SCEA Lecornué : "Sur 100 porcelets qui naissent dans ma maternité, 90 vont à l’abattoir"
À la SCEA Lecornué, le taux de perte sur nés vivants se maintient autour de 7 % depuis cinq ans. Dans le même temps, la productivité des truies a progressé de 1 porcelet par portée.
À la SCEA Lecornué, le taux de perte sur nés vivants se maintient autour de 7 % depuis cinq ans. Dans le même temps, la productivité des truies a progressé de 1 porcelet par portée.
Julien Follenfant est le responsable de l’atelier truie de la SCEA Lecornué à Joué en Charnie (Sarthe) depuis cinq ans. Grâce à une conduite d’élevage rigoureuse et bien adaptée à ses truies Libra Hypor, il a pleinement optimisé l’augmentation de leur prolificité grâce à un taux de perte qui s’est maintenu à un niveau exceptionnellement bas.
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Depuis 2020, le nombre de porcelets nés totaux est passé de 15 à 16 par portée et le nombre de porcelets sevrés a progressé de 13 à 14. Dans le même temps, le taux de pertes sur nés totaux est passé de 13 à 11,8 % , et les pertes sur nés vifs se sont maintenues à 7 %. « L’augmentation de la prolificité permise par le progrès génétique s’est donc intégralement traduite par une progression identique de leur productivité, sans que cela affecte la qualité des porcelets au sevrage, » analyse Julien. « Aujourd'hui, sur 100 porcelets qui naissent, 90 vont à l’abattoir grâce à un taux de pertes stabilisé à 3% entre le sevrage et la vente». Selon le chef d’élevage, la génétique explique 90 % des résultats actuels de l’atelier naissage. « Les truies font le job. Elles sont capables de mettre bas toutes seules. Je suis très présent en maternité les jeudis et vendredis des semaines de mise bas. Les autres jours, elles ne nécessitent pas une surveillance importante, ce qui me convient parfaitement ». En effet, Julien gère également d’un atelier de volailles sur l’exploitation de Philippe Lecornué. « J’exerce aussi des responsabilités en dehors du travail. Je ne peux donc pas m’éterniser dans l’élevage. Cette génétique est bien adaptée à mes contraintes ». Cependant, la génétique ne fait pas tout, et le témoignage de Julien est là pour le rappeler. Une série de mesures simples et efficaces lui permet de tirer le maximum du potentiel de ses truies, tout en leur assurant une carrière longue. Les résultats par rang de portée sont révélateurs du maintien des performances des reproductrices avec notamment l’absence du syndrome de deuxième portée et une productivité élevée jusqu’en huitième portée.
1- Des conditions de logement optimales
Au sevrage, les truies sont logées dans des cases de quinze places selon leur état d’engraissement. « Elles ne sont pas bloquées, excepté pendant les inséminations ». Les groupes ne changent pas jusqu’à la mise bas suivante. « Ainsi, il n’y a pas de bagarre en cours de gestation ». Les cochettes et les rangs 2 sont regroupés dans un bâtiment sur paille, confortable, bien isolé et disposant de brumisateurs pour supporter les coups de chaleur. « Les cochettes continuent leur croissance corporelle bien après le premier cycle de reproduction », constate Julien. « Je mets donc l’accent sur le confort de leur logement jusqu’à la fin de la seconde gestation afin qu’elles aient une carrière longue. Leurs aplombs sont solides. En seconde gestation, elles se retrouvent dans un environnement qu’elles connaissent et finissent tranquillement leur croissance ».
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2- Des truies en très bon état à la mise bas
Les reproductrices sont alimentées dans des réfectoires à l’auge avec des doseurs individuels. « Je tiens à ce qu’elles soient en très bon état à l’entrée en maternité ». Cette exigence se traduit par une épaisseur de lard dorsal (ELD) de 22 mm en fin de gestation. Pour arriver à cet objectif, elles reçoivent un aliment de gestation unique fabriqué à la ferme. Il est composé de blé, d’orge et de tourteau de soja avec un ajout de pulpes de betteraves pour l’apport de fibres. La ration varie entre 3,8 et 4,1 kg par jour pour les plus maigres durant le premier et le dernier mois de gestation. Elle descend d’un kilo en milieu de gestation. Un complément de vitamines est distribué pendant quatre jours après les inséminations. « Avec le nombre de porcelets qu’elles sèvrent, je pense qu’elles en ont bien besoin si on ne veut pas les épuiser ».
3- Une alimentation poussée en maternité
La stratégie d’une alimentation poussée se poursuit en maternité. Les truies reçoivent un aliment péri-mise bas jusqu’au lundi qui suit les naissances, à hauteur de trois kilos par jour. L’augmentation de la ration se fait par paliers de 500 grammes par jour en trois repas dès le surlendemain de la mise bas, jusqu’à un plafond pouvant atteindre dix kilos par jour. « Les cochettes qui consomment moins peuvent perdre jusqu’à cinq millimètres d’ELD en cours de lactation. Mais grâce à leur bon état d’engraissement, elles supportent cette perte sans problème ». Les multipares se maintiennent pour la plupart entre 18 et 20 mm en fin de lactation. Les reproductives bénéficient aussi d’une cure de fer qui leur permet de reconstituer leurs réserves. « Pour qu’elles fassent une longue carrière, il faut leur donner du carburant ! »
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4- Un âge réel de 20 jours au sevrage
Pour un sevrage du mercredi et un intervalle sevrage-saillie fécondante de cinq jours et demi, les mises bas se déroulent quasiment toutes le jeudi et le vendredi de la semaine de mise bas. Les mises bas sont systématiquement déclenchées dès que la durée de gestation atteint 115 jours. « Ce rythme de reproduction bénéficie à la fois aux porcelets qui atteignent un poids élevé au sevrage, et aux truies dont l’involution utérine est achevée quand elles viennent en chaleur ».
5- Peu d'interventions en maternité
« Nous sommes deux pour réaliser les soins, généralement les vendredis matin des semaines de mise bas. Mais la stratégie vis-à-vis des truies est de les laisser faire. J’utilise plus les gants de fouilles pour faire les ELD que pour fouiller les truies ». Les porcelets restent 24 heures sous leur mère pour boire suffisamment de colostrum. Les adoptions sont ensuite réalisées. "Une fois qu’une portée est reconstituée, je n’y touche plus jusqu’au sevrage. Il n’y a pas de double lactation, pas de sevrage précoce, pas de distribution de lait reconstitué. Les truies sont logées dans des cases simples, dépourvues de système ascenseur ".