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« Inscrivons-nous dans l’agro-écologie » conseille Jean-Yves Dourmad de l'Inra

Invité à la réunion organisée par Inaporc en avril sur l’impact environnemental de la production porcine, Jean-Yves Dourmad, chercheur à l'Inra Saint-Gilles (35), a plaidé pour que la filière se positionne dans un contexte d’agro-écologie et d’écologie industrielle. Vers une conception globale des systèmes de production.

Jean-Yves Dourmad : « Il faut créer de la diversité dans nos productions pour en accroître la robustesse et répondre aux diverses demandes. »
Jean-Yves Dourmad : « Il faut créer de la diversité dans nos productions pour en accroître la robustesse et répondre aux diverses demandes. »
© C. Gérard

. Qu’entendez vous par « l’agro-écologie et écologie industrielle » ?


L’agro-écologie consiste à stimuler des processus naturels pour réduire les intrants et favoriser la biodiversité. Tandis que l’écologie industrielle consiste à s’inspirer de ces processus pour boucler les cycles, recycler les déchets et valoriser les synergies entre les différentes activités à l’échelle d’un territoire. Il s’agit d’une économie circulaire qui met en boucle des activités agricoles et industrielles. Le but est de rechercher collectivement et en synergie des moyens de recycler les déchets et de valoriser les productions, par exemple d’énergie.


. Concrètement, comment la filière porcine peut-elle s’inscrire dans ces démarches ?


L’élevage de porc se diversifie et se trouve de plus en plus associé à d’autres activités comme le recyclage de co-produits, la production d’énergie, de biogaz, de fertilisants organiques… Les élevages créent ainsi un lien au niveau de leur territoire et sont donc déjà dans une démarche d’écologie industrielle. La filière porcine s’est aussi déjà engagée dans l’agro-écologie sans réellement mettre de mot dessus. La démarche de réduction de l’utilisation d’antibiotiques qui mobilise mieux les capacités d’adaptation de l’animal s’inscrit tout-à-fait dans l’agro-écologie. De même il suffit de mesurer le chemin parcouru en terme d’efficacité d’utilisation des nutriments : entre 1980 et aujourd’hui, les rejets d’azote ont baissé de 35 % et ceux de phosphore de près de 60 % pour un kilo de porc produit ! Les pratiques alimentaires, les modèles de prédiction des besoins des animaux, les nouvelles technologies comme la séparation de phase, les enzymes, la génétique… ont été autant de leviers de progrès dans la diminution des rejets. Mais il reste encore des marges de progrès.


. Vous voulez dire que des opportunités nouvelles existent en terme d’environnement ?


Des améliorations sont encore possibles, sachant que les progrès viendront avant tout d’approches plus globales qui restent à développer. Au niveau de l’élevage, ces progrès viendront par exemple de l’optimisation de l’ensemble culture-élevage-effluents, ensemble pris dans sa globalité. Mais nous devrons aussi développer des approches intégrées au niveau de l’ensemble de la filière et à l’échelle des territoires, en particulier pour la production d’énergie et de fertilisants organiques issus de l’élevage porcin. L’idée est de maximiser les recyclages des éléments et de valoriser l’énergie. Ce qui passera par des innovations technologiques mais aussi par une conception globale des systèmes à différentes échelles : de l’exploitation individuelle jusqu’à des organisations plus larges, territoriales ou de filières. D’où la nécessité d’innovations technologiques et organisationnelles.


. Ces orientations pourront-elles contribuer à une meilleure acceptation sociétale de la production porcine ?


Dans le cas de la production porcine, cette acceptation sera toujours très étroitement dépendante des questions relatives à l’environnement et au bien-être animal. Les systèmes de production optimums dépendront du contexte territorial dans lequel se trouve l’exploitation et de la filière dans laquelle elle s’inscrit. Nous pouvons schématiser les évolutions possibles autour de trois « archétypes » que l’on pourra qualifier de « durables » et qui peuvent se combiner entre eux : des élevages qui peuvent avoir un lien au sol et valoriser les rejets à l’échelle de l’exploitation et/ou du voisinage ; des élevages spécialisés produisant parallèlement au porc de l’énergie ou des fertilisants, par exemple grâce à une unité de méthanisation ; et enfin une production orientée vers des marchés spécifiques valorisant une image, des caractéristiques produits ou des modes de production différenciants.
L’enjeu consiste à présent à combiner ces différents schémas au sein de territoires ou de filières, bref, créer de la diversité dans nos productions pour en accroître la robustesse et répondre à la diversité de la demande.

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