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La Russie à l'heure des grands chantiers

Pour tendre vers son autosuffisance en viande de porc, la Russie développe à marche forcée la création d’élevages par modules de 5 000 truies, s’inscrivant dans des filières verticales complètes.

Jan Peter Van Fer,eij, économiste à l'Ifip
Jan Peter Van Fer,eij, économiste à l'Ifip
© cg

Des complexes de milliers de truies qui sortent de terre, des milliers d’hectares de cultures, l’usine d’aliment, l’abattoir et les magasins, le tout avec des capitaux privés, c’est le modèle de développement porcin qui se met en place en Russie.

 

Voilà le message passé au coursde la journée organisée par Adisseo à Paris le 5 février (voir page 48), au travers des présentations de Jan Peter Van Ferneij, économiste à l’Ifip, et Philippe Gréau, consultant et manager d’un complexe porcin situé à 400 km de Moscou, Veli- kolulsky Svinovodchesky.

 

Si le gouvernement encourage ce développement à tout va, c’est avant tout pour satisfaire une demande croissante de la population en viande de porc. Jan Peter Van Ferneij précise que la consommation intérieure a doublé en douze ans, passant de 1,6 million de tonnes en 2 000 à plus de 3 millions en 2012. Dans le même temps, la production qui s’était effondrée entre 1990 et 2000 a régulièrement progressé, mais pas au même rythme que la demande.

D’où des importations croissantes de la Russie pour nourrir sa population.
Le pays a importé 650 000 tonnes en 2012, essentiellement d’Europe (don til est le second débouché après la Chine) et du Brésil (respectivement 260 000 et 200 000 t), mais aussi des Etats-Unis et du Canada.

Une situation que le gouvernement ne souhaite pas voir perdurer. D’où, selon certains observateurs, le retrait d’agréments d’abattoirs sous des prétextes sanitaires (plus ou moins avérés ?) et, récemment l’interdiction d’importation de viande de porcs ayant reçu l’anabolisant Ractopamine.

Une décision qui a conduit le Brésil et le Canada à cesser cette pratique pour ce marché, tandis que les Etats-Unis entendent faire valoir la position de leur administration (Food and Drug) niant tout problème lié à cette molécule.

Le développement à grande échelle de la production porcine intérieure est donc encouragé par le gouvernement au travers de subventions et d’une fiscalité avantageuse.

 

« Sachant qu’en Russie, il y a de l’ar-gent ! », témoigne Philippe Gréau. De l’argent provenant de l’énergie, (gaz, pétrole...) et autres secteurs d’activité aux mains de puissants hommes d’affaires. Ils voient dans cette production une opportunité à saisir et développent des complexes tota- lement intégrés, allant de l’achat de terres jusqu’à la distribution de viande dans leurs propres magasins. Jan Peter Van Ferneij précise que chaque région veut développer ce type de production. De tels complexes se créent en particulier dans les zones céréalières, et à une relative proximité des grandes villes. Philippe Gréau rapporte pour sa part que les nouveaux complexes tendent à se développer progres- sivement vers l’Est, « suivant la route du Transsibérien."


Si la volonté politique et les capitaux sont bien là, le savoir-faire, lui est inexistant, selon les observateurs. C’est pourquoi les investisseurs se tournent vers l’Allemagne, la France, les Pays-Bas, l’Amérique du Nord... Pour leur apporter quasiment « clés en main » les outils de production rassemblant les toutes dernières technologies, comme en témoigne Philippe Gréau ».

Ce développement signe aussi la disparition des petits élevages, incapables de rivaliser avec ces megas élevages.

« Le prix du porc payé a chuté de 33 % en six mois », annonce Jan Peter Van Ferneij. Une chute insupportable pour les petits producteurs « indépendants », mais gérable par les complexes d’intégration qui, eux, peuvent jouer sur les différents centres de profit.

Le coup de grâce des petits producteurs russes viendra aussi peut-être de l’épidémie de peste porcine africaine qui se répand dans le pays et que les autorités sanitaires parviennent difficilement à maîtriser.

Jan Peter Van Ferneij prévient qu’il s’agit pourtant d’un problème majeur à résoudre« si les Russes veulent atteindre leur objectif d’autosuffisance en 2020 et, même, pourquoi pas, devenir exportateur de certaines pièces, notamment vers la Chine ! Mais il reste bien du chemin à parcourir pour en arriver là », prévient-il.

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