Les préfets de région ont remonté le 27 août à la ministre de l’Agriculture un panorama très sombre des conséquences des aléas climatiques de cet été 2026 sur l’agriculture. Dans une large majorité des régions, plus de 20 % des exploitations agricoles se trouvent en difficulté.
« L’agriculture française traverse une crise d’une gravité exceptionnelle », reconnait Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, ce 28 août sur France inter.« Pour beaucoup d'agriculteurs, c'est le travail d'une année qui est réduit à néant par la sécheresse, par la canicule, par les incendies parfois. Un point nous inquiète particulièrement, c'est la production de fourrage », poursuit-elle après avoir réuni le 27 août l’ensemble des préfets de région venus lui dresser un bilan provisoire des pertes subies par l’agriculture après cet été 2026 marqué par des canicules à répétition, la sécheresse et des incendies.
Quel premier bilan des pertes agricoles dressées par les préfets ?
65% du territoire vit une sécheresse historique
Le panorama global des impacts des aléas climatiques de cet été 2026 sur l’agriculture est très « lourd », « la crise est sérieuse », commente ce 28 août le ministère de l’Agriculture en détaillant les premiers chiffres remontés du terrain par les cellules sécheresses départementales.
Alors que « 101 départements » sont toujours « en situation de sécheresse », dont « 62 en situation de crise et 95 départements en restriction d’eau», « 65% du territoire national vit une sécheresse que l’on ne rencontre qu’une fois tous les 25 ans » avec une température en juillet de 3,8 degrés supérieure à la normale, souligne le ministère.
Les productions végétales sont particulièrement touchées par cet été 2026. Annie Genevard évoque dans un post X des pertes de rendement pour les production végétales dépassant 50% dans plusieurs zones du pays.
Sur les cultures, 81 départements identifient le maraîchage parmi les productions les plus affectées, 80 départements le maïs, 70 départements l’arboriculture, 60 départements pour les légumes de plein champ et 57 départements la viticulture. « Des pertes de rendement de 50 % ou plus sont déjà constatées dans plusieurs territoires, avec localement des pertes pouvant atteindre 70 à 80 % », indique le ministère de l’agriculture. Des pertes moyennes de 34% en maïs grain, 30% en fourrage, jusqu’à 50% sur certaines productions légumières comme le poireau, l’ail, les oignons ou les haricots, voire jusqu’à 100% pour les petits fruits rouges (cerises, cassis, groseille) et localement sur certaines cultures non-irriguées comme l’artichaut, sont avancées par la rue de Varenne à partir des remontées de terrain, par rapport à la moyenne triennale ou quinquennale,.
A noter que la situation est aussi particulièrement tendue dans les Antilles avec une sécheresse entamée dès le 17 avril en Guadeloupe et un déficit pluviométrique de 80% par rapport à la normale en Martinique. Les pertes en fruits et légumes sont estimées de 30 à 50% en Martinique et une baisse de production de 30 000 à 40 000 t pour la canne à sucre.
Sur les productions animales, « plus de 50% des prairies sont fortement dégradées dans la très grande majorité des régions », reporte le ministère de l’agriculture, rappelant qu’au 20 août, la pousse cumulée des prairies permanentes était inférieure de 36% à la moyenne observée à cette date sur la période de référence 1989-2018.
Trente-sept départements et cinq régions sont particulièrement touchés avec « des stocks fourrages inférieurs de plus de 50% à la normale ». Il s’agit de : la Bretagne, l’Occitanie, les Pays de la Loire, Auvergne Rhône-Alpes et le Centre-Val de Loire.
La ministre de l’Agriculture souligne sur X que huit régions ont un stock de fourrage inférieur d’au moins 25% à la moyenne et évoque une baisse « de production laitière ».
A ce bilan provisoire des impacts des canicules et de la sécheresse, s’ajoute celui des incendies. « Toutes les régions signalent des incendies sur des surfaces agricoles ou forestières, dépassant 500 hectares dans la majorité des régions », note le ministère de l’Agriculture. Bourgogne Franche-Comté, Centre Val de Loire, Occitanie et Pays de la Loire recensent même plus de 100 exploitations agricoles touchées cet été par les incendies.
Quelle situation économique pour les exploitations agricoles touchées ?
Ces pertes entrainent des difficultés économiques importantes pour nombre d’exploitations agricoles. « Dans une large majorité des régions, les difficultés concernent plus de 20 % des exploitations », rapporte le ministère de l’agriculture qui estime que 30 à 35 000 exploitations agricoles auraient « un besoin urgent d’une aide forte ». Dans les régions ayant chiffré les besoins, ceux-ci dépassent généralement 10 000 € par exploitation.
Face à ce bilan « sans appel » pour « une situation inédite », comme elle le reconnait elle-même, Annie Genevard assure qu’elle annoncera le 3 septembre à l’ensemble des préfets « un plan d’aide massif ».
Ce plan, qui n’est pas chiffré pour le moment (si ce n’est que l’ISN devrait représenter plusieurs centaines de millions d’euros), comprendra « des mesures d’urgence pour soulager la trésorerie des exploitations et relancer la production ». Des dégrèvements de taxes foncières sont annoncés ainsi que des enveloppes à la main des préfets pour « permettre aux agriculteurs d’acheter des fourrages, des semis et des plans ».
Face au moral très dégradé des agriculteurs, le coordinateur national du plan prévention du mal-être en agriculture, Olivier Damaisin a été mission pour tenir des cellules d’urgence dans chaque région avant le 1er octobre.