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Filière 100 % française
Sojalim valorise le soja du Sud-Ouest

Euralis et le groupe Avril ont créé une nouvelle unité de trituration de soja à Vic-en-Bigorre, dans les Hautes-Pyrénées. Elle approvisionne les filières locales en tourteau de soja 100 % d’origine française.

Depuis bientôt un an, Sojalim est l’une des rares usines françaises à triturer des graines de soja pour les transformer en tourteau, huile et coques, trois matières premières destinées à l’alimentation animale. Le porc est particulièrement concerné, puisque le tourteau de soja français entre directement dans les formules des aliments fabriqués dans les usines de Sanders Euralis en substitution du tourteau de soja non OGM importé. « Ces aliments sont utilisés pour la production de porcs Filière Qualité Carrefour (FQC) », indique Patrick Le Foll, directeur du groupe Fipso, qui regroupe avec sa filiale Fipso industrie des éleveurs des régions Nouvelle-Aquitaine et Occitanie. « L’utilisation de tourteaux de soja non OGM produits au plus proche dans notre région, nous permet de renforcer considérablement notre positionnement et nos engagements en termes de qualité de produits, de circuits courts et d’agriculture durable ». De son côté, avec sa filière qualité, Carrefour veut communiquer sur des viandes issues d’animaux d’origine régionale, et nourris avec des matières premières 100 % françaises.

Un tourteau riche en azote et en matière grasse

« Par rapport au tourteau de soja non OGM importé, cette démarche est strictement isocoût », tient à préciser Patrick Le Foll. Le surcoût de la matière première est compensé, selon Sébastien Labrouche, ingénieur formulation Fipso, par ses caractéristiques nutritionnelles supérieures. « Grâce au dépelliculage de la graine effectué en amont du traitement thermique, nous obtenons un tourteau à 48 % de matières azotées totales (MAT) contre 45 à 46 % pour le tourteau d’importation », souligne-t-il. Sa teneur en fibres est plus faible (4 % contre 6 %) et son niveau de matière grasse nettement plus élevé (9 % contre 2 %). « Ce niveau important s’explique par l’absence de traitement à l’hexane, un solvant chimique utilisé sur le tourteau d’importation pour capter le résidu d’huile non extrait lors de la trituration des graines », explique Michel Vernet, le directeur de Sojalim. « Toutes ces caractéristiques en font une excellente matière première riche en énergie et en matières azotées. Elle est aussi appétente que le tourteau d’importation grâce au traitement thermique qui supprime les facteurs antitrypsiques. » Sébastien Labrouche l’incorpore également dans les aliments truies allaitantes. « Il rentre naturellement dans ces formules, grâce à son niveau élevé d’énergie. » Les coques, ainsi que l’huile, à laquelle il manque encore une filtration pour être utilisé en alimentation humaine, sont également valorisées en nutrition animale.

La nouvelle ligne installée à Vic-en-Bigorre est calibrée pour triturer 25 000 tonnes de graines de soja par an. Ce tonnage permet de produire 18 700 tonnes de tourteaux. De quoi couvrir largement les besoins des deux usines de Sanders Euralis, ainsi que ceux de leur partenaire spécialisé en aliments bio, les établissements Aurouze, dans le Cantal. « Nous pouvons assurer la livraison de notre tourteau de soja dans un rayon de 200 à 300 km autour de l’usine », indique Michel Vernet. Les fabricants d’aliment à la ferme constituent également un potentiel de développement important. « En association avec du maïs, des céréales à paille et des tourteaux secondaires, il remplace naturellement et sans surcoût le tourteau d’importation non OGM », indique Sébastien Labrouche. Le taux d’acide linoléique (C 18 :2) de la formule se situe au-dessous du seuil maximum (17 g/kg d’aliment) exigé par les cahiers des charges régionaux (jambon de Bayonne, porc du Sud-Ouest). Un taux cependant plus difficile à respecter avec des formules composées exclusivement de maïs en association avec ce tourteau.

En savoir plus

Sojalim en chiffres :

Capital : 55 % Sanders Euralis, 45 % Sofiprotéol (groupe Avril)
Investissement : 3,65 M€, dont 0,75 M€ de subventions (région Occitanie et Fonds européens)
Capacité de trituration : 25 000 tonnes de graines, dont 20 000 t en conventionnel et 5 000 t en bio
Objectifs de production : 18 700 t de tourteau de soja (dont 3 900 t en bio), 2 800 t d’huile de soja (dont 560 t en bio) et 800 t de coques de soja

Un objectif de 200 000 hectares de soja en France en 2020

Les besoins actuels français en tourteaux de soja non OGM sont estimés à 500 000 tonnes. Ce tonnage équivaut à une production de soja sur 240 000 hectares. En 2017, 141 000 hectares ont été cultivés, un chiffre en hausse depuis cinq ans (moins de 40 000 hectares en 2012). Au travers de son plan « protéines végétales » doté de 49 M€ d’aides, la France veut cultiver au moins 200 000 hectares de soja à l’horizon 2020 pour réduire sa dépendance vis-à-vis des importations. « L’augmentation de la demande pour des sources de protéines végétales produites localement, tracées et non OGM va aider à atteindre cet objectif », estime Michel Vernet, directeur de Sanders Euralis. La nouvelle politique agricole qui encourage la diversification des cultures pourrait aussi être un élément déterminant. Cette mesure vise particulièrement les maïsiculteurs, qui risquent de ne pas toucher l’intégralité de leurs paiements directs de la PAC consacrés au verdissement, s’ils ne diversifient pas leurs assolements. Selon les agronomes, le soja s’intègre naturellement dans la rotation des cultures dans les régions du Sud-Ouest du Centre-Ouest et de l’Est de la France. Cette légumineuse fixe l’azote de l’air. Il n’y a pas besoin d’engrais azoté pour le cultiver. Ses reliquats après récolte, ainsi que son système racinaire profond, en font un bon précédent cultural. Peu sensible aux maladies et aux ravageurs, adapté au désherbage mécanique, il permet de réduire les traitements phytosanitaires. Par ailleurs, il possède une bonne capacité de valorisation de l’eau et s’implante facilement.

L’interprofession des huiles et protéines végétales, Terres Univia, a récemment élaboré une charte Soja de France pour accompagner le développement de cette culture. Véritable démarche de certification en filière, cette charte apporte aux graines et à leurs produits dérivés des garanties sur leur origine France, leur traçabilité, leur durabilité et leur caractéristique non OGM. L’objectif étant de relancer la production de soja par la consolidation des débouchés en s’appuyant sur un concept « soja français », complémentaire du « non OGM ».

Une production mondiale en expansion

Les 400 000 tonnes de graines de soja produites en France en 2017 sont une goutte d’eau dans la production mondiale, qui a atteint cette année 330 millions de tonnes. Depuis quarante ans, elle connaît une croissance régulière de 5 % par an en moyenne, sous l’effet d’une augmentation conjointe des surfaces et des rendements. Les États-Unis sont le premier producteur et exportateur mondial de soja mais les deux géants agricoles sud-américains, le Brésil et l’Argentine, les ont rejoints en tête du marché du soja. Ils représentent maintenant à eux deux la moitié de la production mondiale. La culture du soja occupe plus de un million de kilomètres carrés dans le monde, une surface équivalente à deux fois celle de la France. Mais les détracteurs de cette culture soulignent qu’elle est la cause principale de la déforestation de l’Amazonie au Brésil, et que 70 % de la production mondiale est OGM.

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