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« La vie reprend son cours habituel dans la plus grande ville de Chine», témoigne Martial Sardin, responsable du bureau chinois de l'Institut français du porc

Face à l’épidémie mondiale de coronavirus, l'espoir vient de Chine. Martial Sardin, responsable du bureau chinois de l’institut français du porc (Ifip), vit à Shangaï où la vie reprend progressivement son cours.

Quelle est la situation actuelle à Shangaï ?

Shangaï est une métropole de 24 millions d’habitants située sur la côte Est de la Chine. Ici, nous n’avons eu « que » quelques centaines de cas de coronavirus, ce qui est relativement peu par rapport au nombre d’habitants. Autant dire que nous avons été assez épargnés par rapport à d’autres régions. Les mesures sanitaires prises ont permis d’enrayer rapidement l’épidémie. Aujourd’hui à Shangaï, la vie reprend progressivement son cours habituel. Nous sommes libres de nos mouvements, mais nous devons porter un masque. Les commerces qui avaient fermé sont à nouveau ouverts, de même que les lieux de divertissement (salles de sport, cinémas, théâtres…). Mais ils sont encore vides. Les gens ont encore peur d'être contaminés. Les bars ferment plus tôt que d'habitude. Les cours dans les écoles et les universités n'ont pas encore repris.

Il n'y a quasiment plus de nouveaux cas de Covid-19 en Chine, sauf des cas importés. Chaque personne qui arrive dans le pays doit faire une quarantaine obligatoire. Un de mes voisins rentré la semaine dernière de l'étranger est confiné chez lui pendant 15 jours. Il y a une affiche qui l’indique, fixée avec de l’adhésif sur sa porte d’entrée et la chambranle pour faire office de scellé.  S'il sort, on s'en apercevra puisque les bandes se décolleront.

 

Comment s’est passée l’épidémie de Covid-19 pour vous-même ?

Quand la crise sanitaire a pris de l’ampleur, au moment du nouvel an chinois (le 25 janvier dernier), je séjournais à Hong Kong. A mon retour, j’ai fait une quarantaine de 15 jours dans mon appartement. Une autre personne qui vit dans mon logement est rentrée quelques temps après. Comme la quarantaine doit s’appliquer à toutes les personnes vivant sous le même toit, j’ai finalement été confiné pendant un mois. Quand la quarantaine s’est terminée, je pouvais sortir un peu pour faire mes courses, courir autour de chez moi. Les autorités locales ne nous ont pas imposé de restrictions obligatoires. Cependant, tous les commerces étaient fermés, sauf les commerces alimentaires. Nous avons été chanceux, car dans certaines villes, les habitants ne pouvaient pas sortir de chez eux. On leur apportait les courses à l’entrée de leur logement. Dans certaines villes, on a même mis des alarmes aux portes des appartements.

Pour nos déplacements, nous sommes désormais tracés avec nos téléphones portables. Selon les endroits où nous avons séjourné récemment, nous sommes classés vert, orange ou rouge, selon le risque faible, modéré ou fort, d’avoir été contaminés.

 

Votre activité professionnelle a-t-elle été réduite ?

Mon rôle auprès des éleveurs de porcs chinois est de faire la promotion du système d’élevage à la française. Cela passe par des expertises en élevages, et surtout par la promotion des entreprises françaises. Avec ma quarantaine, j’ai annulé tous mes déplacements. Dans certaines régions qui connaissaient des restrictions importantes, nous devions prévoir 15 jours de quarantaine avant de pouvoir travailler, et encore 15 autres jours à notre retour. C’était devenu ingérable.  L’un des experts techniques de mon équipe a été bloqué deux mois dans un élevage. Un autre qui habite dans le Sichuan, une région fortement contaminée, a pu être rapatrié en France sans être porteur de la maladie. Mais pour le moment, il ne peut pas revenir travailler en Chine.

Aujourd’hui, cela va mieux. Mais nos clients sont encore très méfiants vis-à-vis des européens. Ils ne souhaitent pas qu’on vienne les voir, ce qui restreint nos déplacements.

 

Aujourd’hui, à Shangaï, le coronavirus impacte-t-il toujours votre quotidien ?

Le port du masque est toujours fortement conseillé. Les Chinois sont très respectueux des consignes données par les autorités. Récemment, je suis sorti deux minutes pour récupérer une livraison devant mon immeuble. Je n’avais pas pris le temps de mettre un masque, et je me suis fait réprimander par les passants. Pour nos déplacements, nous sommes désormais tracés avec nos téléphones portables. Selon les endroits où nous avons séjourné récemment, nous sommes classés vert, orange ou rouge, selon le risque faible, modéré ou fort, d’avoir été contaminés. Ainsi, les autorités savent exactement quel est le statut sanitaire de chaque personne.

 

Que pensez vous de la manière dont l’épidémie est gérée en France ?

Aujourd’hui je suis plus inquiet pour ma famille et mes amis en France que je ne l'étais ici pour moi et mes collègues quand l’épidémie était à son pic. Mais je répète que Shangaï a été relativement épargnée. Si la population respecte bien les règles sanitaire qu’on lui impose, elle peut se débarrasser rapidement du coronavirus. Ici, au début, je n'y croyais pas.  Mais les Chinois ont bien obéi aux ordres donnés par les autorités, et cela a porté ses fruits. J'espère que ce sera pareil en France.

Aujourd’hui je suis plus inquiet pour ma famille et mes amis en France que je ne l'étais ici pour moi et mes collègues quand l’épidémie était à son pic.

 

Lire aussi : 

https://www.reussir.fr/volailles/tous-les-coronavirus-sont-hautement-transmissibles-selon-beatrice-grasland-de-lanses-de-ploufragan

https://www.reussir.fr/lesmarches/la-chine-encourage-construire-des-elevages-de-porc-hors-du-pays

 

 

 

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