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La viticulture du Languedoc-Roussillon, modèle pour l’élevage porcin

Dans les années 1970, les viticulteurs de la région Languedoc-Roussillon ont décidé de mettre en avant la qualité et la différenciation. Un modèle qui pourrait inspirer l’élevage porcin.

Invité à l’assemblée générale d’Aveltis à Carhaix le 25 mai dernier, Boris Calmette, viticulteur dans l’Hérault et président des Vignerons coopérateurs de France, a expliqué comment les viticulteurs de sa région ont réussi à pérenniser leur revenu en passant d’une production de volumes trop dépendante des aléas des marchés à des vins destinés à des marchés plus rémunérateurs. Une évolution dont certains aspects pourraient, selon Philippe Bizien, le président d’Aveltis, servir d’exemple au modèle porcin breton.

De la stratégie du « bouc émissaire » à une politique de dialogue constructif

Jusque dans les années 70, les viticulteurs du Languedoc-Roussillon produisaient un vin de qualité moyenne en grande quantité. Les revenus des vignerons étaient très fluctuants. « La surproduction et la concurrence des vins italiens et espagnols entraînaient des crises importantes, et des revendications musclées de la part des viticulteurs, toujours prompts à reporter la faute aux autres : les concurrents, l’État, l’Europe. C’était la stratégie du bouc émissaire », souligne Boris Calmette. Il a fallu la mort d’un CRS et d’un vigneron en 1976, lors d’une manifestation particulièrement violente, pour que les choses évoluent enfin. « Sous le choc de cet événement, la profession a décidé de prendre sa destinée en main », explique le responsable professionnel. « Nous sommes passés d’un syndicalisme de barricades à une politique de dialogue constructif avec nos partenaires, et à une production résolument tournée vers la qualité, moins soumise à la concurrence et moins dépendante des subsides européens. »

Cette orientation s’est parfois faite dans la douleur, avec notamment une baisse importante du nombre d’exploitations (66 000 en 1974, 16 000 aujourd’hui). La moitié du vignoble languedocien a été arrachée définitivement ou renouvelée en cépages de meilleure qualité. Le nombre de coopératives est passé de 552 en 1960 à 204 en 2015. Mais les chiffres actuels sont révélateurs : 89 % du vignoble est désormais produit sous signes de qualité, IGP (Indication géographique protégée), AOP (Appellation d’origine protégée) et AOC (Appellation d’origine contrôlée) essentiellement. « Aujourd’hui, grâce à ce changement de stratégie, les viticulteurs du Languedoc-Roussillon vivent bien de leur profession », affirme Boris Calmette.

Pour mener à bien le virage de la qualité, les rendements à l’hectare ont été volontairement réduits et des cahiers des charges ont été établis. Parfois trop, ce qui a conduit à une baisse de revenus dans les années 90, le prix de vente ne couvrant plus les coûts devenus trop élevés. « Nous avons alors différencié notre production pour mieux répondre aux besoins des différents marchés, en vendant des vins moins coûteux à produire. »

Oubliée l’image de « bibine » des vins du Languedoc-Roussillon

Le succès des ventes de vin du Languedoc-Roussillon s’explique aussi par une communication efficace, qui joue sur l’histoire de la région, sa culture, son image. « Juste après le prix et la couleur du vin, c’est l’étiquette et ce qui est écrit dessus qui fait vendre », souligne-t-il. Une stratégie qui a fait oublier en 25 ans l’image de « bibine » que le grand public portait aux vins produits en Languedoc-Roussillon.

Malgré ce virage réussi, la profession estime que la situation doit encore évoluer. « Nous sommes encore trop nombreux à vendre nos produits, face à très peu de négociants », estime Boris Calmette. Pour lui, le regroupement des coopératives et l’intégration dans leur giron des activités d’aval (négociants-assembleurs) sont essentiels pour pérenniser leur activité. Une impulsion a été donnée récemment par l’Union In Vivo, le premier groupe coopératif français, dont l’objectif est de fédérer les coopératives vinicoles pour mieux valoriser l’offre vin française en France et à l’international. Boris Calmette estime aussi que la contractualisation sur des volumes, des prix et la durée sera très prochainement le seul moyen d’installer des jeunes. « Des négociations entre la profession et certains gros négociants devraient aboutir l’année prochaine. » Enfin, selon lui, une convergence des cahiers des charges avec celui du bio se fera probablement dans les quinze années à venir. « En viticulture, nous avons de la chance, car la technologie peut nous aider à atteindre cet objectif, avec la mise au point de nouveaux cépages hybrides résistants aux maladies. » Pour lui, cette évolution est incontournable pour tenir compte des exigences environnementales des consommateurs. « Le principal enjeu des prochaines années est d’allier compétitivité et respect de l’environnement », conclut-il.

En chiffres

La viticulture du Languedoc-Roussillon

Premier vignoble de France (30 % du vignoble national)

236 000 hectares

13 millions d’hectolitres produits chaque année

63 % de vin rouge, 18 % de rosés et 19 % de blancs

20 % d’AOC-AOP, 70 % d’IGP, 10 % de SIG (sans indication géographique)

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