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Laurent Dartois construit un élevage de porcs innovant pour répondre aux demandes sociétales

Laurent Dartois a intégré dans sa réflexion l’évolution des demandes sociétales pour mener à bien son nouveau projet d’élevage. Mais sans compromis sur l’exigence technique et sanitaire.

Laurent Dartois. « Nous avons pris en compte toutes les composantes du bien-être animal. » © D. Poilvet
Laurent Dartois. « Nous avons pris en compte toutes les composantes du bien-être animal. »
© D. Poilvet

« Quand on a un nouveau projet, quoi de plus naturel que d’être à l’écoute des demandes sociétales pour adapter son mode de production et le bâtiment qui va avec ? » C’est dans cet état d’esprit que Laurent Dartois éleveur à Guitté dans les Côtes-d’Armor, a établi un cahier des charges totalement innovant pour son nouvel élevage en cours de construction sur une exploitation de 200 hectares. « Nous avons pris en compte toutes les composantes du bien-être animal », précise-t-il. Il n’y aura aucune contention d’animaux. La surface par porc sera en moyenne de 2 m2. La paille sera utilisée à tous les stades physiologiques. La caudectomie, la castration et l’épointage des dents ne seront pas pratiqués.

« Avec mes salariés, nous avons également étudié des solutions pour limiter la pénibilité du travail », explique l’éleveur. Pas question en effet de concevoir un élevage où les salariés ne retrouvent pas des conditions au moins aussi bonnes que celles d’un élevage conventionnel. Enfin, Laurent Dartois a négocié avec le groupe Les Mousquetaire d’Intermarché un prix de vente qui couvre l’ensemble des surcoûts. « L’objectif est de produire à des niveaux de performances techniques et sanitaires identiques à celles d’un bâtiment conventionnel. Mais les dépenses supplémentaires d’investissement, avec notamment une surface couverte importante (1 hectare au total), imposent de sécuriser le prix de vente des porcs charcutiers. » Au total, le montant de l’investissement sera de 5 millions d’euros.

Air filtré et sevrage sur place pour le naissage

Le nombre de porcs produits a été calculé en fonction de la SAU de l’exploitation. L’objectif étant de couvrir les besoins alimentaires des animaux et d’avoir un plan d’épandage autonome. « Avec 200 hectares, je pourrai produire 7 000 à 8 000 cochons à partir d’un cheptel de 300 truies. » La partie naissage sera sous air filtré pour assurer un sanitaire de haut niveau et produire sans antibiotiques. Les truies en maternité logeront dans des cases liberté. Les porcelets seront sevrés sur place et séjourneront dans ces salles jusqu’à leur passage en engraissement. « Cette conception limite fortement le stress du sevrage et contribue à la démédication. Elle réduit aussi la pénibilité du travail le jour du sevrage. » La surface des cases de maternité a été calculée selon des besoins des porcelets de 70 jours : 0,4 m2 pour 14 porcelets par portée, soit 5,6 m2 par case. Les truies sevrées ne seront pas entravées en verraterie. L’éleveur va investir dans le système Smart Breeding de la société québécoise Ro-Main qui détecte à partir de caméras le meilleur moment de l’insémination grâce à l’intelligence artificielle. De ce fait, une seule insémination suffit.

Gérer le risque de contamination par la paille

En engraissement, les porcs seront logés sur paille. « Il faudra gérer le risque de contamination des animaux via la paille par la faune sauvage les mycotoxines, en optimisant les pratiques culturales et en utilisant des procédés de ramassage innovants permettant d’éviter les contacts avec le sol. » Le fumier sera évacué par raclage. Il sera valorisé par une unité de méthanisation.

Le choix de la génétique mâle permettant de travailler sur la qualité de la viande n’a pas encore été fait. Pour Laurent Dartois, également sélectionneur Large White sur un autre site, cet aspect est important. Mais il sera rapidement réglé. « Nous avons sous la main toutes les génétiques possibles pour nous adapter à la demande des consommateurs. »

Un circuit de visite est prévu pour faire découvrir l’élevage à des personnes extérieures. « Nous devons montrer ce que nous faisons pour être crédible. L’objectif est littéralement de « taper dans l’œil » des visiteurs. » Laurent Dartois a aussi pour projet d’identifier ses porcs charcutiers avec des puces RFID afin d’assurer leur traçabilité, « et pourquoi pas mettre en place un système de parrainage qui permettrait aux consommateurs un suivi de l’animal de sa naissance jusqu’à l’abattage ». Les idées ne manquent pas pour faire décoller ce mode de production alternatif.

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