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Porte ouverte à Plounéventer, Finistère
L’engraissement concilie environnement et performance

En ayant construit une relation durable avec le voisinage, et avec des options techniques fortes pour préserver de l’environnement, Jean-Jacques et Romain Riou ont construit un engraissement qui s’inscrit dans une démarche de restructuration de leur élevage.

"Tout éleveur a le droit de restructurer son élevage pour le pérenniser et répondre aux attentes des consommateurs en termes de qualité et de bien-être des animaux", soulignait Jean-Jacques Riou, à l’occasion de la porte ouverte organisée avec son fils Romain et le groupement Aveltis le 14 octobre dernier, pour l’inauguration de leur nouvel engraissement de 1 976 places. La construction de ce bâtiment, couplée à la démolition d’un engraissement vétuste et à la reconstruction d’un post-sevrage, permettra d’engraisser l’intégralité des porcelets produits par les 770 truies de l’élevage. "Une évolution rendue possible par notre station de traitement qui nous permet de résorber et d’exporter les excédents d’azote et de phosphore." Le projet, en gestation depuis trois ans, a été déposé en préfecture en décembre 2014. L’autorisation d’exploiter a été délivrée en janvier 2016. "Treize mois de délai, c’est gérable", estime Jean-Jacques Riou. "La DDTM (Direction départementale des territoires et de la mer) tient compte de nos efforts en matière d’environnement. Nous avons aussi une municipalité qui fait de l’économie locale une priorité." À cela s’ajoute l’implication des éleveurs dans la vie locale, des relations de voisinage conviviales et les efforts faits pour limiter les nuisances olfactives (95 % des bâtiments seront à terme équipés de laveurs). Alors que l’élevage se situe à proximité du bourg de Plounéventer, aucune remarque négative n’a été mentionnée lors de l’enquête publique.

Ces contraintes engendrent bien sûr des surcoûts dans la construction du bâtiment. Mais des synergies techniques les atténuent. La ventilation centralisée diminue les consommations électriques. Les calories captées par l’eau du laveur d’air sont récupérées par une pompe à chaleur pour préchauffer les salles. Par ailleurs Jean-Jacques et Romain Riou ont profité de cet agrandissement pour modifier leur système de distribution de soupe. Les nouveaux équipements leur permettront de distribuer un deuxième aliment finition entre 90 et 120 kg, et ainsi de diminuer le coût alimentaire. Au final, le coût du bâtiment reste contenu à 334 euros la place (sans quai d’embarquement), un montant très modéré au vu de la qualité des équipements et de la surface allouée aux porcs (0,76 m2).

La distribution de soupe est séparée de la préparation

La construction du nouveau bâtiment a été couplée à la réalisation d’un bloc de distribution de l’aliment soupe dédié aux engraissements pour limiter la longueur des circuits et optimiser les temps de fonctionnement. La machine à soupe historique utilisée pour l’ensemble de l’élevage continue de préparer toutes les soupes (truies et porcs charcutiers), mais elle ne gère plus les distributions. Le bloc de distribution est constitué de quatre cuves de 6 000 litres chacune. Chacune des trois premières cuves est dédiée à un aliment (croissance, finition 1 et finition 2). La quatrième cuve appelée "mixte" est utilisée quand la quantité de soupe à distribuer pour un aliment est supérieure à 6 000 litres, ce qui nécessite deux fabrications. "Cette cuve-tampon permettra de ne pas interrompre la distribution entre deux fabrications", souligne Jean-Claude Guillou, de la société Guillou frères qui a installé cet équipement. "Cette solution est plus avantageuse des deux points de vue technique et économique que la mise de place de trois cuves de plus grande dimension, plus onéreuses et qui auraient nécessité notamment un local disproportionné pour les abriter", ajoute Jean-Jacques Riou.

L’alimentation triphase en engraissement permet de mieux faire correspondre les apports alimentaires aux besoins des animaux tout en diminuant le coût alimentaire. Dans le contexte actuel du coût des matières premières, Jean-Jacques Riou calcule un gain de 0,37 euro par porc. "Un montant modeste ramené à l’animal, mais qui permet malgré tout un retour sur investissement des installations de moins de deux ans."

La ventilation centralisée permet des économies de fonctionnement

L’air entre dans le bâtiment par une grande ouverture régulée située à l’un des pignons. Pour isoler le rampant, Rose utilise désormais des pannes rainurées pour maintenir les panneaux isolants et optimiser l’étanchéité. L’entrée de l’air dans les salles se fait par un plafond perfalu surmonté de 10 centimètres de laine de verre. Il est extrait des salles par des orifices aménagés sous leur couloir central, permettant une meilleure répartition des prises d’air que des volets régulés en bout de préfosse (les salles font 18 mètres de long). Les débits d’air de chaque salle sont régulés par une trappe vortex couplée à un débitmètre (ATM de Fancom) située en sortie de gaine, "un système de régulation plus précis que de simples volets régulés", argumente Yvon Lintanf, directeur de Fancom France. Les turbines d’extraction envoient l’air dans un laveur. La ventilation est gérée par un boîtier central (Lumina 21 Fancom), connecté à internet pour un pilotage à distance. Des boîtiers à l’entrée de chaque salle permettent une lecture directe de la température et du niveau de ventilation.

Les surcoûts de la ventilation centralisée liés notamment à la maçonnerie sont compensés en grande partie par les économies de fonctionnement (électricité) et surtout par les synergies techniques qu’elle permet. Les calories contenues dans l’eau du laveur d’air situé en aval des turbines d’extraction sont récupérées par une pompe à chaleur pour préchauffer les salles de tous les engraissements de l’élevage. "Pour 1 kW d’électricité consommé, la pompe produit 3,5 kW de chaleur", rappelle Xavier Rannou, le nouveau dirigeant de la société Guillou Frères. La chaleur est diffusée dans les salles par des aérothermes démontables.

Les normes bien-être mesurées

Selon la réglementation en vigueur depuis 2013, les porcs "doivent avoir un accès permanent à de l’eau fraîche en quantité suffisante". Des repas d’eau sont possibles pour les systèmes d’alimentation soupe, de façon à ce qu’il y ait toujours une quantité d’eau résiduelle dans les auges. Aveltis veut évaluer l’intérêt d’installer une pipette située au-dessus de l’auge comme solution alternative. Pour cela, le groupement a installé un compteur d’eau pour mesurer la consommation d’eau réelle des porcs charcutiers à cette pipette.

Témoignage

Romain Riou, éleveur

"Une installation doit bien se préparer"

"Je travaille sur l’élevage familial depuis un an en remplacement d’un salarié. Cette période de transition m’a permis de bien préparer mon installation qui se fera au début de l’année 2017. Elle a été nécessaire pour assurer au mieux la transmission de l’outil, et pour que mon père m’aide à gérer la restructuration de l’élevage. À la fin de cette restructuration, nous aurons un outil viable, cohérent dans ses effectifs, avec des bâtiments aux normes, équipés pour la plupart de laveurs d’air, une station de traitement du lisier pour résorber les excédents et une FAF qui réduit le coût de production."

 

Les fournisseurs :

Terrassement Abalain (29 Ploudaniel)

Gros œuvre Norée (22 Hillion)

Charpente, couverture, isolation Rose (22 Lamballe)

Electricité, ventilation, soupe  Fancom/Guillou frères (29 Plouedern)

Élévations, aménagements intérieurs, caillebotis Celtys (29 Landivisiau)

Coordination SPS JFC coordination

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