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Valorisation de la production
Leclerc lance un plan de progrès pour plus de bien-être animal

Le distributeur E. Leclerc lance le niveau 2 de sa filière porcine exclusive. Douze éleveurs se sont engagés dans la démarche avec la promesse d’un prix du porc indexé sur le coût alimentaire.

Depuis le 1er janvier 2019, E. Leclerc a lancé une nouvelle filière nommée Collectif niveau 2. Cette filière est basée particulièrement sur une démarche de progrès en faveur du bien-être animal. Doivent être privilégiés des équipements libérant les truies en maternité, des bâtiments comprenant des fenêtres pour éclairer les salles avec de la lumière naturelle, et des objets organiques manipulables. Ces items s’ajoutent aux critères des autres niveaux de qualifi cation du cahier des charges Collectif fi ers de nos fi lières qui s’appuient aussi sur un plan de progrès pour monter le niveau d’exigences des élevages. Le socle de base contient plus de 200 critères portant sur l’Homme, l’animal et la planète. Le Collectif niveau 1 impose une alimentation sans OGM, et proscrit l’usage d’antibiotiques systématiques à partir de quarante-deux jours d’âge. Les douze éleveurs(1) engagés dans cette nouvelle filière (cinq dans les Côtes-d’Armor, cinq dans le Morbihan, un dans le Finistère et un dans la Manche) s’engagent sur une durée de trois à cinq ans. Le pourcentage de porcs contractualisables dépend de quatre critères mis en place en élevage : les cases maternité liberté, la libération des truies après insémination, une lumière naturelle dans les salles et l’accès des porcs charcutiers à l’air libre. L’abatteur table sur une production de 100 000 porcs par semaine en 2019, le temps de valider le cahier des charges, sur une période prévue de douze à dix-huit mois. En contrepartie, les éleveurs bénéficieront d’une rémunération spécifique.

1,60 euro du kilo de carcasse en février 

« Le prix de base est déconnecté de la cotation du MPB. Il est indexé sur la valeur du coût alimentaire rendue publique chaque mois par l’Ifip, explique Pascal Leroy, responsable de la filière porc chez Kermené. En janvier, le prix payé aux eleveurs se situait à 1,50 euro du kilo de carcasse en moyenne, toutes plus-values comprises(2). Il pourrait atteindre 1,60 euro en février, compte tenu de la hausse du prix de l’aliment prévue. » Kermené et le Mouvement E. Leclerc n’ont pas travaillé seuls à la définition de ce niveau 2 de leur collectif. « C’est le fruit d’un travail de plusieurs années conduit sur les niveaux précédents du cahier des charges », poursuit Pascal Leroy. Pour cette dernière évolution, nous avons collaboré avec les éleveurs et leurs groupements, mais aussi les consommateurs, des ONG et les magasins. Au travers du Collectif niveau 2, le mouvement E. Leclerc et Kermené ont voulu, disent-ils, mettre sur pied une « filière inédite (qui) réinvente un modèle de production plus vertueux pour l’Homme, l’animal et la planète ». Elle symbolise « l’engagement du mouvement E. Leclerc dans la dynamique impulsée par les états généraux de l’alimentation […] et sa volonté d’agir en faveur d’une agriculture française et de soutenir l’ancrage régional de la production ». Une enseigne qui veut, dit-elle, être le bon élève des États généraux de l’alimentation.

« Ce contrat va pérenniser notre investissement »

 Du côté des éleveurs engagés dans la démarche, dont quelques-uns étaient présents lors de sa présentation, c’est un satisfecit général. Certains disposent déjà des équipements visés par le cahier des charges, notamment des cases en maternité-liberté. D’autres réfléchissent à s’en doter. Tous disent que le prix proposé par le contrat va sécuriser leur activité. « Nous sommes équipés depuis 2016 d’une maternité-liberté. Ce contrat va clairement pérenniser notre investissement », explique Anne Perrot, éleveuse avec son mari d’un élevage de 400 truies à Plourhan, dans les Côtes-d’Armor. Naisseur engraisseur à Isigny-le-Buat, dans la Manche, Jérôme Orvain évoque, lui, son choix de «travailler en réponse aux attentes sociétales ». Jean-Marcel Urvoy, à la tête d’un élevage de 650 truies naisseur engraisseur, dans les Côtes-d’Armor, avec deux associés, souligne le fait qu’un outil modernisé, répondant à la demande du marché « doit faciliter sa transmission pour l’avenir » 

Une gamme de treize références dans les rayons

L’industriel, lui, a déjà défini la manière de valoriser cette viande. Elle sera transformée en salaisons et vendue à partir de février dans sa gamme de charcuterie « Nos recettes privilège » au rayon frais emballé. Une gamme de treize références aux allégations « Saveur » qui, avec l’estampille « Juste et bon », évoque désormais des valeurs de développement durable au travers des mentions suivantes : rémunération de l’éleveur basée sur le coût de production, démarche d’amélioration des conditions d’élevage, et porcs nourris sans OGM et élevés sans traitements antibiotiques après le 1er âge (42 jours). Sur un marché global de la charcuterie en recul de 2,9 % en 2018, seules les gammes aux allégations certifiées progressent, selon Kermené. En année 1, l’entreprise vise la commercialisation de 4,5 millions d’unités de vente pour 13 millions d’euros de chiffre d’affaires. L’abatteur n’écarte pas l’idée, dans un second temps, de valoriser la viande issue des animaux du Collectif niveau 2 en rayon boucherie. 

(1) Les éleveurs engagés dans cette démarche sont adhérents des groupements Syproporcs, Elpor, Porc Armor et Evel’up
La viande sera valorisée par la gamme Nos recettes privilège avec l’estampille Juste et bon.
 
 
 

Avis d’expert

Christine Roguet, agro-économiste à l'Ifip

"Une montée en gamme orientée et financée par le marché"

"La démarche Collectif de Leclerc s’inscrit parfaitement dans le mouvement de segmentation du marché du porc, en particulier sur des critères de bien-être et santé animale, que l’on observe depuis quelques années dans le Nord de l’Europe. S’y ajoute des critères de rémunération des producteurs, une autre attente des consommateurs. Entre la production standard et le bio, le consommateur se voit proposer différents segments de produits qu’il achète – ou pas – en fonction des arbitrages qu’il fait entre ses convictions, le prix, le goût, etc. L’objectif est une montée en gamme orientée et financée par le marché, plutôt que de nouvelles réglementations. Le succès auprès du consommateur d’une telle démarche dépend de la confiance dont elle jouit (transparence sur le cahier des charges, caution d’une ONG, contrôle (tiers), de sa visibilité (communication) et du prix du produit (premier critère de choix). À plus long terme, on peut imaginer un étiquetage unique du mode de production comme l’ont décidé cette année les distributeurs allemands pour la viande fraîche."

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