Aller au contenu principal
Font Size

La grippe ne connaît plus de saison

Les passages grippaux n’ont plus le caractère saisonnier qui les caractérisait par le passé. Outre la forme « classique », la grippe peut être aussi présente sous une forme récurrente, principalement en post-sevrage, mais aussi sur le troupeau de reproducteurs.

On connaît l’épisode de grippe dite « classique » qui arrive brutalement dans un élevage, « cloue » la majorité des animaux qui présentent de l’hyperthermie, de l’anorexie, l’épisode durant généralement de 48 à 72 heures.

Mais depuis quelques années, la grippe se manifeste aussi dans certains élevages de façon récurrente, avec des passages successifs sur quasiment chaque bande et pratiquement toujours au même âge, le plus souvent en post-sevrage, sur des porcelets de 6-8 semaines. Elle se traduit généralement par des éternuements, de la toux, de l’hétérogénéité au sein des bandes, et de l’hyperthermie. Gaëlle Simon, de l’Anses Ploufragan, rapporte au cours de la journée consacrée à cette pathologie (1) qu’en 2012, 40 % des cas de grippe se présentaient sous cette forme.

Des travaux récents conduits par l’Anses ont permis de mieux comprendre cette forme de la maladie. Charlie Cador démontre en premier lieu que, dans des élevages confrontés à cette grippe récurrente, plusieurs sous-types viraux peuvent circuler, ainsi que des "réassortants" associés, sans qu’il n’y ait de protection croisée entre eux. Par ailleurs, l’espagnol Gérard Martin du Crésa, autre intervenant à la réunion, confirme que des « sous-populations » au sein du troupeau constituent souvent un réservoir de virus. Ce sont des animaux qui ne présentent pas une immunité suffisante pour empêcher la propagation des virus. Les cochettes, les porcelets sous la mère et les porcelets en post-sevrage sont les principales sous-populations à risque au sein desquelles le virus grippal est régulièrement isolé, tout au long de l’année.

Par ailleurs, les recherches de l’Anses montrent que les anticorps maternels ne procurent pas au porcelet une immunité totale. Certes, ces anticorps colostraux qui peuvent être d’origine « sauvage » (infection de truies dans les élevages positifs) ou vaccinaux, limitent la « contagion ». Mais ils n’empêchent pas la propagation des virus grippaux. Ainsi, des essais conduits à l’Anses montrent qu’en l’absence d’anticorps maternels, un porcelet contaminé peut infecter 17 autres porcelets. Alors qu’en présence d’anticorps maternels, il n’en contaminera « que » 6. D’où une propagation différente selon le niveau d’anticorps maternels (voir schéma) : en leur absence, le virus se propage vite sur les porcelets et l’épisode de grippe est relativement court. Alors qu’en présence d’anticorps maternels, la maladie se propage plus lentement, pouvant expliquer des épisodes plus étalés dans le temps. On attend donc la suite de ces travaux annoncés par Charlie Cador.

Le rôle majeur des co-infectants

Toujours à l’Anses de Ploufragan, d’autres travaux ont montré l’importance des co-infections dans la sévérité des symptômes associés à la grippe. À partir d’observations de terrain et de données expérimentales, Nicolas Rose démontre que le virus de la grippe est clairement impliqué dans des syndromes respiratoires aigus. Et que l’impact le plus important est observé lorsque le virus de la grippe est présent en même temps que d’autres contaminants, surtout le SDRP et/ou le PCV2, avec pour conséquence des pleurésies, de la pneumonie et des baisses de croissance associées. Ainsi, au travers de quelques cas d’élevages, il souligne en outre l’importance de l’âge à l’infection, de la chronologie des contaminations sur les conséquences cliniques du virus et sur l’interaction avec d’autres pathogènes. Expérimentalement, un effet additif de la grippe et du mycoplasme est aussi démontré.

Un impact de la grippe sur la reproduction

Si la grippe récurrente est aujourd’hui bien identifiée sur les porcelets, voire les porcs charcutiers, le virus peut aussi être à l’origine de troubles sur le cheptel reproducteur. Mais, comme l’ont confirmé différents intervenants en France comme à l’étranger (1), les symptômes n’ont parfois rien de spécifique au virus grippal, « et feraient davantage penser à un problème de parvovirus ou autre pathogène plus fréquemment rencontré sur les truies », témoigne Marie Retureau, vétérinaire du réseau Cristal. Elle rapporte deux cas qu’elle a rencontré. Dans un élevage de 100 truies, les performances de reproduction étaient devenues « en dents de scie » avec une proportion croissante de mort-nés. Les analyses réalisées sur les truies ont confirmé la présence du virus grippal. La mise en place d’une vaccination a permis de redresser la situation, le pourcentage de mort-nés passant de 8,5 % à 6,4 %. Un autre élevage suivi par la vétérinaire affichait un nombre d’avortements trop élevé. Elle a tout naturellement dans un premier temps exploré toutes les causes possibles – SDRP, Circovirus, leptospirose, mycotoxines… – sans succès. Pour finir par suspecter le virus de la grippe, confirmer sa présence, et mettre en place une vaccination qui a permis de maîtriser la situation. « Face à un problème d’avortements diffus, la grippe n’est pas la première pathologie à laquelle nous pensons ! », avoue-t-elle.

Des coûts non négligeables

Compte tenu de l’impact très variable du virus de la grippe selon l’élevage, le stade d’infection, la présence d’anticorps, de pathogènes associés… il est évidemment bien difficile de chiffrer le coût de la maladie. En l’absence de données françaises, Paul Créac’h, responsable France du laboratoire IDT, s’appuie sur une publication nord-américaine (2) pour donner une idée de son impact (voir tableau) : 2,4 $ par porc pour un passage grippal, mais 7,7 $ lorsque le virus circule en même temps que le SDRP et 7,5 $ en présence de mycoplasme. « Même si les pathogènes, en présence, en particulier le SDRP, ne sont pas comparables avec ceux que nous avons en Europe, l’étude montre bien l’impact économique du virus de la grippe, qui peut être multiplié par trois en présence d’autres pathogènes."

(1) La grippe dans tous ses états, Ispaia et IDT, Ploufragan, 19 avril 2019.(2) Ripp, 2014
Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Réussir porc.

Les plus lus

Les auges d’alimentation sont réparties en quatre rangées sur le gisoir plein surélevé pour avoir un accès suffisant pour chaque porc.  © D. Poilvet
Un bâtiment bovin transformé en engraissement
Jean-François Osmond a rénové une ancienne stabulation laitière de 3 000 m2 pour en faire un engraissement de 700…
Dix groupements de l'Ouest s'engagent pour l'arrêt de la castration des porcelets

Dans un courrier adressé à leurs éleveurs en date du 23 juin, dix organisations de producteurs (1) de porc du Grand Ouest s'…

L’arrêt de la castration à vif, prochain défi de l’interprofession Inaporc.
Castration sous anesthésie, immunocastration ou élevage de mâles entiers ? Suite à l’annonce de Didier Guillaume d’interdire la…
Les références de prix allemands sont basées sur des poids de carcasse chaude, ce qui induit une erreur de 2,5% si on les compare avec les prix français basés sur les poids froids. © D. Poilvet
Le prix payé aux éleveurs de porcs français est bien déconnecté de celui pratiqué dans les autres pays de l’UE
La fédération nationale porcine démontre que le prix payé aux éleveurs français est très en retrait des prix pratiqués en Espagne…
La case Protek se pose comme le modèle standard du bien-être animal en maternité. © B. Plesse
I-Tek étoffe sa gamme de cases bien-être pour les truies en maternité
I-Tek refond entièrement sa gamme de cases maternité bien-être avec la commercialisation de trois modèles différents.
Les études démontrent des contaminations par les mouches à l'intérieur et à l'extérieur des bâtiments d'élevage. © Elanco
Les mouches peuvent transmettre la fièvre porcine africaine
Des études scientifiques démontrent le rôle important des mouches dans la transmission des maladies du porc.
Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 8,50€ TTC/mois
Liste à puce
Version numérique de la revue Réussir Porc
2 ans d'archives numériques
Accès à l’intégralité du site
Newsletter Filière Porcine
Newsletter COT’Hebdo Porc (tendances et cotations de la semaine)