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En progression de + 6,6 % en 2015
L’Espagne, la production porcine low cost de l’Europe

Le prix très bas des bâtiments, une main-d’œuvre bon marché et une intégration performante à tous les niveaux de la filière sont les principaux moteurs du développement porcin constaté en Espagne ces dernières années.

Depuis trois ans, la production porcine espagnole a augmenté de 17 %. Cette progression a été portée par une bonne rentabilité des élevages, et par l’intégration qui représente désormais 70 % de la production du pays. "Une entreprise intégratrice comme Cincaporc, qui produit 1,1 million de porcs par an en Aragon et en Catalogne, a gagné en moyenne dix euros par porc en 2013 et 2014", témoignait Yves Da Ros, le président de l’interprofession Midi-Pyrénées, lors de l’assemblée générale du CRP des Pays de la Loire le 27 mai dernier à Angers (voir aussi en page xx).

Ces intégrateurs sont en passe de restructurer totalement la production porcine espagnole. Aidés en cela par des investisseurs extérieurs à la production, séduits par le climat d’optimisme lié aux perspectives de développement des marchés à l’international, ils montent un peu partout des élevages de grande dimension, même dans des régions à forte densité porcine comme la Catalogne où on croyait le potentiel de développement limité par les contraintes environnementales. "La taille d’un atelier naissage neuf est désormais de 3 500 truies, le maximum légal autorisé par la réglementation", explique Ramon Armengol, le président de la Confédération des coopératives agricoles espagnoles. Des unités de 4 000 places d’engraissement voient aussi le jour. "Là, ce sont les contraintes techniques qui justifient cette taille. Elle correspond au nombre moyen de porcelets par bande, ces bâtiments étant conduits en bande unique." Des bâtiments construits rapidement et d’une extrême simplicité : ventilation statique, alimentation à volonté au nourrisseur, chauffage sommaire… D’où un coût très bas, "1 500 euros la place de truie et 190 euros la place d’engraissement", affirme-t-il. Le manque de places d’engraissement lié à l’augmentation du cheptel truies permet aux engraisseurs intégrés d’améliorer leur rémunération. "La moyenne est de douze euros par porc, mais certains arrivent à obtenir des contrats annuels jusqu’à trente euros la place, indépendamment du rythme des mises en place", constate Yves Da Ros, qui souligne cependant la précarité de leur situation. "Beaucoup de contrats d’intégration sont oraux, malgré la loi qui impose un écrit".

Un salarié pour 300 truies naisseur ou pour 5 000 places d’engraissement

Le coût de la main-d’œuvre est bas : de neuf à douze euros brut de l’heure selon la qualification du salarié, pour une semaine travaillée de quarante-huit heures et quatre semaines de congés par an. Selon Ramon Armengol, la rémunération peut cependant être complétée de primes à la productivité qui vont jusqu’à 25 % du salaire. Par ailleurs, la taille importante des élevages permet d’optimiser la main-d’œuvre. "On compte un salarié pour 300 truies naisseur, ou pour 4 000 à 5 000 places d’engraissement", affirme-t-il.

Jusqu’en 2013, le principal point faible de la production porcine espagnole était le coût alimentaire, supérieur de 14 à 17 centimes par kilo de carcasse à celui des éleveurs français. "Cet écart s’est réduit à huit-neuf centimes par kilo, grâce notamment aux progrès techniques dans les élevages et une amélioration de la productivité des fabricants d’aliment industriels", souligne Boris Duflot, économiste à l’Ifip. Entre 2007 et 2013, la productivité des truies a augmenté de 11 % en Espagne contre seulement 6 % en France. Une amélioration également importante de l’indice de consommation en engraissement (- 10 %), alors qu’il n’a baissé que de 3 % en France sur la même période. Dans un contexte de flambée du prix des matières premières, le prix des aliments n’a augmenté que de 28 % entre 2007 et 2013, contre 37 % en France. En 2015, Cela ne leur a pas empêché de subir les premiers effets de la crise en 2015, avec une perte moyenne d’un euro par porc sur l’année. Sous l’effet de la surproduction, la crise s’est aggravée au début de l’année 2016. "Sur les quatre premiers mois de l’année, la perte se monte à quinze euros par porc", affirme Yves Da Ros.

Pour Ramon Armengol, cette crise pourrait temporairement stopper la progression de la production porcine espagnole. "Mais les acteurs de la filière sont optimistes. Sur le long terme, ils se sentent capables de surmonter leurs difficultés, grâce aux opportunités que présentent les nouveaux marchés à l’export comme la Chine." Pour lui, la montée en puissance des intégrateurs a fait naître un nouveau modèle de production. "Notre filière combine les avantages des élevages nord-américains avec ceux de l’industrie de la viande allemande", conclut-il.

Les exportations valorisent la production

Pour résorber son surplus, la production porcine espagnole mise exclusivement sur l’exportation. La France est de loin son premier client (350 000 tonnes, soit 22 % des volumes exportés en 2015), loin devant l’Italie et la Chine. Les exportations vers ce dernier pays sont cependant en forte augmentation depuis le début de l’année. "La force des exportateurs espagnols est d’adapter leurs offres en fonction de la demande de leurs clients", affirme Boris Duflot. En France, les pièces désossées constituent le principal débouché. En Italie et au Portugal, ce sont les pièces avec os, ainsi qu’en Chine, où sont également exportés des abats. "Ces marchés différenciés permettent aux abatteurs-découpeurs de mieux valoriser leurs carcasses à l’export que leurs concurrents ", conclut-il.

 

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