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Du silo à l’auge, cinq mesures qui ont amélioré les performances

Corentin Bourdonnay et son technicien AliOuest ont engagé il y a deux ans une démarche de progrès pour améliorer les performances en engraissement. Pas à pas et en contrôlant chaque étape, ils ont réussi leur pari.

En moins de deux ans, les performances en engraissement de la SCEA Bourdonnay, à Glomel, ont toutes progressé : le GMQ (30-115 kg) est passé de 716 g/j à 824 g/j, l’indice de 2,78 à 2,55 et le taux de pertes et saisies de 3,2 % à 2,3 % (voir tableau).

Ce jeune naisseur-engraisseur de 310 truies à Glomel, dans les Côtes-d’Armor, travaillant avec ses parents depuis juillet 2013 a fait appel à Thierry Pichard, responsable service Innofaf, Aliouest, fournisseur de minéraux pour la fabrication des aliments à la ferme. L’objectif était de voir progresser les performances en engraissement. Jugées insuffisantes, elles devaient être améliorées d’un point de vue économique, mais aussi parce qu’elles étaient sources de surcharges, compte tenu de l’âge des porcs au départ à l’abattoir.

Outre l’intérêt de mesures prises de la confection des silos de maïs humide jusqu’à la distribution de la soupe, cette expérience est d’autant plus intéressante qu’elle s’est accompagnée de pesées systématiques, tous les 21 jours, de 7 auges de 22 à 32 porcs. « Je choisis une case « moyenne » de chaque bande et celle-ci est pesée à environ 80 jours, puis à 109, puis à 130 et 151 jours. Après, la pesée ne signifie plus grand-chose car les têtes de lot sont déjà parties », précise Corentin Bourdonnay. « Soit à ce jour plus de 4 000 porcs charcutiers pesés pour contrôler et mesurer l’impact des mesures mises en place », précise Thierry Pichard.

1 Améliorer la qualité du maïs ensilage

Des analyses de mycotoxines régulières réalisées en interne par AliOuest ont prouvé la présence de DON en quantités généralement toujours supérieures au seuil recommandé en nutrition porcine : à l’exception d’un lot à 81 ppb, tous les autres ont affiché des valeurs comprises entre 1070 et 3130 ppb. Avec un taux moyen d’incorporation de 40 % de maïs dans les formules croissance et finition, le seuil de 500 ppb dans l’aliment reconstitué était donc toujours dépassé. Ce qui expliquait des difficultés à faire consommer les porcs, surtout en début d’engraissement. La décision fut donc prise d’incorporer un capteur de mycotoxines (Olmix) à raison de 1 à 2 kg/t selon le niveau de contamination du maïs. Soit un coût de 10,5 €/tonne d’aliment reconstitué pour 2 kg/t. Parallèlement, les éleveurs (200 ha de SAU dont 70 ha de maïs) ont opté pour des variétés plus précoces dans ce centre Bretagne plutôt frais et pluvieux…

Par ailleurs, un conservateur d’ensilage (Biomin) est appliqué via une pompe (prêtée par AliOuest) pour améliorer la qualité des ensilages. Corentin et sa mère Patricia sont formels : cette pratique, nouvelle sur l’exploitation, s’est traduite par une conservation parfaite des tas. Coût du conservateur : 2 €/tonne de maïs, soit environ 0,80 €/tonne d’aliment reconstitué.

2 Surveiller les caractéristiques du maïs distribué

Des analyses réalisées au fil des semaines ont mis en évidence des variations du taux d’humidité importantes. « De 35,3 % à 42,60 % ! », précise l’éleveur. La décision a donc vite été prise d’investir dans un dessiccateur (environ 900 €). Chaque lundi, systématiquement, Corentin prélève un échantillon représentatif du front d’attaque du silo, place une vingtaine de grammes dans l’appareil qui, une demi-heure plus tard, affiche le résultat. L’éleveur corrige alors si besoin immédiatement les valeurs entrées dans le logiciel de préparation de la soupe.

3 Optimiser la distribution d’aliment dès la mise en engraissement

Les multiples pesées de porcs réalisées avec Thierry Pichard ont permis de mettre en évidence une très forte corrélation entre les croissances en début d’engraissement sur la même période et les performances sur toute la durée (voir courbe). En moyenne, les porcs qui réalisent une croissance inférieure à 700 g/j sur la première période auront un GMQ sur toute la période de 800 g/j. Tandis que si cette croissance des premières semaines est supérieure à 750 g/j, celle de l’ensemble de la période dépassera 850 g/j.

D’où les efforts engagés pour soigner ce démarrage en soupe. Pour « stimuler l’appétit », obtenir le maximum de consommation sur cette phase et éviter les problèmes digestifs qui pourraient survenir, nous avons pris la décision d’incorporer systématiquement dans le minéral un probiotique (Levures Bactocell de Lallemand), pour un coût de 5,5/tonne d’aliment reconstitué. « L’effet a été assez remarquable », affirment l’éleveur et son technicien.

Par ailleurs, le suivi des consommations est strict. Chaque matin, Corentin surveille le premier repas et note chacune des auges sur un carnet qu’il juge précieux. Ce petit carnet proposé par AliOuest est simple : trois colonnes : une pour le numéro de vanne, une pour la modulation et le nombre de jours pour récupérer la courbe, décidée par Corentin au regard de la propreté des auges, et la troisième pour l’enregistrement des morts. Dès le tour terminé, (un peu plus d’une heure pour 2 000 places d’engraissement), ces données sont saisies sur l’ordinateur soupe. « L’idéal est que ce soit au maximum la même personne qui gère ce poste », recommande Corentin, « chacun peut avoir une perception différente de la propreté des auges. » Voilà pourquoi il ne délègue que 3 repas sur 21 à son salarié…

4 Gérer les densités

L’impact du respect du chargement a été précisément mesuré au travers des pesées. Corentin a diminué le chargement dans les cases, passant de 0,62 à 0,68 m2 par porc. Sur une bande en essai avec une densité à 0,73 m2 par porc (soit un porc de moins par case), le résultat est sans appel : les croissances sont passées de 824 g/j sur les bandes précédentes à 854 g/j sur cette bande « en test », l’indice a baissé de 2,62 à 2,47 tandis que les pertes ont reculé de 2,4 % à 2,1 %. Aujourd’hui, il teste deux bandes successives avec un porc en moins par case. Le résultat est tout aussi concluant. « La question se pose donc de construire un engraissement supplémentaire pour respecter cette densité et de calculer l’intérêt économique. » Il semble que le projet mûrisse vite…

5 Toujours en recherche de progrès

À présent, « même si la priorité est de maintenir ces niveaux de performances », l’éleveur poursuit sa recherche de progrès. « Grâce à une démarche commune Aliouest et le service d’agri-agronomie (Capital maïs grain) la réflexion porte très en amont sur les pratiques culturales qui permettront de gagner en précocité du maïs", indique Thierry Pichard « Toutes les données des conseillers en culture nous conduisent à conclure que nous devons, ici à Glomel, ensiler vers le 15 octobre. À partir du 1er novembre, la contamination en mycotoxines explose. » L’objectif serait donc de supprimer les capteurs de mycotoxines dans l’aliment. Et l’éleveur a déjà prévu de mettre en place la culture du maïs sous plastique (30 ha prévus cette année), « ce qui ne coûterait au final pas plus cher que le prix du capteur de mycotoxines dans l’aliment, permettrait d’améliorer le rendement, libérer des surfaces pour semer plus de blé et favoriser la mise en place de blé plus précoce », argumente l’éleveur.

À l’autre bout de la chaîne d’élevage, les efforts vont à présent porter sur l’optimum du plafond de distribution. Mais là encore, avec une validation des mesures prises par des pesées régulières.

Aliouest propose des complémentaires à la carte

" Parce que les céréales produites sur l’exploitation ont une composition qui varie selon les campagnes mais aussi au sein d’une même collecte, il nous a paru nécessaire de proposer aux éleveurs des complémentaires adaptés à leur blé ou leur maïs, qui tienne compte de leur teneur exacte en protéines et en amidon », explique Alban Berthelot, responsable technique Aliouest. Il précise que, en 2014, sur un total de plus de 500 analyses de blé et de maïs réalisées pour les éleveurs achetant du complémentaire, les teneurs en protéines variaient de 8 % à 12 % pour le blé et 5 % à 8,5 % pour le maïs. En 2015, des variations du même niveau sont aussi constatées.

Le service formulation a donc créé un logiciel dont dispose chaque technicien pour développer ce service baptisé Exalim. Sur la base d’une analyse mensuelle des céréales utilisées en engraissement, l’éleveur et le technicien formulent un complémentaire spécifique qui tient compte du résultat de l’analyse des céréales, mais aussi des souhaits de l’éleveur : niveaux nutritionnels (énergie, lysine…), choix des matières premières, taux d’incorporation du complémentaire… Avec en temps réel une proposition de complémentaire « à la carte » incluant sa composition et son prix. Le logiciel permet de faire varier tous les paramètres et ainsi calculer immédiatement l’impact économique des différentes contraintes sur le prix du complémentaire et de la formule reconstituée.

« À ce jour, environ 10 % de nos éleveurs utilisateurs de complémentaires ont opté pour cette proposition que nous sommes les seuls à proposer », souligne Alban Berthelot. Il ajoute que la démarche se veut plus large qu’une simple formulation, puisqu’elle peut aussi conduire à des recommandations sur les pratiques culturales que les techniciens appro de la coopérative sont à même d’apporter.

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