultés des paysans", réalisé à partir de plus de 3 600 personnes accompagnées en 2025, Solidarité Paysans met en évidence le poids des difficultés économiques, de l’endettement et de l’isolement, mais aussi les fragilités particulières des femmes, des nouveaux installés et des agriculteurs en fin de carrière.
Les difficultés des agriculteurs se diversifient et touchent de nouveaux profils. Dans son premier "Observatoire des difficultés des paysans", réalisé à partir de plus de 3 600 personnes accompagnées en 2025, Solidarité Paysans met en évidence le poids des difficultés économiques, de l’endettement et de l’isolement, mais aussi les fragilités particulières des femmes, des nouveaux installés et des agriculteurs en fin de carrière.
« Les difficultés en agriculture s’aggravent et se renouvellent. Elles touchent aujourd’hui une population plus féminine, un nombre grandissant de nouveaux installés en agriculture et une part importante de personnes en fin de carrière. Nous voyons une précarité qui s’installe, liée notamment au manque de revenu et à l’endettement » constate Solidarité Paysans dans « l’Observatoire 2026 des difficultés des paysans », le premier du nom. L’association qui accompagne les agriculteurs en difficulté depuis 35 ans souhaite alerter « sur les causes des difficultés et dénoncer les mécanismes qui y conduisent ».
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Femmes en agriculture : pour quelles raisons les inégalités persistent-elles ?
Solidarité Paysans constate que 28,7 % des personnes accompagnées sont des femmes. La part de femmes en difficulté est plus importante dans certains types de production comme le maraîchage (11,4 %) ou l’élevage caprins-ovins-lait (10,2 %). Elle est particulièrement élevée en Occitanie (35 %) et dans le Grand Est (36 %), et atteint près de 43 % en Centre-Val de Loire. Les femmes accompagnées par Solidarité Paysans sont deux fois plus nombreuses que les hommes à faire face à des difficultés d’ordre familial (13,7 % des accompagnements). Elles rencontrent également plus fréquemment des problématiques liées à la structure juridique de leur exploitation (13,13 %).
Solidarité Paysans constate des difficultés de reconnaissance d’un réel statut professionnel pour de nombreuses femmes, à l'intérieur et hors du cadre familial, des enjeux de transmission des fermes et d’accès à la justice, mais aussi des imbrications complexes entre vie familiale et vie professionnelle, qui peuvent provoquer des conflits, ou une perte d’autonomie. En conséquence, l’association demande la mise en place d’un véritable plan d’action pour donner toute leur place aux femmes en agriculture.
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En quoi la situation familiale est-elle importante ?
Autre constat : 45,6 % des personnes accompagnées sont isolées. Ces dernières sont majoritairement des hommes, plus âgés, et plus nombreux dans l’élevage bovin (notamment en élevage bovins-viande), mais aussi dans les productions de céréales et d’oléoprotéagineux. Elles font état de difficultés spécifiques qui se différencient de celles rencontrées chez les personnes en couple : des problèmes familiaux dans 12,9 % des situations rencontrées (contre 5,18 % pour les agriculteurs en couple), des problèmes de santé (13,22 % des situations) souvent connexes à d’autres difficultés, liées à l’âge ou aux conséquences de difficultés économiques à la ferme.
Face à ce constat, Solidarités Paysans demande notamment le financement d’actions de solidarité pour sortir de l’isolement et lutter contre l’épuisement professionnel, un accès réel et généralisé au service de remplacement et à l’aide au répit ou encore le maintien et le renforcement des dispositifs de santé de proximité.
Qu’en est-il de l’agriculture familiale ?
Les personnes en couple (mariées ou non) représentent 54,4 % des accompagnements réalisés en 2025. Les couples sont plus représentés chez les moins de 40 ans et ils se répartissent pour l’ensemble des productions analysées. Il est aujourd’hui courant que l’un des deux partenaires d’un couple, majoritairement les femmes, travaille en dehors de la ferme. « Ce travail extérieur est tout autant l’affirmation d’un projet professionnel autonome qu’un élément indispensable aux revenus familiaux, souvent insuffisants par la seule activité de la ferme » constate Solidarité Paysans. « Ce changement impacte la répartition du travail au sein des fermes, notamment sur la charge de la gestion administrative et financière et sur la capacité de mener de front l’ensemble des responsabilités attendues dans la conduite de la ferme », souligne l'association.
Pour pallier ces difficultés, Solidarité Paysans réclame le développement de la formation professionnelle continue, notamment la formation à la gestion administrative et comptable ainsi que le renforcement d’espaces de mutualisation, d’entraide et de solidarité.
Quelles sont les cinq difficultés auxquelles sont confrontés les nouveaux installés ?
« Sur le terrain, l’installation d’hommes et de femmes, issus ou non du monde agricole, s’apparente encore trop à un parcours aux obstacles nombreux » constate Solidarité Paysans qui affirme que 30 % des personnes accompagnées sont de nouveaux installés. Ils sont âgés en moyenne de 40,5 ans. L’association remarque que pour les personnes issues du monde agricole, c’est la gestion administrative qui peut avoir été sous-estimée, quand pour celles non issues du monde agricole, ce sont les complexités de l’organisation de la ferme et de la commercialisation qui vont peser. Cinq difficultés majeures émergent : des investissements toujours plus lourds, un accès au financement limité, des prévisions économiques trop optimistes, des choix juridiques inadaptés, un coût de reprise en hausse. Elle cite aussi l’isolement, le manque de solidarité et surtout un sous-accompagnement après l’installation.
Pour ce public en particulier, Solidarité Paysans réclame entre autres, le renforcement de la prévention des difficultés (choix du statut juridique, financements, maîtrise des outils de suivi financier) dans le parcours de formation et d’accompagnement à l’installation, l'augmentation des fonds de formation Vivea ou encore le renforcement de l’accès à la formation professionnelle pour les agriculteurs en difficulté.
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Comment rendre les fins de carrière dignes ?
Solidarité Paysans constate que 38,2 % des personnes accompagnées ont plus de 55 ans dont 24 % dans la filière de l’élevage bovin-viande, 15,4 % dans la filière de l’élevage bovin-lait, 14,5 % dans la filière des céréales et oléoprotéagineux, 8,5 % dans la filière de la viticulture. L’association observe que la santé est fragilisée par les carrières longues et la transmission engage aussi les conditions de la retraite. Par ailleurs la dématérialisation est un facteur aggravant de difficultés professionnelles et un accélérateur de la sortie du métier.
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Dans ce contexte, Solidarité Paysans demande le renforcement des droits à la retraite et des dispositifs de transition, le maintien et le renforcement des dispositifs de santé de proximité, le développement de dispositifs d’accompagnement face à l’illectronisme et aux difficultés d’accès aux démarches en ligne, l’aménagement des démarches administratives dématérialisés afin de garantir l’accès de chacun à ses droits ainsi qu’un aménagement de la réforme de la facturation électronique.
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Pourquoi l’agriculture bio est toujours un modèle fragile ?
Les agriculteurs en bio représentent plus de 16 % des personnes accompagnées par Solidarité Paysans. Selon l’association, la viabilité des fermes bio est notamment mise à l’épreuve par les difficultés de certaines filières, notamment la viticulture, ainsi que par des freins structurels, comme l’accès au foncier et le manque d’aides publiques pour le maraîchage ou les fermes de petites surfaces.
Solidarité Paysans demande la réorientation des aides de la PAC vers la sécurisation des revenus agricoles pour les petits producteurs et la transition agroécologique ainsi qu’un soutien public massif à la filière bio et à l’accompagnement à l’installation et à la conversion en bio.
Y a-t-il des statuts juridiques qui protègent les fermes ?
Solidarité Paysans rappelle que le choix du statut juridique d’une ferme est déterminant des risques dans la réussite de l’activité. 63 % des fermes accompagnées sont en entreprise individuelle, 23,3 % sont sous forme sociétaire (EARL, SARL),13,7 % sont collectives (GAEC, SCEA). « Face aux enjeux financiers, aux investissements et à l’endettement, un statut juridique inadapté apparaît rapidement comme une source majeure de difficultés » souligne l’association qui demande l’évolution de la législation afin qu’elle soit plus protectrice des personnes et des familles, notamment en matière de protection des biens personnels.
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Y a-t-il une taille minimale qui protège les fermes ?
Solidarité Paysans constate que les fermes s’agrandissent pour maintenir leur équilibre économique dans un contexte de coûts de production élevés, de faibles marges et de forte concurrence. « Cette évolution entraîne des investissements croissants en matériel et en bâtiments, avec des conséquences sur le travail, les territoires et les équilibres sociaux et environnementaux » souligne l’association qui affirme que la surface médiane des fermes accompagnées est de 48,4 ha. Elle demande une réforme foncière d’ampleur qui préserve et partage la terre ainsi qu’une réforme de la PAC plus égalitaire et valorisant les aides à l’actif plutôt qu’à l’hectare, ainsi qu'un soutien plus important aux petites fermes.
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Quid du changement climatique ?
« Les événements climatiques constituent une cause a priori peu identifiée dans les accompagnements que nous réalisons. Ils représentent à peine 5,6 % des situations. Toutefois, ils sont plus particulièrement présents dans deux régions, en Occitanie et en Nouvelle-Aquitaine, où ils concernent 11 % des situations rencontrées » explique Solidarité Paysans. L’association assure que les aléas liés aux événements climatiques peuvent être « un élément supplémentaire déclencheur de difficultés économiques et, dans tous les cas, un facteur complémentaire de stress et d’inquiétude sur l’avenir ». Elle demande conséquemment le développement de garanties de financements publics en cas de coup dur (aléas climatiques, sanitaires, casse de matériel) et le soutien à des modèles agricoles plus robustes face aux enjeux du dérèglement climatique
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Comment remettre l’humain au centre de l’agriculture ?
« Notre action quotidienne témoigne des conséquences d’une agriculture qui a réduit l’humain à une variable d’ajustement » s’émeut Solidarité Paysans qui propose différentes pistes pour « un revenu digne et un changement de modèle agricole » : soutien massif de l’émergence de filières territoriales permettant de développer les circuits courts ; développement de systèmes plus autonomes et économes ; réforme des dispositifs d’exonérations fiscales et sociales qui orientent les modèles agricoles vers toujours plus de capitalisation (matériel, bâtiments) ; transparence sur les prix et la garantie d'une juste répartition de la valeur ; évaluation des effets des exonérations fiscales et sociales des acteurs de la transformation et de la distribution, conditionnement et rééquilibre des financements publics.
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