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Encore peu de réalisations
La méthanisation à la ferme à la recherche d’un second souffle

Le salon Biogaz Europe qui a eu lieu à Rennes les 25 et 26 janvier dernier a témoigné de la dynamique de ce secteur d’activité en pleine expansion. Mais les installations à la ferme sont encore peu nombreuses.

L’édition 2017 du salon Biogaz Europe s’est installée cette année dans les halls 7 et 8 du parc-expo de Rennes pour accueillir 231 exposants et 3 000 visiteurs sur deux jours. Une fréquentation en hausse, qui témoigne d’une filière en plein essor qui arrive aujourd’hui à maturité. Cependant, l’ambiance était totalement différente du Space, puisque seulement un tiers des visiteurs sont agriculteurs. Car les porteurs de projets viennent de tous les horizons : industriels, collectivités locales, mais aussi et de plus en plus souvent des groupes de personnes associées ou des entreprises partenaires.

Des unités à la ferme de petite taille

Sur les 129 unités de méthanisation en fonctionnement ou en construction en Bretagne et Pays de la Loire, les installations à la ferme constituent un peu plus de la moitié du total des réalisations. Mais elles représentent moins du quart de l’énergie primaire produite. La plupart des unités agricoles ont une puissance installée comprise entre 100 et 300 kW électrique (kWe), alors que certaines unités industrielles dépassent 1 000 kWe. Elles fonctionnent principalement à partir des effluents des élevages (73 % des apports de substrat en moyenne pour les installations individuelles).

Les nouveaux tarifs favorables aux petites installations à la ferme

Le tarif de base est compris entre 15 c€/kWh pour les installations produisant plus de 300 kWe et 17,5 c€/kWh pour les moins de 80 kWe. À cela s’ajoutent 5 c€ au maximum de prime si les effluents d’élevage constituent 60 % des apports. Un agriculteur qui valorise ses effluents d’élevage avec une unité de moins de 80 kWe vendra donc sa production d’électricité au prix de 22,5 c/kWh. À noter que le tarif de base perdra 0,5 % tous les trimestres à partir du deuxième trimestre 2018, pour inciter les projets à sortir plus vite. Les contrats pourront être signés sur vingt ans, contre quinze auparavant, ce qui améliore la visibilité à long terme des investissements.

Le coût des installations augmente

Selon une analyse réalisée pour l’Ademe (1) et la région Bretagne portant sur 31 unités de méthanisation, les coûts de construction ramenés au kWe augmentent sensiblement depuis 2009, année des premières installations. "Les nouvelles entreprises présentes sur le marché ne tirent pas les prix à la baisse", constate Lionel Tricot, qui a dirigé cette étude. Il faut compter aujourd’hui entre 8 000 et 11 000 €/kWe, selon le niveau d’autoconstruction et d’équipements déjà présents (fosses à lisier, télescopique…)

Quatre scénarios pour développer la méthanisation

Selon une prospective réalisée par l’Ademe, deux principaux paramètres vont influencer le développement de la méthanisation dans les années à venir : la gestion des approvisionnements (locale ou globale), et la valorisation des produits issus de la méthanisation (digestat, biogaz, chaleur), simple ou multiple. La forme de méthanisation la plus simple est représentée par une méthanisation à la ferme qui limitera ses approvisionnements à une zone géographique restreinte. L’éleveur se limitera à épandre son digestat brut et à transformer le biogaz en électricité. À l’opposé, certaines unités industrielles de taille importante pourront gérer une quantité plus importante de ressources, sans limite géographique, et intégrer les produits issus de la méthanisation à d’autres systèmes de production industrielle pour mieux les valoriser.

Une révolution à faire dans le monde de l’élevage

Il existe un gisement important d’énergie disponible dans les élevages encore très mal exploité. La filière pourrait produire un tiers de la consommation européenne de gaz, et le quart de celle de la France. Mais Jean-Marc Onno, éleveur de porcs et méthaniseur dans le Morbihan, pointe du doigt un enjeu majeur : "on n’a pas réussi à faire passer le message de la production d’énergie auprès du monde de l’élevage. Il y a là une révolution qui ne s’est pas faite". Et le producteur d’énergie d’insister : "si on ne met pas les moyens et les installations adéquates pour récupérer le lisier frais, plus méthanogène que du vieux lisier, on va encore perdre une guerre ! Pourtant, la méthanisation pourrait sécuriser économiquement les filières d’élevage".

Vers une meilleure rentabilité

Si la rentabilité des premières installations a pu être difficile à atteindre, plusieurs éléments incitent à l’optimisme. Actuellement, les digestats ne sont que rarement valorisés, puisqu’ils sont considérés comme un déchet. C’est un enjeu important de rentabilité. L’autre enjeu, c’est la chaleur et sa valorisation. Selon Hervé Gorius, qui intervient pour les Chambres d’agriculture, l’idéal serait d’entrer dans une "économie circulaire du déchet vert". Il faudrait séparer les déchets pour mieux les valoriser au lieu de les mélanger. C’est un enjeu essentiel à l’échelle des territoires. La filière biogaz atteint aujourd’hui un premier stade de maturité. Sur le moyen terme, la plupart des projets atteignent leurs objectifs de rentabilité.

(1) Ademe : Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie

"L’agriculteur doit capter la valeur ajoutée de la méthanisation"

Trois questions à Jean-Jacques René, responsable du dossier énergie GES pour la chambre d’agriculture de Bretagne.

Le nombre de projets de méthanisation à la ferme reste modeste. Quels sont les principaux obstacles à leur développement ?
Jean-Jacques René - Les différentes crises n’ont pas incité les éleveurs à investir. Il faut déjà une quantité de biomasse importante et de la surface pour envisager un projet à la ferme. Les projets de méthanisation étaient difficilement rentables surtout pour les petites puissances. Aujourd’hui nous avons en plus une forte concurrence sur le gisement des déchets agro industriels complémentaires ce qui peut être pénalisant sur certains territoires. De plus, l’obligation de valoriser une part importante de chaleur était un handicap vu les faibles besoins à la ferme.
Les nouveaux tarifs de rachats de l’électricité parus en décembre sont-ils de nature à dynamiser le développement de nouvelles unités ?
J.-J. R. - Oui, ils peuvent relancer de nouveaux projets. De même, de nouveaux collectifs autour de projets d’injection ou même de cogénération peuvent encore émerger. Toutefois si on veut vraiment que le développement de la méthanisation prenne de l’ampleur l’offre doit être plus diversifiée pour s’adapter aux besoins des agriculteurs et des territoires. Des options comme le biogaz porté ou la petite méthanisation doivent notamment devenir de réelles opportunités pour les éleveurs.
Quelles perspectives voyez-vous pour la méthanisation à la ferme dans les années qui viennent ?
J.-J. R. - Développer la méthanisation à la ferme ce n’est pas seulement produire de l’énergie renouvelable. C’est aussi économiser des énergies fossiles en brûlant le biogaz ou en produisant demain du biocarburant, limiter les gaz à effet de serre en couvrant les fosses, ou mieux gérer sa fertilisation organique. Il faut donc consolider des options techniques à petite échelle comme, par exemple, la couverture Nénufar, actuellement en test à Guernevez. Mais surtout il faut trouver comment valoriser au mieux l’ensemble des services environnementaux rendus en diversifiant les modalités de soutien financier (certificats verts, crédit carbone…). L’objectif est que l’agriculteur garde la valeur ajoutée pour conforter son revenu. La Chambre d’agriculture de Bretagne doit être force de proposition en ce sens auprès des financeurs.
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