Aller au contenu principal

Porc : Actualité agricole et agroalimentaire de la filière porcine dédiée aux agriculteurs, éleveurs de porcs.

E-mailPrintFont SizeFacebookTwitter

La leptospirose est source de problèmes de reproduction

Une étude terrain conduite par l’équipe vétérinaire Triskalia prouve que la leptospirose est impliquée dans de nombreux élevages confrontés à des problèmes de reproduction. Le point sur une pathologie sans doute sous-estimée.

Sur 49 élevages naisseur-engraisseurs confrontés à des problèmes de fertilité, avortements ou augmentation du nombre de mort-nés, plus de la moitié (51 %) se sont révélés « positifs » vis-à-vis de la leptospirose. Et au sein de ces élevages positifs, 58 % des truies étaient séropositives vis-à-vis de la bactérie. C’est ce qu’ont observé les vétérinaires Triskalia sur la base d’observations cliniques et de sérologies des truies au cours de l’année 2014, dans le cadre d’une étude pilotée par Marianne Bertrand. Ils concluent donc que la leptospirose est un facteur ou un co-facteur important dans les problèmes de reproduction, et très probablement en hausse depuis plusieurs années. Au laboratoire de Lyon qui fait référence en matière de sérologie « leptospirose », le taux de résultats positifs est passé de 3,4 % en 2009 à 21 % en 2013.

Les vétérinaires expliquent en grande partie ce « regain » de leptospirose par la mise en groupe des truies gestantes. Pour le comprendre, il faut rappeler les caractéristiques de l’agent pathogène et sa propagation dans l’élevage.

L’agent responsable est une bactérie, la leptospire, dont il existe une centaine de sérotypes. Chez le porc, les plus courants sont Icterohaemorragiae et Australis. Elles peuvent passer inaperçues. Mais elles peuvent aussi provoquer des signes cliniques essentiellement des avortements, mort-nés et/ou portées de petites taille. Car les leptospires peuvent traverser la barrière placentaire à certains stades de la gestation. En début de gestation, elles conduisent à des mortalités embryonnaires suivies de retours en chaleur ou de portées de petite taille. Dans la dernière phase de gestation, elles sont responsables d’avortements, de momifiés ou de porcelets chétifs.

Les voies d’infection par les leptospires sont essentiellement les muqueuses digestives, respiratoires ou génitales. Une de leurs caractéristiques est qu’elles sont excrétées dans les urines et les secrétions génitales, jusqu’à cinq mois après l’infection. On comprend donc que la mise en groupe des truies, avec les contacts entre elles qu’elles n’avaient pas étant bloquées, explique en grande partie cette apparente « recrudescence » de la maladie.

La technique analytique de référence est la MAT, test sérologique (Micro Agglutination Test) qui détecte la présence d’anticorps. Mais les spécialistes s’accordent aujourd’hui sur le fait qu’elle manque de sensibilité. Autrement dit, elle est source de « faux négatifs », à savoir des truies infectées qui s’avèrent séronégatives. En revanche, la PCR sur des organes, le plus souvent des porcelets (momifiés, mort-nés…) permet de détecter plus finement la présence de la bactérie. Nathalie Pérez en a fait le constat en janvier 2015, dans un élevage de 80 truies, où le nombre de porcelets momifiés augmentait anormalement, et la fertilité chutait (jusqu’à 29 % sur une bande). Toutes les sérologies étaient négatives vis-à-vis de la leptospirose. Mais la PCR mettait bien en évidence la présence de leptospires sur les porcelets momifiés, et ceci à plusieurs reprises. Le traitement antibiotique adapté a permis de résoudre les problèmes de reproduction. « Comme dans les trois-quarts des cas », précise Pascal Fourchon.

Dans l’attente d’un vaccin

La solution antibiotique est en effet la seule dont disposent les vétérinaires à ce jour. Du moins en France, car dans certains pays, un vaccin est autorisé. Pour autant, il n’y est pas généralisé, et le recours à l’antibiothérapie reste de mise. Avec une difficulté liée au fait que certains sérotypes de leptospires (Leptospira Bratislava) peuvent persister dans le tractus génital des truies non gestantes. Ce qui explique des « rechutes », comme l’ont constaté les vétérinaires Triskalia dans de nombreux élevages où le traitement antibiotique avait réglé les problèmes de reproduction jusqu’à ce que de nouveaux signes cliniques réapparaissent quelques semaines plus tard.

Sources : Triskalia, Suis (N° 125 et 126).

 

 

 

Avis d’expert

Pascal Fourchon, vétérinaire Triskalia

« Biosécurité et traitements appropriés, les deux piliers contre la leptospirose »

"Compte tenu des caractéristiques des leptospires, leur mode de propagation, les conditions de leur multiplication (milieu humide…), des règles de conduite et de biosécurité sont essentielles dans les élevages infectés. Nous recommandons de réformer systématiquement toute truie après deux échecs à l’IA car, infectées chroniques, elles présentent un risque fort de contamination des autres truies. La contamination des cochettes ne doit pas être faite avec des délivres, et nous déconseillons la saillie naturelle, la bactérie étant présente dans le sperme. En verraterie-gestante, il est important de travailler sur l’hygiène des sols, la ventilation, le lavage-désinfection entre les bandes en gardant à l’esprit que la bactérie est très présente dans les déjections au sol et en milieu humide. D’où l’importance des mesures qui peuvent limiter sa propagation : laver le racloir, les bottes, installer des pédiluves ou pédichaux… Enfin, outre la qualité bactériologique de l’eau d’une manière générale, la chasse doit être faite aux rongeurs qui sont aussi porteurs de la bactérie.

Deuxième pilier de la lutte contre la leptospirose, le traitement prescrit par le vétérinaire devra souvent être répété, car l’antibiotique stoppe la multiplication des leptospires, mais ne permet pas l’éradication. À l’arrêt du traitement, la multiplication peut reprendre à partir des "réservoirs" de l’élevage. C’est pourquoi les espoirs reposent à présent sur la disponibilité d’un vaccin, en principe annoncé pour 2017. »

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Réussir porc.

Les plus lus

Vignette
Les chambres d’agriculture mesurent l’autonomie protéique des élevages

Les chambres d’agriculture de Bretagne et des Pays de la Loire ont présenté en juin dernier les résultats de leurs…

Vignette
Les EGalim n’ont pas modifié les règles du commerce
À l’assemblée générale d’Inaporc, les représentants des collèges composant l’interprofession ont mis en avant l’impact quasiment…
Vignette
La chambre d’agriculture de Bretagne teste les lampes régulées sur niches en maternité
Selon un test réalisé par la chambre d’agriculture de Bretagne, des lampes régulées sur niches en maternité permettent une…
Vignette
Les bons gestes pour optimiser la conservation des céréales
La chambre d’agriculture de Bretagne rappelle les principales actions à réaliser pour bien conserver les céréales stockées dans…
Vignette
Imévia agrandit son CIA de Châtelain
Le distributeur français de la génétique Hypor a présenté son centre d’insémination artificielle modernisé du site mayennais du…
Vignette
Toolbox de l’Ifip audite les bâtiments sur smartphone
L’application Toolbox mise au point par l’Ifip (1) propose quatre calculettes pour un autoaudit simple et rapide de la…
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 8€ TTC/mois
Liste à puce
Version numérique de la revue Réussir Porc
2 ans d'archives numériques
Articles en libre accès
Newsletter Filière Porcine
Newsletter COT'Hedbo Porc (tendances et cotations de la semaine)